CHAPITRE II L'OPPOSITION A MALHERBE
On pense bien qu'une doctrine dune pareille austérité ne fut pas reçue sans protestation, quoique l'inclination des contemporains les fît en général pencher vers la règle et Tordre. Tout le monde connaît la satire de Régnier à Rapin contre les regratteurs de mots ; Berthelot, Cl. Garnier, Théophile, Hardy, plusieurs autres refusèrent aussi de se soumettre (Doctr., 523-^62).
Un opposant dont il n'a point été question jusqu'ici est Camus, qui, dans Y Issue aux Censeurs '. ne ménage pas les novateurs, cette « secte langagère qui s'attaque au style », ces « puristes » qui prétendent « réformer la langue françoise » en la « purgeant des mauvais mots ». Au lieu d' « enrichir » l'idiome, ils 1' « appauvrissent ». Sous prétexte d'en « oster les superfluitez », ils en « raclent le bon avec le mauvais, ainsi que font les médecines violentes ». Ils « vont tellement retranchans » que, a s'ils sont creus ». 71s « réduiront notre langage à la bezace et à une honteuse disette et mendicité ». Ils « abattent » en effet tant de mots qu'au lieu d' « édifier ils ne visent qu'à « démolir », « comme si d'un païs de forest ils avoient entrepris de faire une Beausse ». « Il semble qu'ils aient juré la guerre aux Synonimes », et que « pour dire une chose il soit arresté dans leur privé conseil qu'il n'y aura plus qu'un mot « Esprits pédans », qui « croyent que chacun doit estre soumis à leur férule, ils veulent régenter l'Univers et y exercer une Pédagogie en forme d'empire ». Sous le nom spécieux de « Pigneurs * de notre langue, ne veulent-ils pas estre creus comme des Oracles, et faire passer sans contredict leurs censures pour des Arrests souverains
Encore, « s'ils prenoient la peine de dresser une Rhétorique nouvelle avec une liste de bons ou mauvais mots ! » Mais non. ils jugent au nom de maximes imaginaires, qui n'ont substance que dans le creux de leurs cerveaux. Ils prétendent « passer leurs opinions pour
1. VIssue aux Censeurs fait suite à Alcime, par M. l'Evesque de Belley, à Pans, chez Martin Lasnier. 1625. Voir p. 32, note 2.