‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 5)Chapitre 2 sur 134 · PRÉFACE VU · texte numérisé non relu

PRÉFACE VU

été vérifiée sur épreuves, l'exactitude des textes (dont je reproduis scrupuleusement l'orthographe, sauf pour Pi et Vu) a été minutieusement contrôlée, et ce seul travail de révision m'a pris plus d'une année.

J'aurais bien voulu, malgré toutes les difficultés, faire paraître ce livre en 1908, comme je l'avais promis. Mais il m'a été impossible de suffire à tous mes travaux. Depuis longtemps en effet, j'étais tourmenté du désir qu'eut autrefois mon maître A. Darmesteter, de donner aux enfants des écoles primaires une nouvelle méthode, qui arrachât l'enseignement du français à la routine scolastique. Je suis donc descendu — non pas de la tour d'ivoire, j'ai toujours refusé de m'y enfermer — mais de ma chaire de Sorbonne, pour monter dans l'humble chaire de l'école de village, de l'école pauvre, où l'élève n'a et ne peut avoir qu'un livre de français, et j'ai essayé de faire ce livre. J'ai tenté de montrer aux écoliers et aux maîtres ce que c'est que notre langue, comment on peut en apprendre les éléments et quel profit on peut tirer de cette étude pour la culture intellectuelle et morale. Bonnes ou mauvaises, les méthodes que j'ai données en collaboration avec M. Bony, le livre de Méthodologie dont je les ai fait suivre seront lus et discutés. Que mes idées soient adoptées ou non, j'ai l'assurance qu'elles feront naître un mouvement, qu'elles susciteront des travaux qui seront meilleurs peut-être que les nôtres, mais qui s'inspireront du même esprit. Puissent les désirs de rénovation que mes critiques et mes propositions auront éveillés devenir trop vifs pour que mes petites méthodes puissent les satisfaire! Alors le branle sera donné, on sortira de l'ornière.

En tout cas — mes lecteurs me rendront justice sur ce point — je n'ai pas perdu mon temps en polémiques ; je n'ai pas une seule fois répondu aux attaques que m'a values le rapport dont la Commission de réforme de l'orthographe m'avait chargé. Ce n'est pas que je fusse à court d'arguments, comme bien on pense.

Mais, s'il m'eût été agréable de discuter avec quelques rares adversaires courtois et informés, si même, à la rigueur, j'eusse accepté d'exposer la question aux ignorants qui se pressaient de juger avant de savoir, à quoi bon riposter aux professionnels de l'insulte? Il y a en France un parti de conservation qui travaille à restaurer la grandeur nationale en couvrant de boue et d'ordures tous ceux en qui il reconnaît ou soupçonne des adversaires politiques. L'œuvre nécessaire de l'amélioration de l'orthographe, toujours poursuivie, toujours abandonnée depuis plus de trois siècles,

qui a eu pour protagonistes et pour ouvriers Ronsard, Corneille, Voltaire, l'Académie du xvme siècle, Daunou, Sainte-Beuve, Littré, Didot, Gréard, Gaston Paris, cent autres moins illustres, étant une œuvre de progrès intellectuel et social, devait tôt ou tard être reprise par ceux qui ont la charge des intérêts de la démocratie. Mais il était certain aussi que du jour où un gouvernement maudit y mettrait la main, elle serait présentée comme une des inventions infernales qui menacent la « tradition française ».

Je savais donc quelles injures et quelles calomnies m'attendaient quand j'ai accepté de rédiger le projet de réforme de la Commission. Ses propositions n'étaient pas exactement les miennes, mais si, pour des divergences sur des questions spéciales, je m'étais refusé à servir dans une occasion importante une cause que je sers depuis vingt ans par la plume et par la parole, il m'eût semblé que je manquais à un devoir.

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