‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 5)Chapitre 21 sur 134 · LA THÉORIE DL' BON USAGL · texte numérisé non relu

LA THÉORIE DL' BON USAGL

mais dès 1550 les préférences sont nettement accusées en faveur de l'usage de la Cour. Il n'y a guère que dans la maison des Estienne où on soit obstinément attaché à l'usage du Palais. Encore lorsque Robert Estienne prétend s'appuyer sur des gens qui ont tout le temps de leur vie « hanté es cours de France », cela signifie peut-être aussi bien la Cour du roi que son parlement, sa chancellerie et sa chambre des comptes {Préface de la Grammaire, 1557). Il ne sépare point ces deux sources de « parler exquis ».

Il est vrai que son fils Henri a professé des opinions plus exclusives. S'en fier à la Cour était à ses yeux bon autrefois, non de son temps (Hyp.. 18, 127). Il l'a dit, répété et a cru le démontrer d'un bout à l'autre des Dialogues du françois italianisé. Mais les haines politiques et religieuses ont tant influencé son jugement, que quand on écoute parler en lui le philologue, on n'est jamais sûr de ne pas entendre le protestant. Je n'en donnerai qu'une preuve, c'est qu'il se dément ailleurs, au moins en partie : « J'av toujours eu ceste opinion, que la cour estoit la forge des mots nouveaux, et puis le palais de Paris leur donnoit la trempe » (Conform.. 14).

Sur ces questions, ce qu'on doit retenir des textes de ce passionné, ce sont moins ses jugements a lui que les témoignages qu'il apporte. Et plusieurs de ceux-ci sont très significatifs. Nous y apprenons que les courtisans étaient aux écoutes, et raillaient dès lors les expressions de praticien. Quelques-uns parlaient-ils avec un peu de soin et de raison, risquaient-ils un « soubs correction >>, on les traitait de « clercs ou de secrétaires, ou encore de pédants, de scholarés » DiaL. 1, 58). Est-ce à la même cause qu'il faut attribuer Inobservation pourtant bien sérieuse et calme de Th. de Bèze : « 11 fut un temps, dit-il, celui du roi François Ier, qu'on peut appeler à bon droit le père des lettres, où la bonne prononciation française devait être cherchée à la cour. Mais on sait que, depuis sa mort, en France, le langage a peu à peu changé avec les mœurs, au point qu'on voit de moins en moins où il se trouve en sa pureté. Tout ce qui en reste se conserve en partie dans quelques familles iidèles aux anciennes traditions, en partie au Parlement de Paris, quoique là aussi pénètre la contagion d'une prononciation incorrecte » (Defr. linguae recta pronunciatione, 1584, éd. Tobler, 8).

Cette opposition s'accentua de plus en plus, et dès la fin du xvic siècle, on voit très clairement que l'usage qui va devenir dominant n'est pas celui des hommes de loi. L'avantage que leur donnaient les conditions dont j'ai parlé plus haut n'avait pas suffi.

Ce n'esl pas à dire qu'au commencement du xvue siècle l'usage

rdu parlement fût uniformément sacrifié par tous à l'usage de la Cour. Deimier recommande aux poètes de chercher la perfection du langage aux harangues des avocats célèbres ', comme Palliot leur conseille d'y chercher l'orthographe 2. Et Maupas s'emporte à diverses reprises contre les courtisans « singes de nouveautés ». Mais la n'étaient pas les maîtres du langage.

Malherbe était bon procureur normand. Des pièces de procédure rédigées par lui le font voir. Malgré cela, dans les lettres comme dans le monde, il se piquait d'être un Malherbe Saint- Aignan. homme d'épée et de cour. Et il poursuit dans les vers de Desportes tout ce qui sent la chicane. J'ai donné ailleurs ses arrêts contre nonobstant, vu. à cet égard, donner sentence, notoire, joint que. ce disant, etc.

Après lui quiconque traite du bel usage se croit obligé de reprendre et d'aggraver ces condamnations. « Celui qui escrira d'une affaire de chicane, ne sera pas blasmable pour se servir des mots du Palais : mais qui doubte que l'on ne passast pour impertinent, si on en vouloit user en d'autres matières où ils ne sont point receus par la coustume » (Tabl. de Véloq9 franc, par le R. P. Gh. de Saint-Paul, 1632, p. 29) 3.

Mile de Gournay présenta, à son ordinaire, sur le mode lyricoélégiaque, la défense du langage « palatial », qui avait, à ses yeux, l'incomparable mérite d'être traditionnel. Nous la verrons lutter en faveur des mots du formulaire : débouter, licite, etc. La Comédie des Académistes lui répond nommément :

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