L \ THÉORIE DU BON USAGE
Comment, vieille Gourné, vous aimez la vindicte?
Qui vous fait detracfer encor, où pensez-vous ''Acte III, se. dero.).
Toute cette scène grossière est à dessein farcie de mots vieux. encore en usage au Palais.
La Mothe le Vayer reprit la thèse, et traita les courtisans de haut: « Parmi eux, écrit-il, c'est estre vieux Gaulois de dire, lequel, duquel, eu égard, aspreté, avec une infinité d'autres paroles qui sont dans l'usage ordinaire ; et si vous vous servez d'une diction qui entre dans le style d'un Notaire, il n'en faut point davantage pour vous convaincre que vous n'estes pas dans la pureté du beau langage. Je n'oserois m 'expliquer en François de ce que je pense de tant de belles maximes, les termes de Cicéron serviront pour m'excuser de m'y estre tant arresté, ne l'ayant fait, sinon, ut hujus infantiae garrulam disciplinant contemneremus ' » (La Mothe le Vayer, De V éloquence française, dans les OEuv., 1()62, I, p. 142).
La réaction irait-elle plus loin? Au Palais même, la mode allaitelle forcer la loi sinon à porter perruque, du moins à prendre le vêtement du jour ?
Dans le Rôle des présentations, la question était déjà posée d'une façon plaisante. Devant le tribunal comparaît d'une part un avocat, qui demande le maintien de son grimoire, de l'autre un homme de guerre qui prie qu'on lui explique le papier qui lui a été remis ?. Sans aucun doute le capitaine devait alors l'emporter. Dans le monde où se faisait l'opinion littéraire, ce n'était point eu montrant sa robe, mais en faisant blanc d'une épée qu'on se faisait valoir. Le Menteur de Corneille en sait bien le secret :
Cliton.
Qu'a de propre la guerre à montrer votre flamme ?
1. Sorel proteste de sou côté contre la théorie du bon usage telle qu'elle est définie par Vaugelas :
« Le bon usage des mots ne sera-t-il point connu ailleurs que parmi Les d'épée pour la plupart ? Ne s'observera-t-il point clans les synodes des prélats et dans les conférences ordinaires de quelques ecclésiastiques, ou dans les sermons des prédicateurs ? Ne se trouvera-t-il point dans les assemblées des parlements et autres juridictions, où il se fait tant de harangues et de remontrances?.... Le; bon usage ne serencontrera-t-il point aussi dans les conversations de tant d'officiers <>u de notables bourgeois et de tant d'honnêtes gens qui habitent aux villes? Quoi, le plus grand nombre ne doit-il pas l'emporter sur le moindre?» (Sorel, Dise. S. VA. />.. 1654, dans Livet, Hist. de VA., I, KJ8-70).
2. « S'est présenté le sieur Rouillard, syndic des advocats, requérant qu'il soil déclaré que, sans desroger à la pureté de la langue les advocats auront droict de continuer à se servir de tous les mots de pratique, surtout de salvation, forclusion et autres en i'o;i, même d'intimation avec son O, quy est ny en grec, ny micron, mais notoirement bon françois (Rôle des présentations, 1634, V.U.L., t. I, 131
« S'est présenté un capitaine licencié apportant sa lettre de Licenciement, quy commence par : Nostic amé et féal, desquels mots il demande l'interprétation //). 130). »
Douante.
Oh ! le beau compliment à charmer une dame.
De lui dire d'abord : » J'apporte à vos beautés
Un cœur nouveau venu des universités :
Si vous avez besoin de lois et de rubriques.
Je sais le Code entier avec les Authentiques,
Le Digeste nouveau, le vieux, YInfortiat,
Ce qu'en a dit Jason. Balde, Accurse, Alciat ! »
Qu'un si riche discours vous rend considérables !
Qu'on amollit par là de cœurs inexorables !
Qu'un homme à paragraphe est un joli galant !
On s'introduit bien mieux à titre de vaillant.
Corneille Le Menteur, Acte 1, se. vi).
Vaugelas décida comme on sait : Les termes de l'art sont bons dans l'exercice de la profession, ils ne doivent point en sortir... « Ils c'est de le Vayer qu'il s'agit) finissent leurs plaintes par ces mots, .qu'il n'en faut pas davantage pour vous convaincre que vous n'estes pas dans la pureté du beau langage, que de vous servir d'une diction qui entre dans le stile d'un Notaire. Les termes de l'art sont tousjours fort bons et fort bien receus dans l'estenduë de leur jurisdiction, où les autres ne vaudroient rien, et le plus habile Notaire de Paris se rendroit ridicule, et perdroit toute sa pratique, s'il se mettoit dans l'esprit de changer son stile et ses phrases pour prendre celles de nos meilleurs Escrivains : Mais aussi que diroit-on d'eux s'ils escrivoient iceluy, jaçoit que, ores que, pour et à icelle fin. et cent autres semblables que les Notaires employent? Ce n'est pas pourtant une conséquence comme ces Messieurs nous la veulent faire faire, que toutes les dictions qui entrent dans le stile d'un Notaire, soient mauvaises : au contraire la pluspartsont bonnes, mais on peut dire sans blesser une profession si nécessaire dans le monde, que beaucoup de gens usent de certains termes qui sentent le stile de Notaire, et qui dans les actes publics sont très-bons, mais qui ne valent rien ailleurs » (Vaugelas. Rem.. 1. p, 35-36). On ne pouvait guère s'attendre à un autre arrêt '.
l. Au contraire, à l'étranger, où on ne suit la modo que de loin, La Mothe ne pas confondre avec La Mothe le Vayer)écril encore à la même date :
<• S'ils n'ont ou fréquente la cour, ou hanté la noblesse. «>u aprins de quelque homme de lettres, il leur est impossible ny de bien prononcer, ny de bien parler... il n'y a ny province, ny ville, ny place en France où l'on parle le vray et parfaief François, tel qu'on le lict par les livres : excepté parmi les courtisans entre les gentils hommes, dames et damoiselles, et généralement parmi ceux qui font profession des lettres, comme aux courts de Parlements et L'niversitcz : qui seuls sesont reservez la naïfveté de la langue françoise » (The french Alphabet te&ching in a rery short lime by a most easie way to pronounce French nnturalhf. In read if perferthf. to irrite it fruit/, and tn speak it aecnrdinyly. 1t>i7. p.