Vaugelas, Rem. Préf
Il n'y a pas à délibérer si l'on parlera plustost comme Ton parle à la cour que comme l'on parle à la ville... L'usage delà cour doit prévaloir sur celuy de l'autre, sans y chercher de raison *. »
Après lui, et d'après lui, Bary conclura : Il y a trois sortes de langage.
1° Celui des pédants ou de l'Université, de ceux qui ayant étudié plusieurs idiomes n'ont pas toute la netteté que leur langue requiert,
2° Celui du vulgaire, des gens qui ont été nourris dans la chicane, le commerce, des « mechaniques ».
3° Celui des Puristes, des gens qui paraissent au Cercle, chez les
Ministres, dans les Académies, à la Cour [Réth. />., 226-227).
v^/f Ainsi, vers 1650, la séparation est faite, complète, absolue. Il y
a désormais une langue vulgaire et une langue littéraire, d'origine
aristocratique.
La première disparaît presque de la surface, et nous La négligerons un moment, pour en reparler le jour où toujours mouvante, toujours croissante, elle reviendra jeter son flot trouble, mais puissant dans l'étroit canal où on avait cru endiguer, régler pour toujours le cours de la langue classique.
En attendant, la séparation allait produire toutes sortes de résultats. C'est l'événement capital de ce siècle. L'apparition dune littérature supérieure, écrite presque exclusivement dans la langue de la Cour achèvera bientôt de donner à cet événement toute sa portée.
Un témoin : Anthoine Gudin ( 1595-1653). — Un des premiers grammairiens qui essaie de recueillir et d'enseigner la langue ainsi réformée est Anthoine Oudin \ « secrétaire interprète de Sa Majesté pour les langues allemande, italienne et espagnolle ». Sa Grammaire françoise rapportée au langage du temps a paru à Paris chez P. Billaine, en 1632 :!. L'œuvre entière de ces Oudin, celle de César et celle d' Anthoine, son fils, mériterait d'être étudiée en détail. Quant à la Grammaire^ si elle est inférieure en étendue à la plupart des travaux des deux érudits, elle n'en tient pas moins le tout premier rang parmi les productions analogues, françaises ou étrangères, de cette époque. Originairement, comme il est dit dans une note aux curieux, le dessein de l'auteur « n'estoit que d'augmenter la grammaire du sieur
!. Vaugelas, Rem. II. 260. 11,25.
2. Anthoine Oudin, d'après les documents trouvés par Jal Dict. crit.), est le fils aine de César et de Marie de la Vaquerie. Né le 26 février 1595. il est mort, suivant Moreri. le 21 février 1653. Il eut la charge d'interprète, vraisemblablement à la mort de son père César (Ie" oct. 1625). et en 1651 fut choisi par Louis XIV comme maître de langue italienne. Cf. Morel-Fatio. Études sur l'Espagne, V série, 2» éd.; Paris, 1895.
3. Cette première édition est fort rare. On la trouve à la Bibliothèque Ma/arine. n" «5560. rés. Tous les renvois de ce chapitre se rapportent à la lr édition.