‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 5)Chapitre 26 sur 134 · LA THÉORIE DU BON USAGE · texte numérisé non relu

LA THÉORIE DU BON USAGE

Maupas », toutefois « y ayant recogneu force antiquailles à reformer, .'t beaucoup d'erreurs à reprendre, outre la confusion », Oudin se résolut à en faire une moderne, où il pût en même temps corriger des erreurs relevées dans d'autres livres. 11 ne s'en cache pas, il s'est rencontré avec Maupas fort souvent, et « lui a pris le meilleur » de son ouvrage ; mais il s'en sépare aussi sur beaucoup de points. Il fait un effort véritable pour « rapporter sa doctrine au langage du temps », et cet effort, tenté par un homme que ses études et ses connaissances, même en langue française, mettaient hors de pair, nous a valu un document très précieux sur l'évolution grammaticale de la période qui sépare Malherbe de Vaugelas, d'ailleurs si mal connue.

^-yD'abord nous voyons Oudin mettre en règles un certain nombre des observations que Malherbe avait faites. C'est déjà une manière de se tenir au courant. Mais, il y a plus, et on trouve chez Oudin pour la première fois certaines nouveautés, que Vaugelas consacrera. Ainsi il abandonne la distinction que Malherbe avait faite entre un étude et une étude, et accepte que, même dans le sens de cabinet où l'on étudie, le mot peut être féminin (57 ; cf. Doctr., 358, et Vaug., I, 309). Il déclare qu'il faut user le moins qu'on peut d'iceluy et d'icelle (98; cf. Vaug., II, 418); que fors n'est guère élégant (311 ; cf. Vaug., I, 398), etc.

Depuis Molière la règle qui ne souffre pas que « de pas mis avec rien » on « fasse la récidive », est attribuée par la voix commune à Vaugelas. Elle est déjà dans Oudin (288 ; cf. Vaug., II, 127). On y trouverait d'autres observations, que Vaugelas lui-même a omises, et qui ne se rencontreront que chez ses successeurs '.

En outre, sur bien des transformations qui se sont opérées dans la langue, sans qu'on en sache positivement la date, Oudin est un témoin, souvent unique, à consulter. JBernhard, Maupas, Garnier conservaient encore d'après les traditions du xvie siècle un certain nombre de conjugaisons archaïques. C'est Oudin qui les condamne. Il biffe ainsi je cueuls (157), je fiers (158), je gerray (158), fis, fistray (159), je sait (161), je deuls, je doulus (165), je hray (169), espardre (173), je soûls (180), tout semondre (180), je trais, « bon pour les paysans » (182), etc.

C'est encore lui qui nous avertit que certains mots ont vieilli, fc' dont Malherbe n'avait pas parlé : aga (297), amont 268), enda et * manenda (293), etc.

1. Ainsi des conseils sur l'abus de et (Oud., 301 ; cf. Bouhours, Doutes, 2j5), et une règle de syntaxe, relative au tour suivant : il a fallu que faye fait, il a voulu qu'on aye dit. Oudin en donne la règle (196).

Des tours usuels au x\T' siècle étaient encore admis par Maupas, comme le conditionnel : nous aimassions mieux. Oudin relève « cet erreur extrême » (200 ; il signale comme antique la construction je vous ay m amour donnée, qui semble s'éteindre à l'époque de Corneille, sans être condamnée par personne (264). C'est encore lui qui nous apprend quand il a été mieux de dire il est à moi que il est mien 95 . ainsi de suite. Sans poursuivre plus loin cette analyse, que je ne puis en aucune façon faire ici complète, on voit comment et pourquoi Oudin doit être consulté. Sa grammaire n'est * pas un chef-d'œuvre, tant s'en faut1. Elle est un document utile, elle précise des dates pour une période où nous n'en connaissons guère, et montre comment le travail de réforme de la langue poursuivait.

I. Elle est incomplète, sur certains points inexacte. .1 \ signalerai surtout un défaut si intéressant qu'il se transforme à nos yeux en un mérite. Oudin, ayant l'oreille ouverte aux scrupules des puristes, enregistre des décisions tout à fait curieuses. Par exemple la proscription de sinon (303;. Cette phrase ne « lui agrée pas > : Je n'ai veu personne en France, sinon vous. Oudin restreint aussi beaucoup l'emploi de l'indicatif de narration au milieu d'un récit : et Vaugelas a dû réagir contre cette tendance, venue on ne sait d'où < lKô, Yaug.. II. 18

On devra prendre garde, en étudiant Oudin, que les éditions postérieures ont été remaniées et ajoutent des observations, souvent fort intéressantes du reste, qui ne sont pas dans la première.

J'ai l'intention d'en donner prochainement une édition critique, après l'édition de Maupas. qui est en préparation.

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