‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 5)Chapitre 35 sur 134 · L OPPOSITION. LA MOTHE LE VAYEH · texte numérisé non relu

L OPPOSITION. LA MOTHE LE VAYEH

Imposer cette doctrine, c'est gêner a tort le véritable talent et sacrifier, comme on le l'ait trop souvent, le fond à la forme. L'éloquence ne peut pas être réduite à une « vaine curiosité du langage, jointe à quelque petit nombre de règles grammaticales Wi'!. « Ceux qui veulent triompher de quelques mots bien arrangez, ce leur semble, bien qu'ils n'aient aucune conception raisonnable, qui nous pensent débiter de la cresme foittée peur une solide nourriture, et qui écrivent à la mode, comme ils disent, mais sans science et sans jugement, ressemblent à ceux qui chantent sans paroles, pour n'avoir encore que la simple connoissance des nottes de la Musique » (464).

Où est l'homme de bon sens qui voudrait « condamner une œuvre de grande recommendation, pource qu'on y auroit trouvé quelque diction à redire? » (444). « Ceux dont le génie n'a rien de plus à cœur que cet examen scrupuleux de paroles, et j ose dire de syllabes, ne sont pas pour réussir noblement aux choses sérieuses, ni pour arriver jamais à la magnificence des pensées. Nihil est acutius arisla, sed nec futilius » (442-443).

La Mothe Le Vayer avait eu soin, dans ce traité adressé à Richelieu, d'afficher le plus profond respect pour l'Académie (460), dont la création était aussi glorieuse pour le Cardinal que le mérite « d'avoir applani les Alpes et rendu à la France ses anciennes limites du costé du Rhin ». Il profitait de ce qu'elle n'avait presque rien publié encore pour professer qu'il estimait l'avoir avec lui, choisissant des exemples qu'elle avait elle-même donnés, se résignant du reste, à l'avance, à quitter ses opinions, si elle venait à les condamner. L'Académie lui tint compte de cette déférence, et le reçut parmi ses membres. Néanmoins des doctrines si manifestement en opposition avec celles de tant de gens, précieux, puristes ou grammairiens de cour, ne pouvaient rester sans réponse. Cette réponse se fit attendre dix ans, mais elle vint, signée de celui qui avait toute raison de se croire particulièrement visé ', c'est la Préface des lie marques de Vaugelas '.

1. Outre que diverses remarques de Vaugelas, qui circulaient dès cette époque, sont attaquées par Le Vayer, il y a. dans cet opuscule, plusieurs malices à son «dresse. C'est en partie parce qu'il n'est pas helléniste, qu'il est si fort recommandé aux grammairiens français de l'être, et le conseil ironique adressé aux raffineurs de langage de s'appliquer aux traductions est en partie pour lui.

2. Il n'est pas impossible que Le Vayer ait amené Vaugelas. qui se remaniai I toujours, à changer certains détails. C'est pourquoi j'ai donné ici les renvois à des passages de Vaugelas. qui forcément seront encore cités dans la suile de cet exposé.

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