‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 5)Chapitre 36 sur 134 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

VAUGELAS

Claude Favre, baron de Péroges, seigneur de Vaugelas, est né à Meximieux en Bresse, le 6 janvier 1595. Son père. Antoine Favre, premier président du Sénat de Savoie, commandant général du duché, s'était déjà occupé de belles-lettres en mémo temps que de droit, et avait fondé à Annecy l'Académie florimontane, dont François de Sales fut aussi président.

De l'éducation et de la jeunesse de son fils nous savons peu de chose. Aleman prétend1 qu'ayant eu en partage la pension que les rois de Fiance accordaient à sa famille, Vaugelas se crut obligé de s'attacher à la France et de quitter la Savoie, qui du reste venait de changer de maîtres. Ouoi qu'il en soit, nous savons qu'il vint de fort bonne heure à Paris. Il n'y eut pas une fortune bien brillante. Timide et gauche, crédule et même naïf, suivant Tallemant, il n'avait point ce qu'il fallait pour s'y pousser dans la faveur des grands. Et comme il eut en outre la mauvaise chance de s'attacher à Gaston d'Orléans, sa pension lui fut supprimée. Obligé de suivre son maître dans ses pérégrinations, mal payé, il tomba dans la gêne, et s'endetta pour toujours. On a vu dans l'histoire de l'Académie comment Richelieu, pour aider la Compagnie à venir à bout du Dictionnaire, rétablit la pension de Vaugelas, qui n'en mourut pas moins insolvable. Nous savons encore que, peu auparavant, il s'était fait gouverneur des princes de Carignan, fils de Thomas-François de Savoie ; singulière destinée, comme le remarquait Mme de Rambouillet, pour un homme qui parlait si bien, que d'être chargé de deux élèves dont l'un était sourd et muet, l'autre bègue !

Vaugelas eut du moins la consolation de vivre dans le milieu dont les goûts et le langage lui agréaient le plus. Il fréquenta tous les salons du temps, et fut un des habitués de l'Hôtel 2, avant de devenir un des premiers membres de l'Académie. « Vénérant les dames »,

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