Voir, par exemple, p
t\2 HISTOIRE DE I.A LANGUE FRANÇAISE
lés que la grammaire lui avait déjà causés avec Saint-Germain, il est sans rancune contre Vaugelas, et discute sans passion, approuve même certaines de ses Remarques les plus contestées '. Il a gardé de sa jeunesse l'habitude de l'interminable digression '-'. et cependant il lui arrive de bien serrer une question, de remettre même en ordre ce que Vaugelas avait exposé indistinctement. Il est pédant, niais possède sa logique, au point de montrer à son adversaire qu'il n'est pas assez familier avec elle et ne sait pas définir.
Quant à sa critique grammaticale, il est certain qu'elle n'est pas sans valeur. Il a vu une partie des défauts de Vaugelas, s'est aperçu qu'il ne savait guère le grec 3, et rien de la langue antérieure \ qu'il n'était pas, à tout prendre, un grammairien.
Il lui a reproché d'avoir accepté sous le nom d'usage, des caprices de dégoûtés, de « tlestrisseurs de mots » p. 228), de s'être séparé trop facilement de bons termes ; d'avoir enfin par tous les moyens appauvri la langue !;.
Il a répudié la tendance à vouloir toujours condamner une manière de dire au profit d'une autre. Sa conclusion à lui, même quand il tombe d'accord avec son contradicteur, est très souvent : je serais d'avis néanmoins de laisser la liberté à chacun.
Mais Dupleix a le tort grave d'être infidèle a ses propres principes. Il attaque les puristes, et il reprend dans Vaugelas des foutes de langage 7. Il y a plus, il invente, lui aussi, des raffinements, distingue des nuances entre rien tel et rien <lc tel (543), dépenser et dépendre, etc. 233). Il attaque la mode, et on dirait qu'il veut la suivre. Soutenir que l'usage devait parfois se ranger devant la raison était utile, prétendre qu'il devait se soumettre à la grammaire latine était explicable s chez un homme de cet âge.
1. Voir asseoir au sens d'établir l 50), pas et point 132), commença à avouer 207 .
2. Voir p. 212 sur conjuré: p. 166 sur le barbarisme, et un peu partout.
3. A chaque instant Dupleix lui montre qu'il s'est trompé dans ses rapprochements avec le grec (voir p. 210, sur féliciter, et particulièrement sur les gérondifs, p. 412).
;. Il lui explique bien pourquoi on dil enclin et incliner « qui est près du latin ». el comment on ne peut fonder là-dessus une règle, « qu'il n'y a aucun rapport des simples aux dérivés » 245 .
">. Voir p. 452, au sujet de poitrine.
C. Parmi les meilleures discussions, je citerai celle qui concerne es (p. 2;>2 cl celle qui concerne pour ce que. Dupleix voit très bien ce que perd la langue à n'avoir plus pour ce que répondant à pourquoi, quand par ce que répondait à pur quoi (396).
7. Une de celles qu'il relève le plus complaisamment. c'est l un employé au lieu de un . quand il s'agit de plusieurs : l'un des dir. pour un des dix. Page 185, dans une seule remarque, il compte cinq fautes.
8. Dupleix voudrait que doute eût deux genres : l'un représenterait duhium. l'autre dubitatio (241) ; qu'on dît : il n'y a point de loi/ qui nous apprenne qu'est-ce que Vingratilnde. pour rendre quid sil 500
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qui continuait la tradition du \\T siècle, tuais ce que Dupleix semble vraiment avoir essayé, c'est à la fois de se conformer au goût du temps et de garder Les principes de l'époque précédente; or cela était contradictoire et absurde. Il semble qu'il ait cru avoir rajeuni et épuré son style d'après cette méthode '. Il n'a fait qu'ôter a son livre toute raison d'être.
11 n'y eut pas. à ma connaissance, d'autre censure des Remarques : du moins il n'en fut pas publié. Sans doute, suivant le mot de Pellisson, chacun « y trouvait quelque chose contre son sentiment , mais il ne s'agissait que de certains points de détail ; 1 ensemble de l'œuvre, avec sa méthode, ses principes, ses tendances, fut généralement accepté, et la mort de Vaugelas ne compromit en rien son autorité. En 1652 on reconnaissait que décisions s'establissoient peu à peu dans les esprits, et v acquéraient de jour en jour plus de crédit ».
Dès cette époque on voit des metteurs en œuvre faire passer la substance du livre de Vaugelas dans les leurs. Un des premiers est le carme Jean Macé, frère de Léon de Saint-Jean, qui sous le pseudonyme de sieur du Tertre, a publié, en 1650, sa Méthode universelle pour apprendre facilement les langues, pour parler purement et escrire nettement en françois '. Toute la troisième partie de son livre n'est qu'un Recueil alphabétique des Remarques, auquel l'auteur a ajouté des signes pour indiquer celles qui sont contestées par La Mothe Le Vayer et par un autre auteur qu'il ne nomme pas, dont les manuscrits lui ont également fourni la matière du reste de son livret.
Irson a également profité des Remarques dans sa Nouvelle Méthode pour apprendre facilement les principes et la pureté de la langue françoise :!, particulièrement au livre III qui traite de la
i . Voir p. 6.