CHAPITRE X LE BURLESQUE
A. la préciosité s'opposa le burlesque, né sous l'influence de l'Italie et de l'Espagne. Favorisé par les désordres de la Fronde, il a vme histoire définie et restreinte l. Il apparaît déjà chez Théophile, Maynard, Voiture. Saint-Amand se charge d'en faire le Lexique pour l'Académie. Mais le burlesque proprement dit date defScarronj Alors le mot, assez rare jusque là, et vaguement synonymecle grotesque, goguenard, bouffon, naïf, enjoué, se vulgarise et devient l'étiquette du genre. Le Typhon (1644), suivi de Y Enéide travestie (1648), provoque, pendant dix ans, une véritable « fureur du burlesque » 2. A la suite de Scarron, on parodie Virgile, Ovide, Horace, Lucain, Juvénal; on va chercher Homère, Hippocrate, l'Ecole de Salerne. Récits, descriptions, gazettes ou courriers, tout, jusqu'à un Abrégé de la grammaire françoise 3 et une Passion de Notre Seigneur, subit l'influence de la mode. Puis Scarron s'en fatigue lui-même, et le burlesque meurt avec lui.
Réaction générale contre les grands genres l et les nobles sentiments, Me burlesque devait s'attaquer au beau langage. En fait, tous les mots et les tours que réprouve la délicatesse des puristes vont trouver place dans son vocabulaire/ xVinsi se constitue, en face de la langue épurée et appauvrie de Malherbe, des Précieuses et de Vaugelas, un langage factice, singulièrement mêlé, mais d'une extraordinaire richesse, où pullulent, entassés à plaisir, mots réalistes et bas, archaïsmes et néologismes, condamnés ou méprisés par les gens du bel air.,
1. On consultera avec fruit, sur ce sujet, la thèse de M. Morillot sur Scarron (Paris, 1888). Cf. p. 386-396 : De la langue et du style de Scarron. — Pour la bibliographie du burlesque en général, on trouvera d'utiles indications dans le livre de V. Fournel, La littérature indépendante et les écrivains oubliés. Paris, Didier. 1862.