‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 5)Chapitre 48 sur 134 · LE BURLESQUE · texte numérisé non relu

LE BURLESQUE

bas abondent dans le Virgilp travesty ; Moriliot (o. c.,386), en relève une foule dans le quatrième chant.

Mais c'est surtout l'archaïsme où se complaît le burlesque. Scarron s'appelle lui-même «petit poète suranné1 ». En fait, genre populaire, le burlesque était, par nature, hospitalier aux mots que les théoriciens déclaraient vieillis, mais que le peuple conservait encore ; à cette tendance naturelle du genre s'ajoutait le désir d'étonner par la rencontre de mots désormais rejetés.^Aussi voiton d'abord le burlesque reprendre des mots qui vieillissent et qui sont condamnés par Vaugelas : complainte, prouesse, température au sens de tempérament, cettui, aviser au sens à' apercevoir, bailler, souloir, devers, lors, meshuy, premier, quanlesfois au sens de une première fois, et si, voire. Par plaisanterie on se sert de mots plus vieux encore, condamnés déjà par Malherbe : brandon, chef au sens de tête, confort, jouvenceau, jouvencelle, liesse, rondache, bénin, pers, ardre, duire, grever, guerdonner, ains. Surtout, et c'est là que se marque définitivement son caractère archaïque, le burlesque garde en foule des mots du xvie siècle, qui mouraient d'eux-mêmes au xyne. C est ainsi qu'on trouve dans les textes de Scarron ou de son école des substantifs comme arroi (Scarr., Virg. trav., II, 31), avète (Id., IbicL, I, 43), baye (Id., ibid., 1,308), carme (Id., OEuv., I, 10), conil (Id., ibid., II, 8), coupeau (Richer, Ov. bouff., p. 463), forcenerie (Scarr., Virg. trav., II, 224), jouvence (Id., OEuv., II, 64), maignie (Scarr., QEuv., VII, 19), malengin (Id., ibid., VII, 77), maltalent (Richer, Ov. bouff.. 525), mésaise (Id., ibid., VII, 3), noise (Id.. ibid., I, 341), pourpris (Id., ibid., 1,138).

On voit reparaître des adjectifs comme bragard (Daxso\ic\ , Ov. en belle humeur, p. 137), hrehaigne (Richer, Ov. bouff., 192), dépit (Id., ibid., p. 543), pantois (Dassoucy, Ov. en belle hum., p. 14), recru (Brébeuf, Lucain travesti, 1656, p. 109).

Des verbes aussi : s accag naïade /'(Scarr., Virg. trav. , I, 279;, accroupir (Id., OEuv., I, 191), sapetisser (Richer, Ov. bouff., 150), bouqucr II fera bouquer les Romains. Scarr., Virg. trav., II, 183), chaloir (Id., OEuv., I, 404), décheveler (Id., Virg., trav., 1,294), déprend re (Richer, Ov. bouff., 552), giboyer (Scarr. , Typh., V , gripper (Dassoucy, Ov. en belle hum., p. 106), meshaigner (Scarr., CEut., VII, 127).

1. Œuvres, VII, 50. P. Borel, dans son Trésor des Recherches et antiquités gauloises et françoises (Paris, Augustin Courbé, 1655), dit de son dictionnaire : « Il sera aussi extrêmement utile à ceux qui voudront composer des vers burlesques, puisqu'ils y trouveront des mots très propres à leur dessein ».

Enfin abondent Les archaïsmes de sens : faquin, giffle (= joue : ce qui fait Leurs gif fies enfler. Scan-., Virg. trav., 1, p. 145), gredin(= gueux:Qu'on n'y vienne point en gredins. Id., ibid.. 11,7), offense = tache ; Id., ibid. . IV), visière (= vue : Lyncus qui n'avoit pas tant d'yeux qu'Argus, Mais dont la visière aussi nette N'avoit pas besoin de Lunette ; Richer, Or. bouff., 615); narquois (= fourbe : Ulysse le narquois. Scarr., Virg. trav., I. 253); braire (= crier, Id., ibid., I. L03 . excroquer (= tromper, Id., tôi</., IV), (/aster (= dévaster, Id,, Œuv., I, 291), /iuer (= appeler : En vain la pauvrette... hue su pauvre mère à son secours ; Richer, Ov. bouff., 572), ouvrer = blesser : Persée navre enfin Molphée à la cuisse ; Richer. 0t\ oon/f., 528 ' .

Ainsi se mêlent dans le burlesque tous les mots que dédaignait la délicatesse du temps. La langue burlesque n'est pas néanmoins la Langue vulgaire, avec laquelle il ne faut pas la confondre. C'esl un mélange artificiel, comme sera plus tard le poissard.

Le succès du burlesque fut grand, mais gassagejL-Dès 1649, Scarron lui-même, effrayé des audaces de ses mauvais imitateurs, blâmait tous « ces compilateurs de mots de gueule ». prévenait contre eux « les beaux esprits qui sont gagés pour tenir notre langue saine et nette », et se déclarait « tout prêt d'abjurer un style qui a gâté tant de monde 2 ». Et ce n'était point là simple boutade : l'étude de ses poésies diverses dans l'ordre chronologique nous le montre joignant l'exemple à la théorie. A comparer Yépître à Madame de Haute fort, datée de 1646, et Yèpitre à d'Elbène, écrite en 1660, on mesure le chemin parcouru: la truculente peinture des Manceaux aux galoches de cuir ou des Mancelles m aux très rei loutables aisselles » fait place au portrait tout classique d'un fâcheux qui « chante en entrant je ne sais quel vieux ail « s'appuie d'une canne », « marche du bel air » et « fournit une vaste révérence ».Dans l'intervalle, Scarron a renoncé aux vulgarités voulues du langage. Parti du burlesque, il aboutit à L'épître morale, tout près de Boileau. M. Morillot a noté justement que les archaïsmes les plus marqués se rencontraient surtout dans le Typhon ei lis Poésies, qu'au contraire dans le Roman comique, Les Nouvelles, les Lettres et les Dernières Poésies, la langue de Scarron n'est presque plus archaïque '. Il y a Là une transformation du genre qui suit L'épuration du goûl public.

Aussi, tandis que Dassoucy, Richer, Barcier, et autres

UlsccUv

)logi$mêt burlesques, voir au livre II. Lexique. i re de Virgile.

1 Morillot, ". e . p MM), note i .

Page 1