‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 5)Chapitre 64 sur 134 · LES MOTS DÉSHOXNÊTES ET RÉALISTES · texte numérisé non relu

LES MOTS DÉSHOXNÊTES ET RÉALISTES

Charogne — Corneille avait écrit dans Clitandre (I, 337) : Et va sur sacharogne achever sa colère. En 1644, il a corrigé : Et va par ce spectacle assouvir sa colère. — Le mot était encore commun, non seulement chez d'Aubigné ou chez Montchrestien qui en fait ce beau vers : Entraîner à miliers les charognes relantes (Aman, I, 1), mais chez les divers prosateurs et poètes, Gai., Docl . car., 902 : Racan, II, 199 ; Sorel, Polyand., II, 363 ; Remonst. aux Femmes et aux Filles, V. H. L., IV, 363; Har. de Nicolaï, 1648, dans le Theut. de l'Eloq., 89. — — Mais il paraît peu à peu grossier, et on voit Corneille s'ingénier à le remplacer par corps, ou même forcer le sens de funérailles : Se faire un beau rempart de mille funérailles (III, 120, Cid, 277, 1637).

Ceston — blâmé par Malherbe (Desp.,Z)., 11,66). — G Nie, Mon., Oud., Rech. et C. A. Oud.: — *Cotgr.

Cracher — le mot de cracher n'est pas assez beau, pour en tirer des translations et des images. Ces sortes d'images offensent l'imagination (Balz., Entret., 386, éd. Elzév.) ; c'est aussi l'avis de Chevreau, Rem. sur Malh., 28. — D'Urfé disait encore : je la fis cracher trois fois en terre (Astrée, I, 133a) ; cf. P. Carneau, Stimm., 96 ; Maynard, 1646, 134; Corn., I, 425, Veuve, 515 : je te ferai cracher cette langue traîtresse. — Le souvenir de la Passion obligeait à le conserver dans les ouvrages religieux.

Estomac — n'est pas goûté par Malherbe, qui le barre dans Desportes Epit. sur la mort de Diane ; cf. Doctr., 240). Ce mot est cependant très fréquent dans son œuvre en prose (II, 351, 407, 486, 619). On le retrouve dans V Astrée : Lycidas... partit Vestomach si enflé (I, 13 b), le cœur me tressailloit en Yestomac (Ib., I, 87 a, 211a, 250a, 252b, 294a, etc.^ ; dans son estomach sa voix est estouffée (Baro, Clorise, 1631, III, 3, 65). L'n tranchant souspir de son estomac (Camus, Alcime, 166). Corneille en use fréquemment voir p. .157).

Gueule — Corneille l'a corrigé en gorge dans le vers 425 de Médée : vomissant mille traits de sa gueule enflammée (II, 362). C'était un mot cher au P. Garasse [Rab. réf., 88 : Lors de la gueule d'un ministre; cf. Doctr. cur., 140, 202 : Rech. des #ec/i., 187, 304, 959). lise retrouve dans Maynard (1646, 207). A chaque instant, de la langue populaire, où il est resté si commun, il rentre dans la langue comique et burlesque, chez Loret ou chez Scarron.

Flux (de nos larmes) — blâmé par Chevreau dans Malh. (Rem. sur Malh., 12). Richelet ne donne pas ce sens. — L'expression faire /lus est burlesque ; valet de pique, faites flux (S'-Am., I, 173); cf. Dassoucy, Ov. en b. hum., 1650, 64.

M&mmelles et seins — proscrits par la nouvelle École(deGourn.,0.,964et/lt/y., 641). — Le premier n'est pas commun dans les textes littéraires : ne voulut pas insister davantage de peur de tirer du sang de la mammelle et du nez à force de sucer et de mouscher (Camus, Aie, 251-252). Racine a eu du mérite à le sauver. — Est-ce parce que le mot sein ne paraissait plus assez chaste, pris au sens propre, que Corneille a corrigé le vers 211 de la Veuve: vous portez sur le sein un mouchoir fort carré ? Cela est possible. — D'Urfé l'employait sans aucune réserve, Astrée, II, 596, 609, 837. — Il est devenu noble, au moins dans le sens de ventre, pendant que dans son sens propre il était remplacé par gorge ou même par poitrine, alors réhabilité.

Oindre, onguent — blâmés par Malherbe (IV, 283 et 432 . Balzac à son tour, plaisante le Père ***. qui parle des onguents de Sainte Marie Magdeleine, et

prend une invention de la Volupté pour une composition de la médecine Socrate chr., II, 2.">l . — Le premier est fort rare en dehors de la langue religieuse. Cyrano le met dans la bouche de Gareau [Ped. j., II, 2). Le second ne se rencontre pas seulement chez les burlesques (Scarr., OEiiv.. I. Loret, 8 août 1654, 114; il est dans Théophile voir le texte cité p. 176, el jusque dans Bossuet .

Pouls — .le ne dirais jamais être sans pouls à cause de l'équivoque de ce nom de vermine Malh.. IV, 457 . Il le raye dans Desportes plusieurs fois. — Maynard a employé le mot. mais clans des pièces familières 111. 82 et 216) comme Malherbe lui-même I. 423, Tite Live) ; qui me fist bien tost cognoistre, que son cœur estoit le poulx qu'il falloit taster en cette maladie Des Fontaines, Cél. et Maril., 30 .

Rhume — blâmé par le même IV, i2!> : rï. Searr.. Œuv., I. 357 et souvent.

Ulcère — Malherbe n'admet pas qu'un amant appelle ainsi sa plaie IV, 372; cf. 355 . Mademoiselle de Gournay défend le mot 0., 967; Adv., liî:» ; Vaugelas en dissertant sur le genre de ce nom, montre qu'il se disait à la Cour. — Cependant on ne le trouve guère que dans les burlesques Scarr.. Œuv., I. 357 .

Ventre — Malherbe condamne : le rentre crie |IV. i-07 . Mais c'est l'association du mot avec un tel verbe qui a motivé sa censure, car le mot se trouve couramment. Il n'est pas noble sans doute, cependant certaines expressionreçues : passer par dessus le ventre Corn., I, 227 : remettre le cœur an rentre B. Franc. Merv. de Nat., 5H). Il est employé par les burlesques Col- Ietet, Jur. burl., 1657, 34 .

Vomir — le mot est à rejeter, il éveille des images insupportables Yaug., I, 221 ; Bary opine que vomir des injures, s'il n'est pas une des meilleures phrases du monde, peut être reçu, puisque toutes les métaphores ne peuvent pas être tirées des objets les plus nobles, qu'on appelle vipère un méchant homme, bête ou stupide [Rhét. ]fr., 240). — Chevreau connaît des personnes • mi ne peuvent souffrir vomir des blasphèmes, quoy qu'elles souffrent vomir du feu. Quoy que regorger ne soit pas plus beau que cracher, on peut dire : nous regorgions de biens Rem. s. Malh., 29 . Vomir est souvent chez Racan, où il fait bonne figure : S'ils ont contre ton nom vomi tons les blasphèmes II, 187, 290). Il est aussi chez Corneille II, 362, Médée, v. i-2". . et y a été maintenu lors de la révision du texte '.

l. Je ferai ici la même observation que pins haut, au sujet des mots déshonnêtes.

Si l'on veut, pour une raison quelconque, se rendre compte de ceui qui sont spontanément mis à l'écart, qu'on parcoure Ondin. on s étalent bedaine, ilètjoUillev. hoipiui . et cent autres dont on ne trouvera pas trace dan- la langue littéraire.

J'attribue à cette même sévérité de goûl la répugnance que Malherbe montre

pour certain. -s images : huilhnuiev .ses in.iur ■ drôlerie », Malh., IV, -'>7 . tivuillcv

te cœur, Bouligné par lui dan- son 1 tesportei I >.. II. 1 >e la jalousie : (ormeaux oVamerfnme IV. 123 . etc.

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