‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 5)Chapitre 66 sur 134 · Préc. rid., se · texte numérisé non relu

Préc. rid., se

2. 1648, II, 574 : « L'on se moquoit de celles qui estoient si badines, d'aller en ces lieux là avec leurs maris ou leurs frères ; que d'aller ainsi en famille, il n'y avoit rien de si bourgeois que cela, et que c'estoit estre encore des bonnes gens du temps passé : Qu'estant en une telle compagnie, cela congedioit les galands de plus de trois lieues. et que par ce moyen l'on n'avoit aucune part aux gentillesses du Monde. »

3. On l'attribue, dit-il, à Mme la Mareschalede Rais. Ils avoient si bonne mine, ces Princes Lorrains, qu'auprès d'eux les autres Princes paroissoienl peuple. Cette façon de parler est un peu hardie, et un Grammairien scrupuleux diroit: paroissoienl bourgeois Mais la Cour est au dessus de l'Ecole, et ne reconnoît point, non plus que l'Eglise, la juridiction de la Grammaire {Diss. IX, t. II, 491).

4. Quanta l'argot, il est encore vraiment séparé de la langue littéraire. On n'en trouve guère au xvie siècle dans les textes. A citer cependant le second livre des Serées de Guill. Bouchet (juge poitevin) paru en 1597, dont le recueil est réimprimé en 1608, 1615, 1634, 1635. Une partie est consacrée aux larrons, voleurs, picoreurs et mattois, et contient un petit glossaire d'argot (188-190 de l'édition originale). Ensuite les Gaillardes poésies du capitaine Lasphrise (1599), qui contiennent un sonnet en « authentique langage soudardant ». On a vu plus haut avec quelle horreur Baisse entrevoit le jour où quelque hardi novateur apportera à la Cour du roi des œuvres dans le langage de celle du grand Coesre. Avait-il eu connaissance que et- langage venait d'être recueilli? En tout cas, c'est à ce moment qu'on en fait un Dictionnaire : le Jargon ou Langage de V Argot réformé, comme il est à présent en usage parmi les bons pauvres. Tiré et recueilly des plus fameux Argot iers de ce temps. Composé pai un Pillier de Boutanche, qui maquille en mollanche, en la Vergue de Tours. 2* édî tion (vers 1628), réimprimé en 1660, 1690, 1700 et su xviir siècle. — Cl', aussi le l'asquil du Rencontre des COCU» k Fontainebleau (1623 OÙ se trouve la chanson d'un cocu argotier qui prêche le maquerellage en jargon narquois 7-9, environ 40 vers] — et la Comédie des proverbes (1634) par Adrien de Montluc. prince de Cliabaunais, comte de Cramail; la scène première de l'acte III est argotique. Pour plus amples détails, cf. Yve-Plessis, Bibliographie rationnée de l'argot el de la langue eerle du XV* au XX' siècle. Paris. 100], 59-77 el La/are Sainéau, L'Argot ancien. Paris,

La pénétration très lente de quelques mots semble se continuer. Je cirerai malte : le H. P. General ayant appris celle nouvelle malle, écrivit à nos Pères qu'on en empêchai l'exécution [Gar., Mém., 17 : leP. Garasse connatl du reste les enfants de U mate el

en parle : Les chevaliers de l;i Comte EspOS Bl les ronfi-eres de la Malte seroieiit bien

sises d'authoriser les couppe bourses dans Paris Doetr. Car., 607 j Chapelain sussi

On imagine bien que je ne puis pas présenter les mots rangés suivant cette classification. Il faudrait pour cela accepter la qualification que l'un ou l'autre des théoriciens, de son chef, donne à un terme. Or on a rarement deux témoignages qui concordent assez pour que l'étiquette proposée soit la même. Plus tard la hiérarchie s'établira mieux, comme nous le verrons ].

Je me bornerai à énumérer un certain nombre de mots et de locutions déclarés bas ou vulgaires. Mais je rappelle qu'il faudrait ajouter à la liste une bonne partie des mots déclarés vieux. Le plus souvent, comme nous l'avons vu, un mot vieux se réfugie dans les genres bas, le comique et le burlesque2, quand il n'y est pas relégué d'office par ses proscripteurs.

Mots déclarés bas par les grammairiens :

Allécher — proscrit (ainsi que alléchement) par la nouvelle École (Gourn., O., 954 ; Adv., 635). — Les allechemenls de l'ambition (Aslrée, I, 321 a ).

Que leur avint-il — expression basse suivant Chevreau [Rem. s. Malh., 2î5). — On verra dans le Lex. de Corn, des exemples très nobles : quoi qu'il en avienne {Nicom., 1700) ; cf. Racan, II, 290 : quelque mal qui m'avienne.

Aviser (= apercevoir) — est bas et de la lie du peuple (Vaug., II, 125). La^ Mothe le Vayer affirme que les Princes et les Princesses le disent tous les

(Guzm. d'Alf., III, 460). Le mot est visiblement répandu, celui de matois également : / Artephius qui estoit un des plus grands matois de la terre (Sorel, Polyand., II, 79); ' Mlle de Gournay affirme que mathoiser a été inventé par les plus célèbres Courtisans (Adv., 386) ; matoiserie, en tout cas, existait. Littré a cité le mot au xvie siècle, H. D. T , en 1610. Il est dans Chapelain : le bon homme avoit l'œil si fiché à ce que luy dictoit sa matoiserie (Guzm. d'Alf., III, 200). Ce fait ne prouve rien. On peut dériver sur ce nom ou sur le nom de gueux, on n'a pas pour cela la clef du langage particulier de la corporation. Garasse le dit très bien, dans un passage qui n'a pas été étudié par M. Sainéan, qui a dû considérer que c'était là un argot de fantaisie: « Il est certain que ces gens ont une secrette caballe parmy eux, qui ne s'enseigne qu'aux frères de la besasse, et de mille qui lisent le Piearo, soit en Espagnol, soit en François, je m'asseure qu'il n'y en a pas quatre qui l'entendent ; car il- y a des termes mystérieux et des locutions de maraudailles, qui sont de vrays énigmes à qui n'a pas faict son apprentissage en gueuserie ; et qui entendroit ces locutions sans commentaires : ringer sur le pelât, et câbler à la bistorte ? il n'y a Calepin à dix langues, ny grand Etymologique qui en puisse venir à bout, ce sont paroles de cabale, et qui ne se disent qu'à l'oreille entre les belistres ». (Gar., Doctr. cur., 68).

1. Il serait plus facile de dire quels sont les genres nobles et les genres bas. On ne doit pas oublier que la comédie est du nombre de ces derniers. C'est ce qui explique par endroits le « jargon » de Molière.

2. Sorel indique dans sa Préface d'un des livres du Francion qu'il a voulu user de toute la langue :

« N*est-il pas vrai que c'est une très agréable et très utile chose que le stile Comique et Satyrique?L'on y voit toutes les choses dans leur naïveté. Toutes les actions y paroissent sans dissimulation, au lieu que, dans les Livres sérieux, il y a de certains respects qui empêchent de parler de cette sorte, et cela fait que les Histoires sont imparfaites... Que si l'on est curieux du langage, comme en effet l'on le doit être, où le peut-on considérer mieux qu'ici ? Je pense que dedans ce livre on pourra trouver la langue françoise toute entière, et que je n'ai point oublié les mots dont use le vulgaire, ce qui ne se voit pas partout, car dans les ouvrages trop modestes l'on n'a pas la liberté de se plaire à cela » (Sorel, Francion, 1721, II, 217, début du 1. X).

jours (67). Malgré cela Bary confirme la sentence de Vaugelas (Rh. /'/-., 244). — Je les avisons par le trou de la serrure (Ass. des dames de Paris, V. H. L., V, 303) ; il advise Ydalie au milieu de la plaine (Racan, I, 76). Il est burlesque : Il se met sur un mont où vainement il tasche, Planté sur ses orteils, d'aviser Saint-Eustache (Tabarin, II, 499) ; ayant la Sibylle avisée (Scarr., Vire/., II, 172). Molière le met dans la bouche des paysans (D. Juan, 11,1.

Barguigner — mot si bas et si abject que Vaugelas « se feroit un scrupule d'en user en une lettre qu'il escriroit à son fermier ». On le remplace par hésiter, marchander (II, 378, Rem. posth.). — L. cite Molière. Je n'en ai point d'exemples dans le style relevé: Pourveu qu'il sceust surfaire ou barguigner (marchander) (Sarasin, Œuv., II, 60) ; Le mauvais payeur... ne barguigne point (Chapel., Guzm. d'Alf., I, 58); prenez-le moy sans barguigner (Scarr., Virg., I, 277); mais en fait d'un mari, ne barguignez point tant (Th. Corn., Bar. d'Albik., I, 5).

Besogne — « J'ai vu tout le monde s'arrester à ce mot de besogne pour travail ou ouvrage, et on le trouve bas » (Chapel., Let. h Balz., 3 juil. 1639). Balzac répond I, 801) : « Besoigne dont je me sers métaphoriquement en cet endroit a une signification plus étendue qu'ouvrage ni que travail, le dernier se pouvant dire à la guerre, d'une tranchée ouverte et d'un peu de terre remuée. Que si on fait scrupule de se servir de besoigne, à cause de sa bassesse, par la mesme raison, il faut s'abstenir de tasche, de boutique et d'artisan, qui, à monadvis, ne sont pas plus relevez ». — Plus il a d'ouvriers en besogne (Du Vair, 371 , 6 : chercher de la besogne (Malh., II, 207^ ; l'art et le fruit de \a besogne (Id., II, 47).

Brandon — la nouvelle Ecole l'interdit, et cependant les mignards ne refuseraient pas de l'employer (Gourn., O., 618 ; Adv., 403 ; cf. Malh., IV. 3" Un feu subtil s'allume, et ses brandons épars Sur votre don fatal courent de toutes parts (Corn., II, 405, Méd., 1307). — Il est burlesque : Bien qu'il n'ait point de bougie , De falot ni de brandon (Brébeuf, Luc. trav., 108-109): ses yeux ardens comme un brandon (Scarr., Virg., II, 239 .

Bride (au figuré) — Régnier en plaisantait déjà (Tallemant, Ilistor., 1,95). Chevreau trouve que c'est une vilaine chose pour un grand Roi (Rem. s. Malh., 70).

Brocher — au sens dee/jfncer ou faire des rature» est de la lie du peuple (Vaug., Rem. posth., II, 384). — Burlesque (au sens de fait à la hâte, bâclé) : le neuf de juin, fait et broché (Loret, 9 juin 1663, 257); cette lettre en hâte brochée (Id., 29 sept. 1652, 217).

Carquois — proscrit par la nouvelle Ecole Gourn., 0., 958). L'amour dans son carquois me présente des Heurs Racan, I. 125; cf. Id., II. 342 . — Burlesque: portant la llèelie et le carquois (Loret, 28 janv. 1662, 68 : <'f. Scan.. Virg., I, 289.

(lesse (avoir) — faconde parler fort rude dans les vert de Malherbe 1. t'

quoique le vulgaire dise d'un enfant toujours en action, qu'il n'a point de censé Vaug., II, »:i2, Rem. posth.] cf. Chevr., Rem. s. Malh., ' ; 0 cruauté du sort. qui n'a jamais de cesse (Racan, I.

Le commun dis tatisfactions — façon de parler des plus basses A.cad., S. sur

/r Cùl. Coin.. XII. îss . |.. cite Mol. el La Bruy. Mais dans ces exemples, !«•

nom régime est un nom d'homme, amants, hommes. De même Racan : du commun des mortels (II, 250).

Compte (faire) — plébée (Malh., IV, 272). Oudin (Curios. fr.) donne aussi comme populaire faire conte de = se proposer. Malherbe a employé dix fois la locution faire conte de ou que (voir le Lex. de Lalanne).

Contrefaire le triste — (Corn., Cid, 1337, var.). Scudéry veut : feignez d'être friste;'ù trouve ce mot de contrefaites trop bas pour la poésie (Corn., XII, 460). Corneille corrige : montrez un œil si triste.

Cotillon — porterons-nous nostre argent à leur escole pour apprendre à dire une Juppé de femme en lieu de cotillon'l (Gourn., O., 604; Adv., 392); — Le cottillon un peu retroussé (Astrée, II, 546). — Burlesque : et sa belle, en noir cotillon (St -Amant, I, 453); cf. Brébeuf, Lucain trav., 161 ; Scarr., Virg., I, 53).

Coup — Scudéry trouvait basse la phrase : Les hommes valeureux le sont du premier coup. L'A. refuse d'accepter cette opinion (Corn., XII, 489).

Coup de fouet — paraît à Malherbe « bas et plus que plébée » (IV, 435).

Délice — au singulier, est une façon de parler très basse (Vaug., I, 390; cf. II, 352). L. cite un exemple de Rotrou à la rime : Je vous retrouve enfin, o bonheur, o délice (Belis., II, 5). — Burlesque : c'est un délice (Poisson, Fou de quai., 4).

Demeurer pour certain — Scudéry trouve bas ce vers : Je veux que ce combat demeure pour certain; l'A. également (Corn., XII, 490). Corneille a changé le vers.

Diable — le diable m'emporte, n'est pas une imprécation 'de bonne maison (Gourn., O., 605; Adv., 393). L. au mot diable 5° cite Molière. Comparez dans la langue burlesque et comique : que le diable m'emporte ! (Gombauld, Epigr., 19) ; Le grand Diable d'Enfer m'emporte ! (Scarr., Virg., I, 69).

Digne — « Le plus digne royqui soit en l'Univers. On ne dit pas, cerne semble, le plus digne Comte, le plus digne Marquis qui soit au Monde, mais on peut bien dire le Prince du Monde le plus digne de l'Empire, le plus digne d'estre loué... Le Peuple dit neantmoins : c'est un digne homme. Mais M. de Vaugelas ne reçoit pas ce digne homme |dans le bel usage, et Malherbe mesme le mettoit entre les Locutions plebées » (Balzac, Entretiens, XXXII, 1657, p. 315). Cf. Racan : Mais moy, qui du malheur suis la digne victime (II, 186).

Empaulmer (un homme) — est condamné à tort par la nouvelle Ecole (Gourn., Adv., 385). Il est dans Molière (Éc. des F., III, 5) et à ce propos Livet a donné des exemples. Ils sont tous, sauf celui de Jean de Schelandre, de la langue comique.

Entaché d'un vice) — mot extrêmement bas (Vaug., II, 326). La Mothe le Vayer

(éd. or., 84) et Chapelain soutinrent l'expression, qui resta. — Le mal dont

je suis entaché (Racan, I, 209) ; pour moy, qui suis de crimes entaché (Id., II,

125; cf. I, 84, 145; II, 14). — Burlesque : cet homme, de crime entaché

Loret, 25 sept. 1655,219); cf. Scarr., OEuv., I, 129.

Etre plus que suffisant — façon de parler basse et populaire (Scudéry d. Corn., XII, 458 . Corneille a gardé le vers.

Être pour — dans le sens de courir fortune, façon de parler tres-françoise, niais basse (Vaug., II, 27).

Face — l'histoire de ce mot est presque aussi étrange que celle de poitrine. Il était, dit Mlle de Gournay, refusé du nouveau jargon parce qu'on parle de la face du grand Turc. (0., 938 ; Adv., 638). L'Issue aux Censeurs (586) confirme ce témoignage. Dans le Rôle des présentations il est résolu qu'il « sera escrit à M. de Marcheville pour le supplier d'en conférer avec le premier vizir, pour tascher de savoir si le Grand Turc se le veut approprier privativement » (V. H. L., I, 433). C'est donc probablement à Malherbe et à son école que remonte cette bizarre proscription. Vaugelas n'ose pas dire « la raison ridicule et extravagante » qui le fait rejeter. Néanmoins il conseille de s'en abstenir (I, 134). Et Bary est de son avis (Rhet. fr., 228 ; cf. Chevreau, Rem. s. Malh., 70). Dupleix au contraire défend le motiLio., 451). Avant 4630, face est commun: Les trente mille avoyentostél'airà vos/aces(d'Aubigné, 7>a</.Lal.,303) ; jejetteroisvostre vergogne sur vostre face (Camus, Alcime, 243) ; sur les traits de \aface(Espad. sat., 36) ; sur la face de Leocadie (d'Audig., Sixnouv., 91) ; la face doucement riante (R. François, Merv. de Nat., 492); si tous ses appas sont encore en sa face (Malh., I, 59) ; avec la face descouverte, laquelle il montra assez vénérable (Hist. adm. d'un favori, Y. H. L. 1, 106\ — Après cette date il devient rare : Corneille ne l'emploie au sens de visage que dans ses premières pièces : un fantôme pareil et de taille et de face (II, 403, Méd., 4285 ; cf. VIII. Imit., 387, 550, 616, etc.); Quand lui, la face ouverte et nullement émue Rotrou, Antig., I, 2). — Je ne tiens pas compte des expressions mises à part par Vaugelas : face à face, regarder, résister, soutenir, reprocher en face et de la formule religieuse, la face de Dieu.

Fascherie — Mlle de Gournay le défend (0., 591). — Estant dans cette fascherie (Sore\,ïPolyand., 1,126 ; cf. id., ib., 230, 340; vivre avec quelque fascherie, d'Ouville, Contes, 1644, II, 48) ; cf. Courtisan parfait, 44 et 130 ; Sarasin, I, 190. — Il est encore chez Pascal : les grands et les petits ont mesmes accidents, mesmes fascheries et mesmes passions (Pens., I, 9).

Fallace — peu courtisan (Malh., IV, 380). Il est dans Régnier, Set. VII ; cf. ayant à parler de la tromperie et de la fallace (Chapel., Guzm. d'Alfa III. 29).

Fausse tresse — bas et populaire (Malh., IV, 437).

Faux jaloux — plébée (Id., IV, 280 .

Finalement — n'est pas du beau style (Vaug., I. (.>3 .

Se fondre eneau — Scudéry le trouvait bas dans Le vers 799 du Cid : pleurez, pleurez, mes yeux cl fondez-vous en eau. L'Académie refusa de condamnei l'expression 'Corn., XII, 492).

Fortuné — Malherbe blâmait fortuner dans Le sens de rendre heureux. Mais

il ne parlai! pas de fortuné au sens de malheureux IV, * * » i . Vaugelas ajoute : i< Quand fortuné signifie heureux, il est plus noble que I»' mol <\'heureux et n'est pas tanl du langage familier : un prince fortuné. Mais <l;ms La signification de malheureux, il est bas, comme ce pam re fortuné (II. 175). Ce n'était pas l'opinion de La Mothe 1<- \ I . Mais l'usage

approuva Vaugelas.

Gagner au pied basel populaire Malh., IV, W)3 . Bile prinl la fuitte <t

gaigna au pied (Caq. de l'Ace, 216); gagne au pied le timide lièvre (Scarr., Virg., I, 48; cf. Id., ib., I, 334; II, 153; II, 256). — Plus tard : Mendoce gagne au pied de peur qu'on ne l'accuse (Montfleury, Coméd. Poêle, IV, 4); gagnons au pied (Th. Corn., Am. à la mode, III, 8).

Geindre — n'est pas à fuir en poésie (Gourn., Adv., 260). Monet le considère comme vieux etOudin le marque d'une f. — Quand ils ahanent ou font semblant d'ahaner, je les oy geindre (Malh., II, 465).

Gîte — Morgues ne voulait pas qu'on en usât, sous prétexte qu'on dit gîte de lièvre (Dupl., Lum., 281 ; cf. A. de B., 241). L. cite Molière. Je n'ai comme lui que des exemples du style familier ou comique. — De faire un mauvais giste (Airs et Vaud. de Cour, I, 286); Vers où sera mon dernier giste (Scarr., OEuv., I, 144); elle fut au gîte, à Moret (Loret, 2 nov. 1658) ; au Louvre il prendra son gîte (Id., 21 avril 1652; cf. Id., 6 sept. 1653; fi nov. 1660).

Grommeler — proscrit par la nouvelle École (O., 954) ; S'ils gromellent quelque impieté (Gar., Doct. Cur., 802; cf. 336) ; Ouïr... grommeler sa conscience (Brébeuf, Luc. trav., 116) ; Tout bas le drille grommelle (Id,., ib., 135; cf. Benssorade, I, 327; Scarr., Virg., II, 222; Loret, 15 mars 1659).

Hurler — proscrit par la nouvelle École, en parlant d'une lamentation des Nymphes (Gourn., O., 954; Adv., 635). L. cite Despréaux, Lutr., VI. — Comique et burlesque : je hurlois avec ces loups (Chapel., Guzm. d'Alf., III, 489; cf. Scarr., OEuv., 1,397).

Mâchonner — employé par les plus honnêtes gens (Gourn., O., 506; Adv.,

Malgracieux — est bas (Vaug., II, 306), sauf dans le burlesque (Scarr., Virg., I, 142). Contesté par La Mothele Vayer (83). Je n'ai point d'exemple à ajouter à celui de Molière (Av., II, 1), cité par Littré. Vaugelas n'est guère plus favorable à gracieux, qui est aussi défendu par La Mothe le Vayer.

M\imour, in amie — ne se disent qu'en termes de caresses (Vaug., II, 43). Patru trouve cela même bien vieux et bien enfantin. Ce sont des termes de petits bourgeois. Ailleurs, on ne dit m'amie qu'aux servantes. Les exemples réunis par Livet (Lex. de Mol., mie, m'amour) sont tous comiques et familiers1.

Me/fait — blâmé par Chevreau {Rem. s. Malh.,Yi) — *Nic, Cotgr., Mon., Oud., Rech. et C. A. Oud. ; Richelet considère méfaire et méfait comme des mots usés.

Mettre bon ordre — lâche et populaire (Malh., IV, 379). Il est dans Régnier, Sat. X, 32. On le retrouve chez les comiques : Tu me verras, Cliton, mettre bon ordre à tout (Th. Corn., Am. à la mode, II, 10).

Mettre (ne mettre guère =z ne pas être longtemps) — C'est une phrase que Vaugelas ne voudrait pas employer même en parlant, car des femmes de la

1. Mymy — La Cour nous a forgé une mymy de la coiffe mignarde des Dames du Cours, par double diminutif de m'amj/e (Gourn., O., 502 ; Adv., 325). A l'approche des amis, Les masques et les mimis Se donnent à la soubrette (Promen. du Cours, 4635, V H. L., X, 27 j.

Cour ne pouvaient souffrir de l'entendre dire à certaines femmes de la ville (II, 171).

Muguet — bas et plébée. Il peut avoir lieu aux satires et comédies (Malh., IV, 326 et 369). — (Ma femme) entre les mains de ce jeune muguet (d'Ouville, Contes, II, 115) ; tous ces muguets qui vous veulent attraire (Sarasin, OEuv., II, 83). — Plus tard : aux entretiens de ces doctes muguets (Montfleury, Dupe de soi-même, 11,1 ; cf. Id., Ec. des Filles, II, 11) ; Et bien loin d'imiter mille jeunes muguets (Th. Corn., D. B. de Cig., IV, 1 ; cf. dans le burlesque, Richer, Ov. bouf., 381).

Peste — la peste m'étouffe, employé par les mignardes, n'est pas de bonne maison (Gourn.. O., 605; Adv., 393). On trouve divers jurons avec ce mot, particulièrement la peste soit de, peste de (Airs et Vaud. de Cour, II, 229) ; la peste soit la sotte (Th. Corn., Gai. doublé, I, 2).

Pétulance — Mlle de Gournay se demande comment on remplacerait ce mot qui comprend l'insolence et l'impudence ensemble (O., 427, Adv., 259). L. cite Maucroix.

Pièce, fairepièce — Vaugelas trouve la locution basse (I, 430). Dupleix l'estimait fort bonne (Liberté, 445) ; vous avez fait pièce à nostre bonne mère Sorel, Polyand., II, 382); nous sommes bien aises de lui faire pièce (Id., ib., II, 114); Clarice m'a fait pièce et je l'ai su connoître (Corn., IV, 237) ; il fait pièce nouvelle, écoutons (Id., IV, 194). Et luy faire pièce pour rire (Scarr., Virg., II, 31) ; et fait toujours pièces nouvelles (Loret, 26 nov. 1651 ; cf. 28 déc. 1652).

Pouvoir (il y peut == il y tient;— est du style bas (Vaug\, I, 245). Dupleix soutient cette locution (Liberté, 464).

Serf [— serviteur) en termes d'amour : je suis serf de Madame, déplaisait à Malherbe (IV, 413; cf. Gourn., Adv., 403). MUe de Gournay ajoute que servant est dans le même cas (Adv., 637) <.

Solliciter (= soigner, secourir) — comme on le dit à Paris, est du plus bas usage (Vaug., I, 129). La Mothe le Vayer est d'un avis contraire (42).

Taxer (=z blâmer) — n'est plus reçu dans le beau langage (Vaug., I, 354). Chapelain et La Mothe le Vayer (51) ne partageaient pas cette opinion. — Il est très commun : ces méchans dont l'insolence Taxe nos plus justes désirs (Hacan, II, 98). Livet, à propos d'un vers de Y Etourdi, I, 2, a rapporté de nombreux exemples (Lex. de Mol., III, 677).

Tintamarre — mot de comédie ou de satire (Malh., IV, 404 : cf. Couru., Adv., 403. — On verra dans Littré des exemples de Pascal et de Bossuet. Toutefois la masse des exemples appartient au genre comique : ne pouvant aussi plus endurer le tinlainare [Plais. Ruses de 3 bourg., V. II. L., VII, 29) ; En ces perplexitez et premiers tintamarres (A'//', pact., II)., IX. L'estrange bruict et les grands tinta/narres (Purg. des Prison.. Ib., VIII, 208 : Le tintamarre de la nuée {R. François. Merv. de A'.//., 588 ; par un merveilleux tintamarre (Merc. de Fr., 1631, 790; cf. 794); le tintamarre de ses roues Coureur de nuict, 46); un tintamarre espouyentable Gombauld, Épigr,t~ù)\ quel desordre, quel tintamare I (Airs et Vaud. de Cour,, 11. ls:{ ; r(. Chapel.,

i. Servage reste usuel Malh., I. 98, Ree. <l? Rond. IW9, it<.>. Malleville, /'<<

Guzm. d'Alf., II, 9 ; III, 175 et St. Amant, I, 448, 397. Cyrano le met dans la bouche de Gareau (Péd. y., II, 2).

Tout son monde — se dit en parlant, mais est de la lie du peuple : il fit avancer tout son monde, ne serait pas souffert dans le style noble pour dire, tous ses domestiques, moins encore pour toutes ses troupes fVaug., I, 281).

Traits — Scudéry le trouve bas dans ce vers de Corneille : aux traits de ton amour ni de ton desespoir (Çid, 956, Corn., XII, 459). Mais l'Académie [ib., t94) repousse cette censure. Le mot est resté tout à fait classique. Voir L.,

Trogne — des plus hautes et polies dames de la Cour appelloient n'agueres leur trongnette une fort belle peincture de jeune fille, logée en leur cabinet où je me trouvay (Gourn., 0., 507; Adv., 328). L. cite le passage célèbre des Pensées de Pascal. Mais presque tous les exemples appartiennent au style familier et burlesque. — Il ne faudroit que regarder sa trogne (Gar., Doctr. Cur., 769); Reprend ta trogne rubiconde (Rec. Rond, efîo., 1639, 122); Et tous en différentes trognes (Scarr., Virg.,\, 84); d'une joviale trongne (St. Amant, I, 226; cf. II, 454); cf. Chapel., Guzm. d'Alf., III, 440; Colletet, Juv. burl.t 20. Ex. innombrables dans Loret.

Troquer — au lieu de ce commerce que je troque, je dirais que j'exerce ou que je fais (Chapel., Let. à Balzac, 28 déc. 1640). — Pour la troquer (sa doctrine) contre quelque bon repas (Sorel, Polyand., 1,323-324); pour se troquer avec un Prince (Maynard, OEuv., 1646, 221) ; Troquons, je le veux bien (Bensserade, I, 329); cf. Scarr., OEuv., I, 29; 104; Virg., II, 276,288).

Tympaniser — mot de raillerie qui ne doit jamais être employé en une matière sérieuse (Vaug., II, 467, Rem. posth.). Livet, dans son Lexique de Molière, a cité des exemples, tous pris au style familier et comique.

Vaillant comme son espée — c'est le peuple qui dit ainsi (Chevr., Rem. s. M., 67).

Je n'ai voulu dans ces listes faire entrer que des mots dont nous savons par des textes précis qu'on les a rejetés, ou qu'on a tenté de les rejeter dans le langage vulgaire. Mais on s'est détourné sans en rien dire de bien d'autres: dabo, débraillé, démarrer, escarhouiller, être sur des épines, passer l'éponge, pleurerie, etc., etc., dont on rencontre encore un exemple chez Godeau, chez Chapelain ou chez Corneille, puis qui disparaissent des œuvres sérieuses et du style noble '. Aussi qu'il s'agisse des mots déshonnêtes ou des mots bas, il ne faut point s'en tenir aux maigres listes que je viens de donner. Elles doivent servir plutôt à caractériser l'esprit puriste qu'à mesurer les ravages qu'il a faits. Rejeter un mot de son œuvre est en etfet une autre façon, non moins décisive, de le condamner.

1. C'est parce qu'elles sont basses qu'on abandonne des images telles que : bâillonner ses maux (Malh., IV, 257), tirailler le cœur, des tonneaux d'amertume, faire la sourde oreille, gagner au pied (cf. Doctr.. 244).

Il faudrait donc pour se faire une idée de la masse des termes qui sont exclus de la langue littéraire, parcourir un vaste recueil, comme les Curiositez françoiscs d'A. Oudin1, et y relever la multitude de termes qui sentent le vulgaire, c'est-à-dire presque tous, puis les comparer, soit à un lexique de puriste, comme Richelet, soit à des lexiques complets d'écrivains, quand nous en aurons.

Dès l'abord, le résultat est frappant.

Par exemple sont donnés par Oudin et condamnés dans Richelet : mijaurée / ifiienotte ; sabbat (bruit) ; sac à vin ; sobriquet (« un surnom de raillerie », vulg. Oudin — burlesque, Rich.) ; tape ; tintouin ; touillant (un bon compagnon) ; trantran (ce mot est du petit peuple de Paris, et il signifie la manière ordinaire de faire une chose) ; baptisé (vin) ; salé (vendre bien salé, bien chéri ; torticolis (adj.) ; aller (le commerce ne va pas; — cela s'en va sans dire) 2 ; dauber ; détaler ; rembarrer ; se remplumer (redevenir riche) ; se requinquer (se dit des personnes vieilles qui se parent et s'ajustent proprement) ; taper ; de guingois (d'une manière malpropre, mal arrangée, tout de travers) ; rondement (aller rondement en besogne); en tapinois; prendre, tenir le haut du pavé, se mordre les pouces; chanter pouilles ; courir la prétentaine ; se mettre, se tenir sur son quant à moi ; être a quia ; faire rafle ; saigner du nez (c'est manquer à sa parole, ne pas tenir ce qu'on avoit promis) ; faire le tacet / laver la tête ; enfiler la venelle.

Plus nombreux sont encore les mots populaires que mentionne Oudin et qu'ignore Richelet. Citons, parmi d'innombrables exemples : un chinfrencau (coup sur la tête) ; du quibus ; de la quincaille (de l'argent) : le rastelier (les dents i ; soldeur (une peur subite, vulg.) ; saligaud ; faire des siennes (faire des actions inconsidérées selon sa coustume, vulg.) ; tabuler (tourmenter); taner (mot vulgaire « tourmenter») ; tapotter ; tarabuster ; toupier (tourner de côté et d'autre, travailler lentement, vulg.); cahin-caha (vulgaire, avec peine et par secousses) ; porter une dent, Veschapper belle ; je vous promets que cela est ainsi (je vous asseure, vulg.) ; se mettre en quatre ; avoir rosty lr balay ; faire un beau service (beaucoup de bruit, vulg.); faire le sibilot (le badin, Le bouffon, vulg.) ; gagner le taillis ; donner une talemouse un soufflet, vulg.

i. L<-v Recherche! donneraient d'abord d'utilei indications, car parmi les mots

marqués d'une étoile, beaucoup sont vulgaires : s.idtinner. il m'est ;i<lvis, ;tf;iner, n/fiquets, u/J'res. ;in<je de grève, uval leur de pois OTM, nvulhure, etc.

S. Oudin ilonue eu outre comme \ ul-aire ;iller pour ■< cslre bien séant • : 06 rabat M bien. Mais Kiehelel eite l'expression >ans l.i e< .mlainner. 'Mer. être bien léanl (habit qui va bien).

cet habit a fait son temps (il est usé, vulg.) ; un tour de reins un effort, vulg.) *.

Mais cette méthode, si rigoureuse quelle paraisse, devra être maniée avec précaution, car elle a quelque chose d'arbitraire. De ce qu'un mot d'Oudin ne sera pas dans Corneille, il ne s'ensuivra pas qu'il est écarté par Corneille. Il peut être, et depuis longtemps, rejeté de la langue écrite et littéraire. La comparaison du lexique de Corneille et de celui de Scarron pécherait par le même défaut. Elle prouverait qu'à côté de la langue officielle, il existe un vaste matériel linguistique, elle ne montrerait que d'une manière bien incertaine le développement du goût puriste.

Ce qui donnerait l'idée la plus juste de l'épuration pratiquée, ce serait peut-être de comparer des vocabulaires d'auteurs successifs, s ils existaient. Jusqu'à la fin du xvie siècle, il n'y a guère de changements essentiels. On retrouverait dans les poètes les mots les plus hardis de Ronsard : boyau, panse, trogne, charogne. On se rappelle le passage si caractéristique cité par Marty-Laveaux :

...alors Jupiter du traict de sa tempeste Aux Géants aveuglez escarboùilla la teste, Leur faisant distiller /' humeur de leurs cerveaux, Par les yeux, par la bouche et par les deux naseaux : Comme un fromage mol, de qui Yhumeur s'esgoutte Par les trous d'un panier à terre goûte à goûte.

(Ronsard, VI, 141.)

1. Deux exemples feront saisir toute la riehesse de cette langue populaire du wne siècle. Nous axons relevé dans Oudin les équivalents de boive. Les voici : chinquer; churlupper ; entonner: souffler; trinquer; abbreuver le mors ; arrouser le porte-mors ; croquer la pie : envoyer au pays bas ; fleuler pour le bourgeois ; hausser le coude, le cul, le gobelet, le godet, le temps ; se laver les tripes : plier le coude ; prendre patience (boire du vin ; les bonnes femmes appellent ainsi le vin, vulg.) ; prendre par la bouche : rincer le godet ; siffler ; souffler h l'encensoir, au bourrabaquin; trousser un verre de vin; en mettre un en prison; faire un prisonnier. — Pour s enivrer on se bride, on charge, on coiffe Roline, on se coiffe, on deschausse Bertrand, on s'emburelucoque, on s'enlumine, on fesse ses poules, on se gaste de vin, on s'imprime, on met de la paille dans ses souliers, on se peint, on se prend de vin, on se saoule. Un homme ivre est bridé de vin, chargé, coiffé, enfariné, enluminé, imprimé, pion, plein, rond, saoul. Il rend, rend compte, rend gorge, rend tripes et boyaux, déboit, escorche le renard, jette du cœur, jette des fusées, appelle huet, lire du cœur, renonce à la triomphe.

Voici maintenant les diverses façons de traduire s'enfuir : arpenter; desloger; desloger sans trompette; faire Jacques Desloges; enfiler la venelle; faire hau le gigot; faire hault le corps; gaigner pays : gaigner le haut; gaigner au pied; gaigner la coline; gaigner les champs; gaigner la guérite; gaigner le taillis ; gaigner la porte ; jetter les jambes à son col ; prendre les jambes à son col ; pendre les jambes à son col; plier ses chemises ; plier bagage ; plier son paquet ; tirer ses chausses; tirer pais ; trousser bagage; trousser son paquet ; trousser ses quilles; jouer du manicordion à double semelle; se sauver par les marets ; faire un peigne ; lever le piquet ; se remuer d'un lieu : sonner la retraite: montrer les talons ; jouer des talons ; vuider le pays ; vuider.

Du Bartas n'écrit point d'un autre style :

Sa prière achevée, elle oit soudain comment Vyvrongne Prince ron/le, et puis tout bellement S'approchant du chalii, saisit le cimeterre, Qui, cruel, a trempé de sang- toute la terre.

Ju<l.. VI, 95.

Bagos oyant le cri cTIsaac se renforcer,

Se prend à coups de pied contre l'huis enfoncer :

Puis là dedans entré, dessous la couche sale,

Trouve non Holoferne, ains sa charongne pasle (98 ' .

Montchrestien dira aussi tout simplement, pour marquer la fragilité de la pauvre nature humaine :

La vie est un air chaud

Qu'un pépin de raisin peut soudain estouffer.

(Escos.s.. 87.

Et il y a bien d'autres vulgarités dans l'épopée de d'Aubigné, dont les tableaux vigoureux et les apostrophes virulentes empruntent à notre lexique tout ce qu'il peut fournir de mots violents et d'images truculentes.

C'est une tradition qui va bientôt se perdant. L'ode d'abord, s'ennoblit. Il faut un Théophile pour parler à une coquette de casser ses pots de terre où elle renfermait ses onguents, et lui dire que plus tard seulement, quand les rides auront coupé son front, elle pourra encore excroquer l amour et se faire de cire ou de plâtre (II, 61; cf. I, 209). Les Colomby. les Monfuron parlent désormais d'un autre style.

Dans la tragédie, Hardy est à peu près le dernier qui ose employer des mots tels que abruti [Mar., III ; II, 455), et ronfler

l. Cf. ib.. 92. Tant que Rome eut pour Chefs les Cures, les Fabrice-. A qui les cuits naveaux servoient d'exquis délices : Et que le seul cresson à la Perse servit De délicat repas, et l'une et l'autre vit Tout heur chez soy loger, et redoutée en guerre De trophées remplit presque toute la terra. Mais dés que ceste-ci apprit des successeurs De Nine Assyrien les sucrées douceurs, KL dés que L'autre encor à la gueule adonnée, Fut par Galbe, Néron et Viiel gouvernée, Cerchant non moindre gloire en un prodigue niai, (v)u'cn un conflit gaignésur Pyrrhe ou Mithridat, Toutes deux justement se virent sa<

Des nations jadis par elles outragées.

Nature vit de peu, et les mets supeillus

Rendent Les esprits lourds, et Les etfomacht crus...

(Didon, IV, 1 ; I, 46). On ne verra plus sur la scène une héroïne appeler son mari mâtin carnassier (Mar., II, 1 ; II, 415; cf. 419), ou un héros apostropher une femme du nom de paillarde (Mél., IV, 2; I, 253)1.

Cependant le mouvement est en somme assez lent. Dans l'épopée, on l'a vu, Chapelain n'est pas encore partout vraiment noble. Le P. Lemoyne non plus. Son Saint-Louis renferme bien des hardiesses. Il peint sinon les hommes, du moins les animaux de couleurs assez vives, et mêle à ses périphrases pas mal de mots propres: Voici par exemple un crocodile « qui traisne De son ventre pendant la sanguinaire masse » :

D'un double rang; de dents sa gueule estoit ferrée ; Et deux enfans par jour à son ventre il destine ; Le sang frais en tout temps coule par sa demeure : Sa mâchoire écumante en dégoutte à toute heure; Sur les restes des morts, il ronge les mourans, De ses ongles ouverts, dans sa gorge expirans : Les os, les intestins autour de lui pourrissent.

(liv. III, p. 33.)

Ailleurs, il n'a pas peur d'écrire, en parlant des débris affreux des cadavres (liv. XV, p. 191) :

Et ce débris sanglant de testes enlevées, De membres écrasez et d'entrailles crevées.

Il faut, pour trouver le mot vague et la périphrase continuelle, descendre jusqu'au Clovis de Desmarets (1657).

Je dirai même chose des genres que Racan a cultivés. M. Arnould a eu raison de montrer que les mots techniques, qui circulent surtout sur les lèvres paysannes, ne l'ont pas effrayé : coupeau, écarer, égaiL escalier, gagnage, outiron, pelu, teiller du chanvre11. Ce n'est point là encore le fade et incolore lexique de Mme Deshoulières.

Toutefois on a donné déjà à l'âge suivant de bien mauvaises doctrines, et de déplorables exemples. Les textes même des anciens poètes n'ont plus paru inviolables, on les a mis au goût du jour. Le traducteur de Juvénal déclare qu'il « a un peu biaisé le sens et la force des paroles, pour n'offencer pas les oreilles chastes » [Les Sat. de Juvén., 1653, Préf.). Un autre a émondé Plaute : « J'y a y gardé plusieurs façons de parler proverbiales, et j'y en ay mesmes

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