A. MOTS DU PALAIS
J'ai dit, au chapitre de la formation de l'usage, comment et pourquoi l'usage de la Cour l'avait emporté sur celui du Palais. Je me réserve d'étudier plus tard comment le discrédit du style de notaire s'accrut, au point qu'on se demanda si les gens du métier ne devaient pas renoncer à ce jargon. La question commença à se poser avant 1660, mais c'est dans la suite surtout qu'elle fut discutée, et je la traiterai au volume suivant.
Je me borne donc ici à réunir quelques mots dont la condamnation remonte au commencement du xvne siècle.
Avéré — (blâmé par Malh., IV, 466). Il est commun dans YAstrée : il avéra que ceste entreprise venoit de luy (1614, II, 774); cf. Racan : vostre crime est assez avéré (I, 94). Il est souvent chez les burlesques (Chap.. Guzm. <TAlf'., III, 203, Segrais,M>uu., 1" nouv., 221).
Débouler — Mlle de Gournay le défend (0., 591), mais Furetière le raille [Jeu de boule des procureurs, 1655, 45). — Cf. Bossuet, Pens. chrél., p. 7 : déboulé de cette défense par la raison de la justice de Dieu.
Futur — s'emploie en style de notaire et de grammairien. Mais en prose, Vaugelas ne sait point d'endroit dans le tbeau langage où il puisse être employé (II, 192; cf. au contraire La Mothe le Vayer, Eloq. />., 71); — il est l'avant coureur de quelque vérité future (Guerson, Anal, du Verbe, 106).
Licite — condamné par la nouvelle Ecole, qui permet illicite seulement [de Gourn., Adv., 403).
Notoire — blâmé par Malherbe, comme sortant de l'usage [IV, 884, 415 .
Submission — est un terme de Palais, il y ajvingtans, on le(disait, prononce Vaugelas, maintenant on dit et on escrit soumission (1, 83) ; commua chez Corneille : notre submission ;t l'orgueil la prépare (I, 400, \'cur.. .'{() : cf. Lex., M. Lav., II, ::
Susdit — mot que n'épargnent pas les meilleurs écrivains de ta Cour (de Gourn., O., 591 ..
La liste est courte, mais il faut v ajouter un grand nombre de mots
qualifiés de vieux ou de l>as. et un nombre appréciable de termes ou d'expressions, dont j'ai cru meilleur de faire L'histoire au chapitre de la morphologie :
à ce faire, ce disant, en ce faisant, à celle fin, à icelle fin, à rencontre de, attendu que, comme ainsi soit, eu égard à, à cet égard, iceluy, jaçoit que, joint que, nonobstant, ores que, outre ce, au préalable, préalablement, au surplus, vu, cejourd'hui*.