‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 5)Chapitre 75 sur 134 · MOTS NOUVEAUX · texte numérisé non relu

MOTS NOUVEAUX

I. DÉRIVATION IMPROPRE. — ADJECTIFS SUBSTANTJVÉS. — On ne peut guère dire, au jugement de Malherbe : Si tu es juste, Amour, tu me dois délier Ou par un doux effort cette dure plier, mais on peut fort bien dire : la belle, la cruelle, etc. (Doctr., 350). Deimier essaie de préciser, et compte quatorze adjectifs que l'usage fait indifféremment substantifs ou adjectifs (Acad., 114-415 "'.

1. La liste qui suit n'est que toute provisoire. Ainsi beaucoup de mots étaient donnés parle Dictionnaire général avec un premier exemple du xvne siècle, dont on a trouvé depuis un exemple plus ancien. A lui seul, le Complément de Godefroy oblige à considérer comme plus anciens une foule de mots qui étaient donnés par Le Dictionnaire général comme du xvne siècle, ainsi pour les seuls mots d'origine latine : culte, évolution, fusion, grade, intelligent, intercadent, lucre, malivole, morose, pécule, perfidie, scrutin, succession, virago; parmi les italiens : isolé, pédale, prestance: parmi les espagnols : arzel, parages, patagon.

Les recherches de M. Vaganay ont donné et donneront des résultats analogues.

Il faut avoir une défiance particulière pour les mots qu'on signale comme donnés par Gotgrave. Ce Dictionnaire est bien de 1611, mais la langue qu'il contient est celle du xvie siècle. Ainsi j'ai pu m'assurer, grâce à la complaisance de mon collègue et ami M. Huguet, qui a bien voulu consulter pour moi le Dictionnaire françois anglois de Saint-Liens, conservé à la bibliothèque de Gaen, que ce recueil contient des mots dont la première mention était d'après H. D. T. dans Gotgrave. Il y en a peu toutefois. Je citerai : clientèle, drogué vin . frugale, intercepter, patienter, rapsodie. saugrenu. C'est une de mes étudiantes, miss Farrer, quia bien voulu me signaler le rapport entre les deux recueils, rapport que sa thèse a mis depuis en lumière.

Intelligent peut servir d'exemple. Il est dans Gotgrave, on le retrouve dans Monet. Oudin, etc. Il y a toutes chances pour que le mot soit antérieur, et en effet Godefroy, dans son Comp1, cite deux exemples, pris tous deux, il est vrai, au même texte. Des lectures minutieuses le feront découvrir ailleurs.

Enfin et surtout il faut bien prendre garde que beaucoup des mots énumérél ci-dessous sont risqués dans une lettre, dans un écrit non littéraire. Je n'avais pas le droit de les exclure, tout « aventuriers » qu'ils fussent. Mais il ne faudrait pas y voir des essais pour enrichir l'idiome, on ferait là un véritable contresens. J'ai pour ces raisons écarté les mots purement burlesques, inventés en vue d'un effet de cocasserie.

En revanche j'ai voulu mettre ici de faux néologismes dont je- sais (pie l'on a do exemples antérieurs, mais que les gens du temps prenaient pour des nouveautés. Offenseur est dans des textes, avant Corneille. Mais l'y a-t-il pris? Ce n'esl pu- sûr. L'Académie qui relève le mot ne fait aucune allusion à ces autorités, qu'elle ne connaît visiblement point La date de L6S7 n'esl pas celle de l'apparition du mot assurément. Mais c'est la date au je crois qu'il faut en parler, puisque t<»iit le monde alors le considère comme une production contemporaine.

Fratricide est tout à fait dans le même cas. Si bien que Vaugelas parle des qui le composent H.--. ESI Scarron, tablant sur le petit effet d'étonnement qu'il cause, imagine des analogues burlesques : Romulus qui l'ut allaité d'une Louve, lut Fratricide: Horace lui Sororicidè CBuv., I. S64 . Cf. lonririilc Lon i. 9 octobn •>(»:; \monsiricide M.. L'oct, 1665, 165 \ pretlricide ld., 27 aoûl 1651,

j. Le texte mérite d'être cité : c'est à propos de ce vers de l >u Bartas : Afin que son

filus henii se montre encore plus heun. ■ Sou plus heau. dit I )eiiuier. cela n'esl pas luen

dicl en François, car il ne faut point user de verbes adjectifs au lieu des substantifs. I)u Mon in s'en est accommodé au long et au large, car c'estoil son plaisir d'escrire

C'était, en théorie, la fin du procédé de style qui permettait de remplacer à la manière latine un pronom ou un nom quelconque par une épithète accompagnée de l'article ou d'un de ses équivalents, adjectif possessif, adjectif démonstratif, etc. Mais il ne faudrait en aucune façon généraliser ni croire que désormais les adjectifs ne passent plus à l'état de substantifs. Rien ne serait plus faux.

Il me paraît impossible toutefois de distinguer, dans l'état actuel des recherches, ce qui est vraiment nouveau et du temps. Je me bornerai à donner des exemples, en les classant1.

A. Substantifs désignant des personnes. — 1° Le substantif est précédé d'un possessif : A la fin ma rebelle a cogneu ma constance (Racan, Berg., V, 4, I, 125) ; lorsque d'une plaintive voix II reclamoit son inhumaine (Mayn., II, 9) ; le sombre des mélancoliques, l'esprit empâté des gayes (Almah., V, 954); comme le lys dans les espines, ma bien-aymée, comme l'orange entre les fruictsdes forests, mon choisy, ô que de douces douceurs (Guerson, Anal, du Verbe, 18)i.]

2° Le substantif est précédé d'un article défini : Ce Dieu ne permet pas que le victorieux Triomphe insolemment et raille ma deffaite (Racan, II, 93, ps. 29) ; si bien que les habiles découvrent assez (Cotin, Théoclée, 1646, Av.-prop.) ; Tu as menty, respondit alors un des contraires (d'Audig., Six nouv., 110) ; L'oreille des polis et celle des barbares (Mayn., Œuv., 1646, 23); voyons avec tous les sensez qu'est ce que tyrannie (Dubos Mont., Fo., 10).

3° Le substantif est précédé d'un article indéfini ou d'une expression de <iuantité : une triste (Almah., V, 952) ; combien à les ouyr je fais de /ancontre la reigle.... c'est changer sans raison et sans nécessité le naturel des vocables. C'est ainsi qu'on dit ma belle ou la belle, ma rebelle, ma cruelle, mon inhumaine, ringrate, rinfidelle. Les amoureux des siècles passez ont mis en lumière et réputation une telle façon de] parler. On en trouve encore quelques autres : amie, ennemie, amante, amoureuse, rigoureuse, guerrière, homicide, inconstante. Mais c'est le vray que ces quatorze noms passent, en vertu de l'usage, aussi bien pour substantifs que pour adjectifs. Tous peuvent estre changez en Testât du masculin hors le premier (beau), mais on peut dire le beau de sa beauté... Mais ces quatorze termes doivent tousjours estre employez en condition d'estre referez en ce qui est proprement à la seconde ou troisième personne, car c'est un mauvais propos de dire ma belle, mon inconstante, pour vouloir faire entendre la beauté, l'humeur ou la fortune qui est propre à soy mesme... On a veu de nostre temps quelques Poètes licencieux qui ont voulu donner cours à plusieurs termes de ceste façon, disant ainsi parlant de leurs maistresses, ma divine, ma loyauté, ma beauté,ma brave, ma parfaite, mais cella estoit si galimatias et hors de mesure que rien plus, aussi on l'a rejecté comme chose non moins impropre que nouvelle... » (413-416). Suivent un certain nombre d'exemples où Desportes en a bien usé.

1. Il faut d'abord mettre à part bien entendu tous les adjectifs passés à l'état de substantifs véritables: un blondin, lacamarade, une coquette, le défunt, des délicats, les doctes, undrole, la dure, un factieux, un fascheux, les fidèles, une folle, le galant, les grands, les gueux, les humains, les incrédules, les infidèles, les justes, les libertins, un malheureux, un malin, un mignon, la mignonne, les mondains, les mystiques, les naturels du pays, un niais, les orgueilleux, les originaux, un particulier, un patient, le pauvre, un pénitent, un plaisant, les rebelles, le sage, les simples, les sots, les superbes, les timides, etc.

2. Je ne tiens pas compte du cas où les verbes faire, rendre précédent ; Rosidor garanti mé rend .sa redevable (Corn., Clit., III, 1).

guissans (Rotr., S. Gen., a. II, se. 3; cf. Scudéry, Almah., V, 1104).

4° Le substantif est précédé d'un démonstratif : Cela ne se peut plus, ceste désespérée... Rend de son déplaisir le suject trop cognu (Racan, Rerg., IV, se. 4, 1, 95); Rassure cette craintive (Id., II, 320) ; Le bras toujours vainqueur du grand Dieu des Armées Fera mordre la poudre à ces audacieux (Id., 11,73, ps. 29).

Ici la liste des exemples s'allongerait indéfiniment, rien n'est plus facile que (remployer en guise de substantif un adjectif quelconque précédé d'un démonstratif.

Il n'est point facile de dire à quel moment un semblable emploi transforme l'adjectif en véritable substantif. Nul doute cependant que notre époque ait vu la naissance de substantifs tels que précieuses, prudes, illustres, etc. l.

B. Substantifs désignant des choses concrètes. — On peut citer grotesques, impériale : Quand j'ay veu les extravagances de Remond Lulle,les grotesques de Goropius Becanus (Gar., Doctr. cur., 21) ; le carrosse estoit tout tremblant de vieillesse; les quenouilles ne tenoient point, Y impériale estoit fracassée (Sorel, Polyand., 11,423).

Comparez : la pareille (Malleville, Po., 1649, 4°, 198); à l'utile ajouté l'ornement (Racan, II, 74) ; en luy seul l'impossible est possible (Id. II, 296) ; Aujourd'huy qu'un chaud véhément Nous importune extrêmement Rec. de Rond , 1639, 165; cf. Racan, I, 210); ni les uns ni les autres ne nous conseilloienl pas tousjours le meilleur (Desc, Méth., 28) ; je voy le futur sans besicles (Scarr., Virg., II, 209) ; tondre le riche émail qui fleurit sur le vert (St.-Am. , II, 170)2.

C. Substantifs désignant des choses abstraites. — Je n oserais pas affirmer que les adjectifs substantivés au sens de substantifs abstraits ont été aussi communs au xvne siècle qu'au XVIe. Mais il est certain qu'ils étaient en très grande vogue. De quelque coté qu'on se tourne, vers Etienne Binet comme vers Balzac, pour des raisons différentes sans doute, mais également efficaces, on les trouve en abondance. h'Essay des Merveilles de Nature dira : Qui se peu! imaginer comme sur le bout d'une langue musicienne on peut renfermer toute la mélodie du monde? enfilant (Tune tirade le pesant, l'aigu, l'enroué, le fendant, l'argentin, le tonnerre, les fuites, le soupple, l'arrogant (p. 522). Mais Balzac écrit : Je ne cherche plus autre chose, depuis r/ue mes cheveux gris m'ont adverty de chercher le solide et le sérieux (Let. chois., 164-7, \'l ï i. // ne tiendra qfu'à vous que le simple et le provincial de mes escri/s ne soit préféré au poli et au courtisan desescrits des autres (cité par Bouli. , I). . 17 .

1 . En Langue burlesque les exemples de tout ordre fourmillent : je finiray donc toul court lu dedieatoire Scarr., Œuv., I. 271 : Vous parleray-je des Aise* Qui sonl un peu scandalise/ [d., CEuv., 1. 230) : au pied des coteaux Les gens logeoienl comme brutaux Id.. Vin).. I. 205; cf. Racan, II. 78, ps. ~i\ : Gomme en nos jours feroil rire le monde <jiiel<iue fantasque St.-Am., <>lùir.. II. i'» : Ace beau son, vingl dode

■ nviil la patte a vin^t Ion niants Id.. II. 102 .

2. (>n dit encore beaucoup '.lamarine la mer, Trist. L'Herm., Veraher., 212;

. <>l.ur.. II. 65, 130, etc.).

L'extension de ce procédé peut même être considérée comme étant en rapport direct avec le développement de l'esprit précieux. L'anonyme de 1657 pose l'usage en règle, sans réserves, presque comme Du Bellay. On emploie les adjectifs neutres sans substantifs, ditil, pour exprimer les qualités des arts ou des personnes. Il lui fît froid (froide mine), 77 se mit sur son sérieux (37) ; on dit se piquer de docte, de vaillant (Id., ib.). L'analyse des textes montre que l'auteur dit vrai :

Tu sçais que je connoy nostre divin Mestier Et que j'en voy d'abord le Foible et le Solide (Mayn., 1646, 45); je n'ignore pas le fin et le délicat (La Mesnard., Po., 1656, préf., p. 7) ; vous sçavez combien est rare dans l'amour le moment du réciproque (Segrais, Nouv. fr., 1656, 3e nouv., 144) ; de l'attention et de la seconde veuë, qui polissent le rude et démeslent le confus (Balz., IIe Disc, I, 245, éd. Moreau); vostre sombre [Almah., V, 964, cf. 954) ; de l'agréable, du solide et du délicat (Costar, Let., II, 28) ; il fut difficile de remettre cette conversation dans le sérieux (Segrais, Nouv. fr., 4e nouv., 248 ; cf. Mais, des /eux, 198, Loret, Po. burl., 1647, 101); il t'aime, tu connois son tendre (Scarr., Virg., I, 327). Sorel (Conn. des b. livres, 1672, p. 408) recommande : il y a du tendre en cela.

On rencontre aussi les tours chers à Du Bellay : le frais du bocage (Racan, I, 72) ; un caractère qu'on leur a gravé dans le plus beau de l'âme (Dub. Mont., Ex. P., 5).

Voici quelques exemples :

Dieu qui a plus d'égard au formel de la malice qu'au matériel de l'action (Garasse, Doctr. cur., p. 940) ; le burlesque de leur dance (Segrais, Nouv. fr., 6e nouv., 140); le haut du jour (d'Urfé, Astrée, II, 165; cf. Racan, I, 39) ; Vobscur des vallons (Chapel., Guzm. d'Alf., III, 469) ; le poly d'une enclume (d'Urfé, Astrée, II, 563) ; le plus retiré du bois (Id., ib.t I, 106 b) ; le plus sauvage du bois(ld., ib., II, 457); lesombrede la nuict (La Mesnard., Po., 45); letout de vos affections {Secret, de la Cour, 1647, 34); le vague des airs (Racan, II, 268); le vague des idées et imaginations (Camus, Divers., 1605, I. IV, 303 a) ].

INFINITIFS SUBSTANTIVÉS. — Vers le milieu du xvne siècle, Malherbe scandalisait ses. admirateurs puristes pour avoir osé écrire le flatter pour la flatterie (Chevreau, Rem. s. M.91\). Cependant à aucun moment, il n'y a eu condamnation d'ensemble des substantifs formés par ce procédé. Malherbe lui-même, dans le Commentaire, n'en a souligné qu'un exemple : O douteus espérer (f° 93 v°, Doctr.,

1. Je ne parle pas d'expressions devenues tout usuelles : au fort de la chaleur (Tristan, Vers Her.,\)b) ; le profond des flots ou des bois (Racan, Berg., 23; Rotrou, La Célimène. V, 3), le commun des mortels (Racan, II, 250); le commun des femmes (Mlle de Scudéry, Mathilde, 44); le gênerai de VÉtat (Dubos Mont., Ex. 11 et 12).

En revanche, je crois fort rare un féminin comme : ils estoient cause de la continue de la guerre {Cont. et Mescont., 1649, V. H. L., V, 339).

442) ; Mlle de Gournay n'indique comme proscrit que un bel oser ; Vaugelas n'a écarté que le vouloir pour la volonté, et l'analogie du grec l'a décidé à reconnaître que c'est une chose ordinaire en nostre langue de substantifier les infinitifs (II, 167).

Dans les textes, on trouve non seulement tous ceux que nous avons aujourd'hui et qui forment de véritables substantifs : le boire, le manger, Vestre, le lever, le coucher, le rire, le pouvoir, le savoir, mais encore d'autres, qui ne disparaîtront que peu à peu. Sans parler de ceux de ces infinitifs qu'on rencontre chez Camus, chez d'Urfé ou chez Montchrestien, où se perpétue la tradition du xvie siècle l, on n'est point embarrassé de citer des exemples :

Le croire est une chose personnelle (Gar., Doctr. cur., 111); l'usage de son vivre (Théoph., II, 50) ; mon âme parlera du penser (Hardy, Did., 126) ; en son procéder (J. J. Bouch., Conf., 79) ; un dernier désespérer (Dubos Mont., Al., 16) ; donner un démentir (Id., A., 9) ; pour ne retomber pas dans son premier non estre (Id., AL, 8) ; un marcher seur et ferme (Racan, II, 301).

Chose plus notable, il arrive encore souvent que l'infinitif ainsi substantivé est suivi d'un complément déterminatif 2. Voilà son mesme sousris et son mesme tourner de teste (D'Urfé, Astrée, II, 714); Au briller de tes yeux (Mayn., I, 121); Au seul estinceler de V Aurore crineuse (Id., I, 122, cf. 59) ; pour le seul flamber du soleil qui mesclaire (Id., I, 46); il ne me resta rien qu un vouloir de te plaire (Id., I, 40).

Ce qui prouve qu'on n'a pas là à faire aune fantaisie individuelle, c'est que les raffinés du temps en usent aussi : l'altération de son ame qui s'accreust grandement à Vouyr des discours que le Prince luy tient (Des Escut., Adv. fort., 16); un simple esloigner de vostre Ipsilis (Id., ib., 21); par le souffrir d'un million de peines (de La Serre, Clytie, 24).

Visiblement, il y a là un procédé à la mode. Il semble toutefois que le goût en ait été vite passé, et je n'ose point à ce propos, malgré l'abondance relative des exemples, parler do néologisme.

AUTRES DÉRIVÉS. — Substantifs dkvfnant adjectifs. — Le substantif employé comme adjectif ne plaisait pas toujours .ï Malherbe. Il doutai) que le pouvoir tyran d'un œil rigoureux fût de bon Langage. Le wr siècle avail connu ces appositions, mais il est difficile de savoir si la Langue |parlcc en a

jamais fait grand usage en dehors des noms de couleurs.

!. Le commanda est l'âme, Tooeyr c'est l<- corps Camus, Divers., i. v. 138b \U dormir {Astrée, I, io:> m ; le partir </>.. il. 175 : Voêtr Montchr., Dav., L, choeur).

•j. Très rarement on trouve un régime direct : l'apprendre est commeun eschauffer et allumer l'unir [Camus, Divers., 1. 1. "J.s5b).

LE NÉOLOGISMK 205

En tout cas je retrouve l'analogue chez Maynard : le tiran pouvoir de la fatalité (I, 130). h'Essay des Merv. de Nature affectionne encore cette construction : ce séraphin homme S-Paul (p. 500). Un ange homme condamné aux flammes (505). Cf. le front d'une fille amante mais princesse (Rotrou, S. Gen., a. I, se. 3) ; un port si soldat (Scudér., Almah., VI, 268) *.

Adjectifs tirés de participes présents. — Ils sont très nombreux, ainsi caressant (Oud., H. D.T.) ; — complaisant (Cotgr., 1611, ib.); cf. Ilfaut qu'on vous contente Et qu'on soit complaisant à qui fut complaisante (Boisrob., Foll. Gag., IV, 10) ; — consultant (Monet, 1636, H. D. T.) ; — déchirant (Cotgr., 1611, ib.) ; — dégoûtant (Oud., 1642 ib.) ; — exagérant : je vis bien... que les témoignages d'affection étoient affectés et exagérants (sr. Chantai, Let., 205, p. 296) ; — figurant : afin que ceux qui aimoient les choses figurantes s'y arrêtassent (Pasc, Pens., XV, 3 bis) ; — grugeant : le Bled nouveau fait toujours le Pain plus agréable en couleur, plus grugeant [Del. de la Camp., p. 3) ; — infamant (Patru, Plaid., 5, H. D. T.); — philosophant : La Philosophie la moins philosophante de toutes, il faut que ce mot passe (Cotin, Théocl., 84); — rasant (Cotgr., H.D. T.).

Adjectifs et substantifs tirés de participes passés. — Considéré : prudent, réfléchi (Cotgr., H. D. T.); cf. vos charmes ne sont sans doute pas si considérez dans leurs conquestes qu'il faut que nous le soyons dans nos respects (Segrais, Nouv.fr., 5e nouv., 61) ; — défilé (Rotrou, Bel., III, 1, H. D. T.); deshabillé : Philiris parle des femmes qu'il voyoit en leur deshabillé, au lieu de dire estant deshabillées : C'est que pour rendre son histoire douce et naïve, il use de ce mot que les Dames de Paris ont inventé, lequel je ne desapprouve point en ce lieu là (Sorel, Berg. extr., Rem., III, 217) ; couverte seulement d'un deshabillé de taffetas bleu (Desfont., Cel. et Maril., 83) ; — raffiné (H. D. T. cite Cotgr.; cf. Bec.de Bond., 1639, 170; Maynard, 1646, 223; Malleville, Po., 1649, 292 ; Saras., OEuv., 1656, I, 208) ; — frottée (Cotgr., H. D. T.) ; — trouée (ib.).

Adjectifs et substantifs tirés du radical verbal. — Malherbe condamne accroist qu'il prend pour un néologisme. Il a bien entendu surcroist, non l'autre (IV, 327). On peut citer de l'époque :

Chiquet (Oud., 1642, H. D. T). ; — coquet (Cotgr., H. D. T. ; cf. Bec. de Bond., 1639, 103, Maynard, 1646, 263, etc.) ; — déblai (Oud., 1642, H. D. T.) ; — début (ib.) ; — entrechat (Oud., 1642, sous la forme entrechas ; cf. d'Ouv., Cont., 1644, II, 261); — pari (Oud., 1642, H. D. T.) ; — ragoût (ib.) ; cf. Mes ouvrages pour vostre table Sont des ragoûts trop delicas (Mayn., OEuv., 1646, 302). — défroque (Cotgr., H. D. T. ; cf. : sçavoir mon si l'on ne m'avoit point tué pour... m'oster quelque défroque, Chap., Guzm. d'Alf., III, 263); — gigue : Je ne passois pas mal mon temps, Et comme j'estois un peu gigue (Richer, Ov. bouf., 1662, 209) ; Sa petite mère a beau luy crier tantost : allons, preste, et tantost, ça ça, la grande gigue n'en branle pas, et achevé a loisir... ses complimens et ses révérences (Arasp. et Sim., 1672,11, 36).

1. Les écrivains burlesques font passer les mots avec la plus grande facilité d'une classe à l'autre et tirent parfois de la confusion des effets comiques.

O qu'un brave est incommode S'il a l'humeur antipode (Bréb., Luc. trav., 1656, p. 77); A peine d'un son glapissant Eut-il sonné farlarirette, Qui veut dire en langue Trompette « Nobles seigneurs, retirez-vous ! » (Dassouc, Ov. en b. hum., 4°, 1650, 77-78Ï.

IL DÉRIVATION PROPRE. — DIMINUTIFS. — On se rappelle que tout un chapitre du livre d'Henri Estienne cherche à prouver ce paradoxe, que notre languealaprécellence sur l'italienne dans la création de ces sortes de mignardises (96-104). Maupas étudie encore la manière dont se dérivent les diminutifs, car les « Poètes emplovent d'assez bonne grâce, ces noms rustiques es Eglogues, Pastorelles et chansonnettes champestres » (98). Godard, poète en même temps que grammairien, en fait grand usage (Voir dans les Desguisez, A. th. fr., VII, 347, 349, etc.). Deimier, rapportant les inventions burlesques d'un fabricant de mots renvoie bien cœuret au billon, mais sans aucune censure particulière (471). Malherbe lui-même n'avait d'abord relevé dans Desportes faire la doucette, que parce qu'il le jugeait bas ' ; pourprette était mal dérivé, venant d'un substantif, sagette était bouffon. Mais aucune condamnation générale n'accompagnait ces sentences. Plus tard, au contraire, reprenant son Desportes, il prononce : « Ces diminutifs n'ont guère bonne grâce en français » (Doctr., 286).

M,le de Gournay ne se contenta pas de montrer que les diminutifs entrent dans le matériel linguistique des deux Prélats, dont elle fait son bouclier (0., 975), elle en donna un traité exprès : Des diminutifs françois (0., 499-510). Et c'est certainement un de ses meilleurs opuscules 2.

1. Commun dans la comédie et le burlesque Corn.. Snile du Ment.. IV. 290: Mol. Tart., I, 1 ; Scarr., Dern. œuu., I, 232, Virg., II. H><» .

2. « Quelqu'un encore faict il la bouche sucrée, pour n'oser dire, qu'une telle est accouchée n'aguere du plus bel enfançon, et qu'il ayme bien son petit frérot, et sa petite sœurette? Dire aussi, qu'vn tel garçon est le plus vray i'olet ou doucet, le plus vray fretillon, folion ou follichon, et ceste fille de mesme? sans épargner finef et finette, simplet et simplette, maigrelet ou maigrelette

« Suiuamment, chacun donne aux villes et aux Cours, ces diminutions de nom aux enfanspar tendresse, Madelon, Catin, Margot, Janon, Annichon ou Annette, Marotte. Claudine, Francine, Lysette : ouy parfois Elon et Suson pour Hélène et Susanne : plus, Pierrot, Janot, Carlin, et tant d'autres : outre celuv (pie monsieur le Cardinal du Perron a trouvé dans le nom d'Ascagne. Pour le regard de la campagne, elle a ces mesmes diminutifs de noms, et maints autres pour la bonne mesure. Les champestres et les polis mondains encore par dessus, seauentdire, si le cas y eschet. le bergerot, la bergerette. Au reste les plus honnestes gens aussi profèrent à tous coups, se marier par amourettes, aller aveuglettes, dire par épaulettes, mener au tabourinef : ils n'espargnent point une fine-rainette, une humeur enfantine, une carauzon, une raenon, une pauvre petiotte, un peton, une menotte; nomment eu suitte leur inearnadin et leur camelotin, aussi volontiers que leur incarnai et leur camelot : ny les dames n'obraettent pas aussi de leur pari le crespon qui sonne évidemment, erespe léger. Ils

disent frioler et triolet, issus par diminution du verbe friander : comme ils disent encores grignotter etbuvotter, lirez de grignon et de boire. Nous adjousterans qu'ils employent, morsiller vue pomme, poinctiller un homme, sauteler, sucçotler, mâchonner, vi vol ter. vole 1 1er, bai soi 1er. laslonner : verbe» diminutifs coin nie les trois précédents, et desquels on void assez les sources : et davantage ils sonnent par fois, babilsaulcet, et qu'un tel porte la mine d'un compagnon a la tassette, quand ils sont en

humeur comique

m Gonsequerament, il faudrait entonner, petite courbe d'un cheval en lieu de cour

Assurément il ne serait point difficile de trouver le point faible de ce plaidoyer, où l'« autrice » mêle sans scrupule les diminutifs employés comme tels : maisonnette de maison, et ceux qui font fonction de noms ordinaires : roulette ou cachette. A ce compte, elle donne un peu trop facilement l'illusion que ces mots « font le quart du langage françois ». Mais l'exposé est des plus brillants. La richesse des matériaux, une connaissance de la langue vraiment profonde pour le temps, une méthode où la recherche systématique des mots à citer n'a rien ôté à la fantaisie de l'imagination et à la verve du style mettent ce traité bien au-dessus du chapitre de H. Estienne.

Quoi qu'il en soit, le goût du temps n'allait pas vers ces gentillesses. Et si Vaugelas n'en a point parlé, c'est sans doute parce qu'il n'y avait plus lieu de s'en défendre !.

On en trouve encore fréquemment au commencement du siècle : tandis que leurs brebiettes broutoient (Camus, Iphig., I, 1, 248) ; ils examinèrent l'appareil de sa maletlc (d'Audig., Six nouv.de Cerv., 57) ; sur mon toict estendu seulet je me pourmene (Montchr., David, 1,4). Mais ils sont surtout dans des écrits familiers ou burlesques :

Ce sont des choseltes et menus fatras (Gar., Rab. réf. 39); de petits Ministrillons que vos femmes vous jettent sur les bras (Id., ib., 32) ; combattre une si chetive creaturette (R. Franc, Merv. de N., 495) , le burin grave des figurettes (Id., ib., 207); la Perle est lendrelette dans le Nacre (Id., ib., 175); il s'exempta des attaintes de certains petits mangereaux d'officiers de justice (Cour, de Nuict, 61).

Bientôt ils seront burlesques. César, qui juge qu'on fait De César un Cesarel Bréb., Luc. trav., 1656, p. 67); quenouillette (Airs et Vaudev.de Cour, II, 218); j'estois un jeune frippon net, menuet, deschargé d'encouleure et de graisse (Chapel., Guzrn. d'Alf., III, 170); Scarron en offre de très nombreux exemples : durette (Virg. II, 165); femmelette (ib., II, 132); herbettc (ib.. II, 171)) ; ivrofjnette (ib., II, 237); maigrelet (ib., II, 294).

Il 'serait fort difficile de citer des diminutifs de l'époque qui soient vraiment nouveaux. Presque tous ceux qu'on peut relever dans le Dictionnaire général sont antérieurs ; blanquette, cervelet, tourniquet, se lisent dans Gotgrave. Bridon, chiffon, sont dans le même

bette, petite lance d'un chirurgien pour sa lancette, petite poelle pour sa poelette, petite rue d'un lict, petite toille à se deshabiller, petites dents de colets, eneschange de ruelle, toillette, dentelles : et la palette à jouer, se debvroit appeler petite paellc. Quoy plus? petits chapeaux de table, petite cuve de salle, petite fosse déjoue, debvroient gagner la place de chapelets, cuvette et fossette : sans oublier les burettes de l'Eglise qu'il faudroit nommer petites buyes, en siècle de si haute reformation » (0., 505 à 508.)

\ . Il dit à propos d'islette dans les Remarques posthumes : « Il est fort bon. M. Coeffeteau en use, quoique les diminutifs ne soient pas fort en usage en nostre Langue. Car lors mesme que Ton s'en sert, on les adoucit d'ordinaire avec l'épithète de petit » (II, 412-3).

cas; gaignon est déjà dans Régnier (Sa/. XI). Pour les autres, des recherches ultérieures les feront probablement retrouver plus tôt. Ainsi poetereau est donné par H. D. T. comme deScarron. Je l'ai rencontré dans le Recueil de Rond, de 1639, p. i6. Est-ce le premier exemple ?

SUBSTANTIFS.— en able : cartable (Monet, 1630).

— en ade : cassonade (Cotgr., H. D. T.); Scarron dit déjà castonnade Virg., II, 50) ; — heurlade (Chap., Let., I, 528 ; cf. Oud., 1642); — hurlade (Voit. Ûz. p. 88, 1. 28) ; orangeade (Oud., 1642, H. D. T.); — pantalonnade : qui faisoient en hurlant mille pantalonnades (St.-Am., I, 203 ; cf. Loret, 22 janv. 1651 :

— repassade (Chap., Let., II, 99) L

— en âge : gargotage (Oud., 16i2, H. D. T.) ; cf. tous ces dégoûts ne proviennent que de ce gargotage-Ya (Del. de la Camp., 212) ; — pliage (Cotgr., H. I). T.); — raffinage (ib.); — treillissage : un — attaché au Mur(/ard./r., 15) ; — cirage Lebrun, Merv. de la peint., 1635, H. D. T.).

— en aille, gueusaille : combien de fois encore ay-je fait assembler à ma porte une troupe de gueusaille (Chap., Guzni. [d'Alf., III, 470; cf. Scarr., Vire/., I. 5 :

— valetaille (Nicot, H. D. T.).

— en ain, républicain (d'Aubigné, H. D. T.] ; cf. Au milieu de la Franco un fameux Escrivain A l'esprit si républicain (Bréb., Po. div., 4°, 191 - .

— en aire : commissionnaire | Montchrest., Delb. Rec); — dispensaire Cotgr., H. D. T.).

— en al : armoriai (Cotgr., II. D. T.).

— en ance : exorbitance (il ne se lamente point de voir pourrv etgasté... par vos exorbitances à despenser et et à dissiper (Chap. , Guzm. d'Alf.. III, 354 ; cf. Id.,Le/.,II, 720, et Oud., 1642)3.

— en ard : campagnard (Cotgr., II. D. T.); cf. Segr., Nouv. fr., 1056, 5« aouv., 267 ; — lisarl : vous autres lisarts, n'avez-vous point leu certain petit fatras qui se nomme le Caquet de l'Accouchée? (Caq. de VAcc, 264 .

— en ateur : appréciateur (Cotgr., M. D. T.) ' : — présentateur Chap., Le/.. I, 465); — H. D. T. cite les Rech. de Pasquier.

— en ation : felicitation (d'Aubigné, 1623, 11. 1). T.). Mais en 1690, Th. Corneille employant compliments de felicitation, ajoute : « s'il est permis de parler ainsi » (ib.).

— en âtre : poelastre (Chapel., II, 388 ; Loret, 1S av. 165'.. 133 .

1. En burlesque : enjambade (Scarr., Virg., IL 161 ; plalassmle Scarr., Virg., IL 251 : cf. Richer, Qv.houf.. 1662, 519; *eeoaaa*e:Ia — passée (Chapel., duzm. <l'.\lf.. III. 506 : souflletade : les — non feintes Scarr., Virg.t 1,358 : Scaronade : Je vous envoyé... quelques — (Costar, bel., I, â78).

2. Burlesque : mnnuscrivain : Les - ou Copistes Loret, 26 janv. 1658,93). :\. Le Complément de Godefroy cite le mol dans d'Ossat, en I

i. Burlesque : deiiic&tenr: Mais desCieux le miroir ardent, Maistre deisicàtear des crottes... Donna remède à l'accident Scan.. Dern. cent»., l.

— en eau : bigarreau (Cotgr., H. D. T.); cf. puissay-je étouffer d'une nèfle Ou m'êtrangler d'un bigarreau (Loret, 14 mars 1654, 191).

— en ement : assujettissement (Delb., Rec, H. D. T.) ; — caïmandement Cotgr., ib.); cf. hors de train et au caïmandement de leur infâme vie(Espad. sat.,

Déd., p. 4); — clignotement (Cotgr., ib.) ; — cautionnement (Delb., Rec, 1616, ib.); — débarquement (Oud., 1642, ib.) ; — déménagement (Cotgr., ib.) ; — désintéressement (Pasc, Prov., 16, L.) ; — dessaisissement (Monet, Invent.) ; — détachement (Oud., 1642, H. D. T.); — discernement : avec discernement punit et récompense (Corn.. Cin., II, 1) ; — dodelinement (Cotgr., H. D. T.) ; — effondrement doit estre reçu puisque le verbe est dans le commun usage (Dupleix, Lum., 295); — empressement : A pareil air ils rebuttent ce mot d'empressement (Issue aux Censeurs, 589) ; repeuplement (Cotgr., H. D. T.).

— en ence : déférence (Peiresc, Let., 1628, H. D. T.).

— en erie : babillerie : la rusticité et la — (Fr. de Sales, VI, 132) ; — causerie (Cotgr., H. D. T.) ; — coadjutorerie (Merc fr., 1617, Delb., Rec. H. D. T.); — griffonnerie (Chap., Let., I, 397; cf. Loret, 22juil. 1663, 220, 9 oct. 1660, 260, etc.) ; — gueuserie (Nie, H. D. T.) ; Je ne fais point de tort aux beaux Esprits prétendus de nos dogmatisans, de les loger parmy des gueux, d'autant que tout leur fait n'est que gueuserie (Gar., Doctr. cur., 67 ; cf. Sorel, Polyand., II, 420, 605); — hâblerie (Chapel.,Le£., II, 50) ; cf. Sorel, Polyand., II, 388 et Scarron, Virg., II, 292. H.D.T. ne le signale pas avant Furet. Rom. bourg.; — minauderie (Cotgr., H. D. T.) ; — penderie (ib.) ; cf. Jen'ay pu empeschermon Héros d'estre condamné à estre pendu dans Pontoise; et cette penderie-là est si vra y-semblable, que je ne croy pas la pouvoir changer en aucune autre avanture (Scarr., Œuv., 1,422); — piaillerie (Oud., 1642, H. D. T.) ; cf. Le père entrant en furie Redoubla sa piaillerie (Richer, Ov. bouff., p. 81) ; — ravauderie (Cotgr., H. D. T.) ; cf. Pour moy, si j'avois fait des Chapitres exprez de telles ravauderies (Gar., Rech. des rech., 73) ; — romanserie : l'air de ce païs-là... porte quasi généralement un chascun à la romanserie (Peir., Let. à Dup., I, 417) *.

— en esse : justesse (Cotgr., H. D. T. ; cf. Sorel, Disc, sur VAcad., et Racan, I, 346,356).

— en et : plumet (homme qui porte un chapeau à plumes). « Il me conta qu'ils étoientdans Paris grande quantité qui vivoient de ce métier-là (le métier de voleur;, etquiavoient entre eux beaucoup démarques pour se reconnoître, comme d'avoir tous des manteaux rouges, des collets bas, des chappeaux dont le bord étoit retroussé d'un côté, et où il y avoit une plume de l'autre, à cause de quoy Ton les nommoit Plumets » (Sorel, Francion, liv. II, p. 83). H. D. T. cite le mot pour la première fois dans Oud., 1642.

— en été :exacteté, « vient trop tard, » alors qu'exactitude commence à être reçu. Ce dernier, que Vaugelas a vu naître « comme un monstre » a déjà le droit d'une longue possession tout acquis (I, 377). On trouve exactesse dans Peiresc, Let. à Dup., I, 126; — souveraineté est au contraire approuvé par Vaugelas (I, 34). Le mot est en réalité très ancien.

1. Burlesque : pesterie : Tu ne pouvois mieux rencontrer Dans ton humeur de pesterie (St. Am., II, 410) ; — scaronnerie (Scarr., Dern. œuv. I, 89) : — catonnerie : n'en déplaise à sa Catonnerie (Scarr., Dern. œuv., 1,194).

Histoire de la Langue française. III. 14

— en eur : offenseur est attesté depuis le xve siècle. Mais Scudéry déclare, en le trouvant dans le Cid (a. I, se. 6), qu'il n'est point français; l'Académie souhaiterait quil fût en usage (Corn., XII, 487). En fait, Corneille l'avait trouvé sans doute ou dans Garnier (v. Lex. de Corn, de Marty-Lav., II, 127) ou dans YAstrée, car il y est, comme Ménage avait raison de l'affirmer (1614, II, 97 100); — bredouilleur (Oud., 1642, H. D. T.); — diatribeur (Balz., Let. inéd., Tam.de Lar., IV, 415) ; — exciteur : Mais vostre Altesse qui le vit, Sans savon lava bien les testes De ces exciteurs de tempestes, Et renvoya ces soufïlencus aussi penauts que les cocus (Scarr., Virg., II, 84). — yobloteur (Richer, Ov. bouff., 1662, 382); H. D. T. le signale comme né de nos jours; — hâbleur (Cotgr., H. D. T.); cf. Brébeuf, Luc. trav., 1656, p. 119, Po. div., 251 ; — soupireur (Gr. Cyrus, X, n, 895); — subtiliseur (Chap., Let., I, 419) ; — fadeur (Cotgr., H. D. T.).

— enier : bijoutier (qui aime les bijoux, Retz, H. D. T.) ; — brigadier (Oud. , 1642) ; — chiffonnier (ib.) ; — douanier (Cotgr., ib.) ; — epistolier. II. T). T. cite un ex. du xvie. Le mot n'est dans aucun des dict. Nie, Cotgr., Mon., Oud.; cf. Balzac, Let., àConr., 16août 1649et Scarron, Œuv., 1,426 iparlalecture de quelques Epistoliers Modernes que je ne nomme point de peur de noise ; — gazetier (Chapel., Let., 1,278); — grimacier (Cotgr., H. D. T.); cf. Loret, Po. hurl., 1647, 179; — safranier (d'Aubigné, H. D. T.); cf. Quand Atropos, la Parque safraniere A fait tomber Voiture dans la bière (Sarasin, Pomp. fun. f/eVr.,299); cf. Loret, 5 nov. 1650, 44; 12 nov. 1650, 96, etc.

— en ille : béquille (Cotgr., II. D. T.).

— en in '.plaisantin : Martin Luther s'appelloit en langue Saxonique Martin Luddar, qui signifie un bouffon, unplaisantin (Gar., Doctr. cur., 1021; cf. 1005, 306); H. D. T. le donne pour un néologisme ; — trotin : des clercs, survenans à douzaines se ruèrent sur les Trotins (Loret, 28 juin 1659, '229) ; — vertugadin Cotgr., H. D. T.) ; cf. c'estoit de ceux (des étuis) que nous coupions aux Dames qui en portoient sur leur vertugadin (Chapel., Guzrn. d'Alf., III, 170).

— en ine : chaumine (Cotgr., H, D. T.).

— en is : degobillis : Le net et franc dégobillis... Est un recipé salutaire St. Am., II, 90 ; cf. 393) ; — margouillis : le visage et les vestemens si pleins

de vase et de margouillis, qu'il sembloit que je sortisse tout frais du ventre de la Balleine (Chapel., Guzm.d'Alf., III, 63 ; cf. 310. IL D. T. cite Oudin, 1646 :

— tricotis (Chapel., Let., I, 383).

— en ise : cafardise (Cotgr., H. D. T.) ; — galantise (mot inventé par les plus célèbres courtisans, de Gourn., /le/y., 380) ; nos beaux esprits disent par g;t lantise (Gar. , Doctr. cur., "

— en isme : protestantisme i Delb., 1623, dans IL D. T.).

— en iste : casuiste (Cotgr., IL D. T.) ; — carriériste : Cain fut le premier caeeleriste du monde (R. Franc, Merv. de A'.//., 570) ; — tlogiste attribué à Richelieu) ; Qu'en peut dire son elogiête ? P. Carneau, Stimmim.tchie. 1656, 75) ; — libelliste (Chapel., Let., I, 664) ; — machiniste (Delb., 1643, H. D. T.) ; nouvelliste (E. Binet, 1620, Delb., IL 1». T. ,jtrèa commun chez Loret, 18 oct. 1653, El, 27 nov. 1655, 239, etc. Chapelain /.»•/., I, 5.".7 disait nouvelUni et io., I, 255) nourellier ; — princiste ; Guérin cria : « Je suis princiêle Loret, 82 sept.

1652, 1*27 ; cf. 2 juin 1652, 169, etc.) ; — romaniste : quelque romaniste (romancier) de ce siècle n'aura-t-il point desja entrepris de mettre mes amours par escrit ? (Sorel, Berg. extr., 1. III, t. I, p. 200).

— en ité : adverbialité (Vaug., II, 347) ; — jansénéitê : quelle force, quelles machines contre le Chef-de-part et la faction contre Jansenius et la Jansénéitê (Balz., I, 1055) ; — ponctualité, mot inventé par les plus célèbres courtisans (Gourn., Adr., 386. Cf. Peir., Let. à Dup., Delb., Bec.) ; — provincialité (Chap., Let., II, 234) ; — sériosité, lancé par Balzac au lieu de sérieuseté : la seriosité des Grecs a-t-elle rien qui vaille cette raillerie fiere et impérieuse de vos Romains ? (OEuv. div,, Quinet, 1664, p. 40; Convers. des Rom.) ; le mot est approuvé par Vaugelas (I, 400). Il était déjà ailleurs : vous tenant es termes de la seriosité (Gar., Bab. réf., 69) *.

— en ibude : esclavitude, dit Vaugelas, était préféré par Malherbe à esclavage2. Lui, n'aimerait à employer ni l'un ni l'autre, quoique ce dernier soit plus usité (II, 124). Chapelain, Le Vayer (Eloq. />., 67) furent de cet avis, et le mot ne passa pas. Bary, Bouhours constatent sa chute ; — exactitude : Sorel le signale comme nouveau dans les Loix de la Galanterie (1644), puis dans son Discours sur V Académie (1654), et ailleurs ; Vaugelas l'a vu naître comme un monstre contre lequel tout le monde s'ecrioit, mais enfin on s'y est apprivoisé (I, 377). Il triomphe en effet d'exactesse (Peiresc, Let. à Dup., I, 126) ; cf. Bouh., Ar. et Eug., 1671, 84 et Doutes, 1674, 50. Il est fréquent dans Corneille. — Bu ri. : lestitude : Il a, dit-on, fort affecté La lestitude et propreté (Loret, 16 juil. 1650, 32; cf. 23 fév. 1658. 18 ; 9 oct. 1660, 63, etc.).

— en ure : chamarrure (Cotgr., H. D. T.). — Burl. : versificature (Scarr.T Œuv., I, 34. God. cite Ferry Julyot).

ADJECTIFS. — en able : censurable (Pasc, Prov., III) ; — concevable (Corn., lier., Y, 7, H. D. T.) ; cf. Montfleury, Dam. med., II, 5 ; — dilatable (Cotgr., ib.).

— en aïque : gueusaïque (la secte) (Tabar., II, 430).

— en al : colossal (Cotgr., H. D. T.); — dental (ib.).

— en anée : instantané (xvme s. dans H. D. T.); le présent, pour ce qu'il est instantanée, c'est à dire passant en un moment (Duval, Esc. fr., 200).

— en ard : goguenard (Oud., 1642, H. D. T. ; cf. mauvais plaisans, francs gauguenars, Tels que, dans le pays du Maine, Est le bon Monsieur de Vilaine, C'est de luy que ce mot je tien (La leg . de Bourbon de Vannée 46&4 , dans le Becueil deqq. v. burl. de Scarron, 1645, p. 129; cf. Scarr., Virg. trav., II, 242, Loret, 30 av. 1651, 67).

— en aud : pataud (Cotgr., H. D. T.) ; cf. Avec leurs pataudes de mains (Loret, 1er sept. 1652, 90).

— en é : intentionné, « mot inventé par les plus célèbres personnes de noble condition »(Gourn., O., 597 ; cf. Adv., 386); H. D. T. cite Lanoue; cf. Scarr., Dern. œuv., I, 62).

1. 11 est à noterque bientôt l'adjectif substantivé le sérieux prévalut (Cf. Segrais, Nouv. fr.. 4e, p. 248, Le Boul. de Chalussay, Elomire hypoc, 1670, act. IV, Divorce comique, se. iv ; Poisson, L'aprèsdiné des auberges, se. n, etc.

2. Le Lexique delà Collection des Grands Ecrivains n'en cite aucun exemple.

— en esque : chevaleresque (Oud., 1642); — gasconesque (Peir., Loi. à Dup., I. 823); — romanesque : avoir l'esprit aussi romanesque et aussi poétique que Lysis (Sorel, Berg . extr., Rem., t. III, 142; cf. 187).

— en eux : Vaugelas les tolérait, cf. p. 197; charbonneux (Cotgr., H. I). T.); — comateux (J. Duval, 1656, dans Delb., lb.).

— en ien : gnathonien : je suis soûl jusqu'à la gorge de cette viande gnafhonienne (Balz., Let. inéd.. 451) ; — scaligerien (Id., II, 489) ; — cf. Aristotélicien (Chap., Let., II, 632), Ovidienne (Balz., Let. inéd., LXI).

— en ier : printanier était dans Ronsard. Malherbe le blâme dans Desportes, IV, 450; cf. Doctr., 285. Cependant il se répandit, mais fort lentement; — trésorier : il fureta si bien les chambres de son logis qu'il trouva le cabinet trésorier (Le Cour, de nuict, 182) ; cf. Loret : de condition Trézoriére (2 mars 1658, 162).

— en if : edificatif (Chap., Let., I, 51) ; — tentatif(ld., ib., II, Toi ; cf. rejetter des offres tentatives (Bary, Rhet. fr., 170).

— en in. Il y avait dans la vieille langue des adjectifs en in. Mais le xvie siècle en avait fait de nouveaux, en grand nombre (cf. t. II, p. 192). Malherbe, à propos d'ivoirin, donne d'un seul coup congé à ovin, marbrin, « et autres telles drôleries » (IV, 322). Ce fut le coup de grâce. Déjà la langue n'avait point d'inclination vers ces sortes d'adjectifs, et préférait employer un équivalent formé de préposition -j- substantif.

On en trouvait encore, même dans la prose de Camus ou d'Etienne Binet : une Espouse d'un cœur tout colombin (Cam., Iphig., I, 36) ; leur glace est plombine (R. Franc, Merv. de Nat., 186); sa bouche sucrine (Id., ib., 498 .

Quelques-uns traînent au xvnc un reste de vie, ainsi diamantin (Chap., I, 587). Dans le cœur d'un chrestien lavé dans le sang pourprin du Sauveur (Guerson, Anal, du Verbe, 1620, p. 103). Us sont le plus souvenl burlesques : Aux cœurs si doux et colombins (Loret, Poes. burl., 4°, 1647, 1 i-'.» : Vous avez dedans la poictrine Une dureté diamantine (Id., ib., 158); Ce prodigieux animal... Avec sa taille gigantine (Scarr., Virg. trav., 1,256-2.17.

VERBES. — Vaugelas n'est guère favorable aux verbes qu'il croit nouveaux. En dépit de affectionner et se passionner, il rebute ambitionner (I, 211 et II, 33) ; conditionner (II, 33) ; intentionnel- [ib.); mentionner (ib.), occasionner (I, 211). Il n'est pas plus bienveillant à invectiver (I, 211) ni à prétexter (ib. ni à se medecincr (ib.

!. Voici la réponse de Se. Dupleix : Je considère bien qu'aucuns deces verbes formel

des noms substantifs, comme ambitionner, et les autres estalés en cete Remarque, onl moins de douceur que beaucoup d'autres de pareille dérivation : toutesfois je n'en voudrais pas condamner l'usage en autruy : el particulièrement j'employe, à 1 imita tion de plusieurs doctes Escri vains, le mesme verbe ambitionner, d'autant plus Franchement que nous n'en n'avons point d'autre qui responde en force d'expression au Latin umhirr : taisant estât que telles dictions contribuent beaucoup à l'enrichissement de nostre langue, et qu'elles doivent astre préférées aux périphrases, qui marquent souvent l'indigence et te défaut qu'elle a de termes propres à une claire et naïfve expression de nos conceptions.

Je tiens au<si que se médeciner est une bonne locution : et que nostre Auteur la cou

Voici quelques verbes qui peuvent être considérés comme nouveaux :

— en er : apothéoser (Balz., Let. inéd., LVI, 559); — bombarder (Cotgr., H. D. T.); — capuchonner (d'Aub., Trag., H. D. T. ; cf. Loret, 16 août 1659, 57) ; les pauvres capuchonnez Furent, tout-à-fait, mal-menez ; — caracoler (Oud., 1642, H. D. T. ; cf. Corn., X, 199, Poés. div., 74 et Loret, 29 juin 1658, 29); — cloîtrer (Coût, de Lux., 1623, H. D. T.); —colleter (Cotgr., ib.); — complimenter, « mot inventé par les plus célèbres courtisans)) (Gourn., Adv., 1634, 386; H. D. T., cite Oud., 1642) ; —contagier: L'Egypte, l'Arrabie et laCaldée furent seules jadis contagiées de ceste peste (1624, V. H. L., I, 118); — dégobiller (Cotgr., H. D. T.); — droguer (ib.) ; — enthousiasmer : je suis enthousiasmée de l'air et des paroles (Mol., Préc. rid., se. ix) ; le mot est commun chez Loret, 7 juill. 1652, 176 ; 17 janv. 1654, 10; 30 déc. 1656, 8, etc., (on prononce entousiâmer) ; — expectorer (Chapel., Let., II, 348); — fanfaronner (Oud., 1642) ; — filouter : S'il quitte son habit pour une cause honteuse, comme pour aller filouter (Pasc, Prov., VI) ; — goinfrer (Oud., 1642); cf. Qui n'aura goinf- /rédesavie, Doit commencer dés aujourd'huy (Mayn., OEuv., 1646, 271, etSorel, Pol., II, 528, Gomb., Epigr. 1657, 144) ; —griffonner (Cotgr., 1611, H. D. T.) ;

— gueuser (Nicot, 1606 ; H. D. T. ; quelque pauvre Quaymand qui s'en va gueusantde porte en porte (Gar., Rech. des Rech., 781) ; cf. : St. Am., I, 370 et Chapel., Guzm. d'Alf., II, 16 ; — hutter(Goà. cite Sully) ; cf. : voicyla grange Où le destin m'a hutte (St. Am., II, 414; cf. Loret, 22 juil. 1663, 3 juin 1656); — loucher i Cotgr., 1611, H. D. T.); — maquiller (Dav. Ferrand, Mus. norm. dans Delb., Rec, H. D. T.); — morceler (Cotgr., H. D. T.); — naïfver : ce poinct refendu a si bien naïve les cheveux (R. Franc, Merv. de Nat., 337, cf. 340 et 498); — nigauder (Cotgr., 1611, H. D. T.; St. Am., I, 225); — patiner (Cotgr., H. D. T.) ; cf. : je veux patiner à mon aise tes grosses joues (Sorel, Polyand., I, 58; et Colletet, Juv. burl., 1657, p. 10) ; — piécer (faire pièce à) : faire le Brave à toute outrance, Piesser les Mareschaux de France, Et faire l'Amoureux transy, C'est estre fat en cramoisy (Airset Vaud . de Cour, I, 123) ;

— pointiller (Cotgr., H. D. T.) ; cf. : les sœurs, quoique fidèles à se faire la charité, ne se pointillent ni surveillent les unes les autres (s1' Chant., Let., CCCLXXX, 540) ; — précautionner : Sorel note ce mot parmi ceux que MUe de Scudéry aurait la première employés par écrit (Con. d. b. liv., 1672, 401; cf. Bouh., Ar. et Eug., 2e éd., 1671, 88); — proser (proser de la rime et rimer de laprose, Regn., Sat., X); — régaler « mot inventé par les plus célèbres courtisans » (Gourn., Adv., 1634, 386) ; H. D. T. cite Cotgr. Mot très fréquent dans les textes : A M. Taleman pour le remercier d'une petite biblio-

damnant (afin que je rapporte icy la raillerie de son Contre-tenant) n'aura pour luy ny les sains ny les malades. J'y veux adjouster medic ameuter, qui se dit plus proprement de l'application des remèdes aux playes ou aux douleurs des parties extérieures, comme medeciner se dit des remèdes ordonnés par les Médecins aux douleurs ou infirmités des parties intérieures (Liberté, 300).

Ambitionner est déjà dans d'Aubigné(H. D. T.). MUe de Gournay le déclare inventé par les plus célèbres personnes de la noble condition (O., 597, Adv., 1634, 386). La discussion continue après Vaugelas (Mén.. O., II, 475, Marg., Buff., iV. O., 73, Alemand, Guerre civ., 119-121 ; encore désapprouvé par Richelet, le mot est adopté par Fur. et A.) ; — conditionner est un vieux mot ; — ment ionner est cité au xvie siècle par H.D.T.; — occasionner, refonte d'un vieux motfrançais, remontait à plusieurs siècles;

— invectiver est dans Cotgrave (cf. de la Croix, Guerre com., 1664, éd. Gay, p. 17) 5

— se medeciner est dans Racan (1, 222) ; — prétexter, dans Corneille (QEd., III, 4).

theque dont il avoit régalé l'Autheur (Mayn., OEuv., 1646, 23, cf. 209, et : j ay déjà esté régalé du 9e vol. de Cyrus, Balzac, Let. à Conr., 17 mars 1653) ; —

regouler : Ny les remparts bien escarpez Ni la résistance des armes Ne

purent regouler les charmes de ce monstre aux regards affreux (Rich. , Ov.bouff., 543); — renf roquer (Ghap., Let., 1,738); — rucher : vous mangez le travail et le miel des abeilles Et ne nichez jamais ny d'esté ni d'hyver (Espad. sat., 12) ; — siéger (assiéger) : de mesme façon que sy c'eût été pour siéger Nancy Loret, 7 av. 1657, 201 ; cf. 23 oct. 1660, 153, etc.); — supplicier, ne vaut rien, d'après Vaug., II, 457, Rem. posth. ; — sottiser (St. Am., OEuv., I, 149): — se syntaxer : tous (les pronoms indéfinis) se syntaxent d'articles indéfinis (Maup., 1638, 172) ; — tressaulter (ex. du xvie s. dans G.) ne fait que très lentement sa place. Il est dans Bertaut : A ce commandement mon cœur tressauta d'aise (p. 524 de l'éd. 1620). Mais il manque à tous les dictionnaires ' .

— en iser : histouriser (Gherardi, Th. ital., I, 263, II. D. T.; cf. Hauter., Crisp. med., III, 1); — chimeriser (Oud., 1642; cf. Chapel., Le/., I, 697) ; — druyser (parler en druide, d'Urfé, UAstrée, 1614, II, 436) ; — galantiser, fait sur galantise, cité dans la Coméd. des Acad., I, 1 ; cf. : Pour me galantiser, il ne faut qu'un miroir (Corn., Gai. du Pal., II, 1, lre éd.); il s'adore, il se galantise (Mayn., GEuv., 1646, 222) ; tu galantises mal et tu fais mal les plaintes (Rotrou, La Célim., I, 5, var.); — impersonnaliser : Il n'est question que de courir par toutes les tierces personnes singulières des verbes impersonnalisez (Maup., 1638, 246); — ioniser (Boisrob., Ep., 1647, 137); — romaniser : Il m'a découvert tous vos secrets, et m'a dit à l'oreille que vous estes l'homme du monde qui sçavez le mieux romàniser (Le Pays, A mit., 1665, 145)2.

— en fier : missifier : plus de Prestres missifians Gai., Rab. réf., s; : substantifier (Vaug., II, 167) 3.

— en ir : tripolir (Dassoucy, Ov. en h. hum., 1650, 61 .

ADVERBES. — L'abondance des adverbes est une caractéristique de la langue précieuse.

Vaugelas recommande précipitamment, il est déjà dans Cotgrave, 1611. el d'après Vaganay, dans divers textes du xvie siècle. On le trouve par exemple dans les Lettres de Peiresc à Dup., I, 376). Mais ce n'est à vrai dire qu'un changement de forme, on disait précipitément, que Vaugelas ne condamne pas. La discussion dura jusqu'à la fin du siècle. Chapel., Ménage (O., 1. 852 . Marg. BufTetfAT. O., 78), Th. Corn.etl'Ac. furent de l'avis de Vaugelas. Bary Rhet., 228) tenait pour précipitément.

Capricieusement (Oud., 1640, IL l>. T.); cavalièrement (Id., 1642, ib.)'t

1. Burl. : alectonner Scan'.. Virg., IL 254 : — vnu-hvnister Id., ib., 167); — jeanguillaurner (Daasouc, Qv. en h. hum, 1650, 131); tinnoliner Scan-.. Virg., I, 243).

'2. Burl. : dulotiser (St.-Am., 1,325);— mérautiser Scan.. Dern. œuv., I. 191 : quichotiser Si. Am.. ÛEnv.,1, 149 ;. — searonixer Loret, 26 oct. I65ï

3. Bm-I. : crotifier Scan*., Virg. trav., II. 39 : diablifler (se Id., ib., II. 109 : — foudrifier Id.. GEuv., I. 432) ; — héroïfler Id., Dern. ceuv., [,21 ; — meurtri fier fScaiT., Virg., II, '.'» ; —obtcurifier Id. ./'/>.. II. L81 : - prélatifier Id.. GEuv.,1, •2<)!> \—tendrifier Id.. Virg.., I. 345 .

docilement (Id., ib.) ; — explicitement (texte de 1628, H. D. T.) ; — flouement (avait existé dans le sens de pauvrement, misérablement) : il faut que la chose soit peinte flouement (R. Franc., Merv. de Nat., 317) ; — hermétiquement (texte de 1615 dansDelb., Rec, H. D. T.) ; — immanquablement (Chap., Let., II, 348, 1664, avec ces mots : « pour parler stilo novo ») ; — importamment (Scudéry, Almah., VII, 393). D'après Sorel il serait de Mlle de Scudéry (Roy, Sorel, 289); — lestement (Cotgr., 1611) ; Monsieur, lestement ajusté, Etoit prés de Sa Majesté (Loret, 16 fév. 1658, 59) ; — méprisamment (Scudér., Almah. , VII, 508; cf. 647, 759) ; — mesquinement : des espluchures d'herbes que son valet alloit ramasser mesquinement par toutes les rues voisines (Sorel, Polyand., I, 333 ; cf. La Mesnard., Po., 1656, 374); — plagiairement (Chap., Let., I, 276); - ponctuellement (Cotgr., 1611, Balz., 1. III, let. V, I, 76) ».

III. COMPOSITION PAR PARTICULES. — Debarbariser 2 (ChapeL, Let., I, 268); cf. :Et Dame Anne Olivier, dont l'espritdouxet rave Desbarbariseroit l'ame la plus barbare (Loret, Po. burl., 1647, 35); — débarrasser (Cotgr., H. D. T.) ; cf. : la Musique qui ne touche pour l'ordinaire qu'un esprit débarrassé (Sarasin, Œuv., I, 138) ; — debridement (Oud., 1642) ; — deduper : je vous remercie de m'avoir deduppé (Chapel., Let., II, 236 ; cf. Montreuil, Œuv., 1666, 502, 257) ;

— dégrossir (Cotgr., H. D. T.); — desentraver (Oud., 1642, ib.) ; — desinfection, (texte du xvne dans H. D. T.) ; — désintéresser (Cotgr, 1611, ib.) ; — détromper (Dochez donne un ex. de Sully, mais Mlle deGournay [Adv., 1634, 386) le considérait comme « inventé par les plus célèbres courtisans » ; — detrosner (dans le même cas) ; L. et G. citent des ex. du xvie s., mais MI,e de Gournay le donne comme nouveau (0., 597, Adv., 386); cf. : Mon rival occupe ma place Et rit de me voir détrôné (Mayn., Œuv., 1646, 320) 3.

Malherbe a barré empourprer dans son Desportes (f° 234 r°) v.

Encapuciné (Som., I, xlii) ; — engoncer (Cotgr., H. D. T. ; cf. St.-Am., II, 49 et 412); s'encanailler (serait de la marquise de Maulny, Roy, Sorel, 290; tous les ex. que j'en ai sont postérieurs) ; — enmitoufflé (Cotgr.); tu le verras enfourré, emmitoufflé (Chapel., Guzm. d'Alf., III, 145 ; cf. Peir., Let. a Dup., I, 308)r'.

Emarger (Cotgr., H. D. T.).

Epoudrer (Ib.) ; cf. : une brosse semblable à celles dont on époudre les Tableaux (Jard . fr. , 75).

1. En burlesque : mouslachiquement (Tabar., Œuv., II, 489) ; — Sarrazinesquement, (Loret, 19 déc. 1654, 214) ; — Salomoniquement (Chap., Let., I. 236).

2. Voir p. 197 l'opinion de Vaugelas sur debrutaliser et les mots de cette espèce.

3. En burlesque débero'iser (Scarr., Virg., IL 68); — debredoûiller (d'Assouc, Ov., 1650, 4°, 8); — decouroucer (Id., ib., 77); — demariner (Scarr., Virg., I, 60); — se dépacifiquer (Id., ib., II, 279); — dépatronner (Id., Ib., 91); — déquenouiller (Id., Œuv., I, 430); — se désausser (Id., Virg., II, 82) ; — desembâtonné (Id., ib., I, 49);

— desembalconner (Scarr., La f. appar., II, ) 8; — dessuprimer (Id., Œuv., I, 334) ; — detapisser (Id., Dern. œuv., I, 172).

\. Sur les composés avec contre (contre répondre), entre (entr'imiter) outre (outre passer) il est seulement fait des observations tendant à en réprimer l'abus (v. Doctr., 320).

5. En burlesque : enganimeder (Scarr.. Œuv., I, 70) ; — empotironner (Gar., Doctr.cur.. 707) ; — encitrouiller {ib.); — ennabucodonosorder (Dassoucy, Ov., 1650, 142); — enquadrupeder (Scarr., Virg., 11,198); — enserpenter (Id., ib., 233).

Inconcevable (J. Oliv., 1617, dans Delb. Rec.) ; — incontestable (Cotgr., H. D. T.). Le mot fit très lentement son chemin; cf. Sorel, Conn. desb. liv., 1671 , p. 400 et Mol., Préc. rid., ix; — indispensable (Sorel le cite dans son Disc, à VA., 1654, 471) ; cf. Id., Conn. des b. liv., 385; — indispulable (quatre raisons indispu tables , Balz., II, 226) ; — insepulture : errer cent ans, à cause de son insepulture (Tabar., II, 332); cf. Id., II, 327, les insepulturez *.

Non valeur (Cotgr., H. D. T.) ; cf. : Si vous les consultez sur la bonté ou la non valeur d'un mot (Camus, Issue aux Cens., 612).

Roublier : je roubliela. grâce (Sorel, Berg. extr.,\. VI, t. 11,387); — remourir: Et remourir ce traistre après sa sépulture (Rotrou, S. Gen., II, 6).

Suréminent : entre tous nos désirs il y en a un qui est sureminent ( Fr. de Sales, VI, 106, 1682) ; — suradmirable : marques véritables de la grande charité, amour, pureté et saincteté sur-admirable de la tressaincte Vierge (Guerson, Anal, du Verbe, 1620, 70-1).

Avant-goût (texte de 1610, H. D. T.); — avant-train (traité d'artil.dansDelb., Rec). — Contrebiais (Pasc, Imag., 5, L.) ; — contrepeur (R. Franc, Merv. de Nat., 180) ; — Entracte (Gar., 1623, H. D. T.); — entreconcilier (Chapel., Let., 11,209); —entre-ramener{ld., ib., I, 645).

IV. COMPOSÉS PROPREMENT DITS. — COMPOSÉS RÉSULTANT DE LA COMBINAISON D'UN ADJECTIF ET D'UN SUBSTANTIF. — bavolet (Cotgr., H. D. T. ; cf. V. H. L., II, 243 (une bavolette), Sarasin, Œuv., 1656, I, 287); — bel esprit: Gar., Doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps; cf. Sorel, Berg. extr., 1. II, 1, 98: certaines gens qui se font apeller les beaux esprits du siècle. Est-ce parce que ce composé se forme avec le sens qu'il va aveir pendant cent ans que dans l'Oraison funèbre de Ronsard, du Perron change partout en 1611 bel esprit en pur, libre, généreux, ou divin esprit? — billet-doux, mot récemment créé, dit Sorel (Bib. fr., 1664, p. 102); il est dans la Carte du Tendre :

— bout-rimé (mot attribué à Dulot en 1648, cf. Scudéry, Po. div., 4°, 1649,298, Sarasin, Œuv., 1656, t. II, 137); — petit-maître (créé à l'époque de la Fronde contre les princes révoltés).

COMPOSÉS RÉSULTANT DE LA COMBINAISON DE DU X ADJECTIFS. Type blond-doré. Malherbe trouve ce mot ridicule dans ce vers pittoresque: Moissonnant tout joyeux les espis blonds dorez (IV, 307 ; cf. Doctr., 290).

Malgré cet arrêt, on trouve un certain nombre d'analogues : Et la chesne d'un bleu mourant Qui tue le cœur de l'amant (Pasq. de la Court, V. 1 1 . L. , III, 269) ;

— une humeur noir-bilieuse (cf. atrabile, Gar., Rab. réf., 92) ; — rouge-clair, jaune-doré (R. Franc, Merv. de Nul., 225); — une substance claire-nette, qui s'appelle le sel Alcali (Id., ib., 222); — Comment, traistre- faussaire, disoit-U (Le Cour, de Nuict, p. 143).

Maynard prend même la défense de ces composés, et écrit à de Flotte qu'il espère qu'on donnera leur passeportà ses vai II .ni s héroïques , comme on Bouffira les amoureux passionnés d [es sçavans mélancoliques L<'t.. CCXIV, <>39).

1. Insouslenahle, qui est dans Balzac II, MA), el autour duquel on a disputé, est en

réalité plus ancien; — intolérance etl dans Le même cas, malgré les assertions de Bouhours Ar. et Bug., 1671, I

COMPOSÉS ANTITHÉTIQUES. — humble-fier. Il en sera question dans le chapitre concernant les figures.

COMPOSÉS RÉSULTANT DE LA COMBINAISON D'UN PARTICIPE ET DE SON RÉGIME. — Type tout voyant. C'était le seul que Malherbe eût rencontré dans Desportes, il l'a barré (f° 248 r°) l. M1,e de Gournay défendait ces composés, tels que tout pouvant (O., 967, Adv., 1634, 642). Sauf tout puissant, ils ont tous disparu 8.

ADJECTIFS FORMÉS D'UN VERBE ET DE SON RÉGIME. - Type chassenuit. Malherbe n'a plus rencontré chez Desportes que le mouton porte laine 3. Il l'a noté sans s'expliquer autrement (IV, 398); mais Deimier a parlé très sévèrement de cette mode grecque, introduite par Ronsard, qui n'a jamais été reçue du peuple ni pratiquée aux Sermons des excellents Prédicateurs, « ny moins aux plaidoyez et harangues des célèbres Advocats de la Cour » (432) et Mlle de Gournay a entendu l'écho des railleries qu'elle provoquait (O., 964, Adv., 641). C'est un des ridicules du Barbon de Balzac de croire que l'enthousiasme de la poésie française a cessé depuis qu'on ne dit plus la terre portemoissons, le ciel porte- flambeaux (II, 702). On remarquera que Hardy fait encore usage de cette sorte d'adjectifs.

Scarron en emploie et en invente pour amuser son lecteur : Ainsi, dit la Dame courtoise D'une bouche exhale-framboise (Scarr., Virg . trav., I, 71 ; — cette Dame porf ambassade (ld., II, 63) ; — Déjà l'hy ver porte-mitaine {ld . ,ib., I, 222) — chef du Soldat porte-braguette (Œuv., I, 288) ; — maint Avocat portebonnet (ld., Virg. trav., II, 146); — Lors, ô Phœbus porte-lumière (ld., ib., 108); — ce Soudrille souffle-petun (ld., ib., 229). On comparera le galimatias de Granger dans le Pédant joué: l'Aurore porte-safran ne se sera pas plutost jettée... qu'il te faudra fier à la discrétion de Neptun Guide-nefs (I, se. v, 26).

Peut-être faut-il rapporter au xvne siècle quelques autres composés, tels que justaucorps (Oud., 1642, H. D. T.; cf. Loret, Po. burl., 1647, 58; Scarr., Virg., 1,73); — chantourner (Cotgr., H. D. T. ; le mot n'est-il pas antérieur?) ; — saugrenu (Cotgr., 1611), cf. : des propos si saugrenus (Sorel, Polyand., I, 503) ; il se mit à en conter des plus saugrenues (Chapel., Guzm. d'Alf., II, 98). Mais le xvic s. avait saugreneux, peut-être prononcé saugrenu.

En tout cas, cène sont pas là des produits de la langue littéraire. Les burlesques seuls se livrent, on sait pourquoi, à la formation systématique des composés : le chien triple gozier (Scarr., Virg. trav., II, 145); le Dieu doubleteste (ld., ib., 259).

V. MOTS D'EMPRUNT. — LATIN ET GREC. — Malherbe n'a guère eu l'occasion de sévir contre le latinisme. Desportes n'est pas un latiniseur. Deci delà son censeur a cependant glané dans son œuvre. Il barre aime (f° 107 r°) ; cave (IV, 351 ; cf. f° 5 r°) ; fère (IV, 266) ; opportun (IV, 432) ; scintiller (f° 254 r°) ; vaciller (f° 156 v°) ; incité

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