‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 5)Chapitre 78 sur 134 · CHAPITRE VII TRAVAIL SÉMANTIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII TRAVAIL SÉMANTIQUE

Une génération qui eut un sens si fin de la psychologie, pour qui se concentrer sur soi-même et faire ou son propre portrait ou celui des autres fut un agrément et une distraction, devait aller jusqu'au fin du fin dans la détermination exacte des sens des mots. On prit d'abord le soin d'éviter quelques erreurs grossières :

A. Les simples et les dérivés ou composés. — C'était une confusion assez fréquente que celle des simples avec les dérivés correspondants en âge ]. Malherbe condamne fruitage pour fruit (IV, i36), herbage pour herbe (IV, 450 et 457). Il n'y avait en effet aucune raison d'écrire : J'ai cultivé la plante, un autre aie fruitage, ni : étendue sur Y herbage. On trouve encore quelques exemples de confusions analogues au xvir9 siècle : Mon frère doit passer dedans ce jardinage (Mair., Sylv., v. 258, p. 29) ; si je passe en un jardinage (Théoph., I, 40) ; Et demeure tout résolu Sans aucun ombrage de doute (Id., I, 45) ; il nous faut retirer et nous mettre à l'ombrage De ce bocage espais (Racan, I, 61). Un pédant me dira, écrit Malherbe, qu'on emploie le composé pour le simple, je lui accorderai, mais il m'accordera que c'est une sottise (IV, 400). Contre cette sottise, il a fortement réagi.

Nous avons vu complainte condamné au profit de plainte. Malherbe ne veut pas non plus qu'on abuse de complaindre au lieu de plaindre (IV, 268 ; 352). C'était un mot cher à la Pléiade [Lexique de Marty-Lav., II, 268). Il distingue aussi complaire de plaire. On ne doit pas dire : un bois fait pour complaire, le mot s'emploie seulement en parlant des personnes (IV, 417). C'est le commencement de distinctions qui vont aller se multipliant.

Délaisserxm propos est mal pour laisser (Malh., IV, 400) ; l'exemple

1. On peut voir dans le Lexique de La Pléiade de Marty-Laveaux (II, 59) que Marcassus faisait déjà des réserves sur l'emploi que se permettait Ronsard de banquetage pour banquet. C'est chez lui que Desportes avait pris fruitage pour fruit ; de même ombrage dans le sens d'ombre était très usuel : il tient l'estre véritablement bon et heureux n'appartenir qu'à Dieu, et l'homme sage n'en avoir qu'un ombrage et similitude (Mont., II, 12, t. IV, 33, note de 1595, cf. IV, p. 47, note 2). Rigal a donné des exemples analogues chez Hardy.

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venait de la Pléiade : Si ne veulx-je pourtant délaisser de chanter i Du Bel., II, 172). Départir est autre chose que partir (Malh., IV, 395). Ronsard disait : Des l'heure que mon cœur du sien s'est départi IV. 16). Il ne faut même pas mêler trancher et détrancher, détrancher le pied ne vaut rien : il signifie couper en morceaux Malh.. IV, iiO). Les deux verbes n'en faisaient qu'un pour les gens de la Pléiade : le chef luy détrancha (Rons., V, 284. cf. Du Bel., I.

Entre était très employé au XVIe siècle à la formation de verbes à idée réciproque. Les amants de ce temps-là ne se baisent pas, ils s entrebaisent, en attendant qu'ils s entredisent adieu, ou s'entr engagent pour toujours2. Malherbe ne critique pas cette formation, mais il juge qu'on abuse de entre au sens de à peu près, à moitié, quand on emploie le composé comme équivalent du simple, entrouïr n'est pas ouïr. A quoi bon écrire qu'on prend la caille entr imitant son chant (IV, 361, et 452)?

On abuse aussi des composés avec outre: m! outreperçant le cœur. Malherbe proteste (IV, 444). Percer suffit.

Il était plus difficile d'empêcher les composés avec re d'éliminer les simples. Ceci durait depuis les temps les plus lointains. Desportes allait jusqu'à se servir à contresens de raffoler, il parle du mal qui raffolle les amoureux jaloux. Le mot est barré par Malherbe (IV, 41 2). Ailleurs Malherbe corrige retombent employé abusivement pour tombent IV . iU7), replisse le front pour plisse (IV. 351 et referme pour ferme IV. 328). Il pose la différence entre reluire et luire : m Les astres ne reluisent point, le feu, ni la chandelle. Il faut dire luire en ces lieux-là. L'or, l'argent et autres telles choses luisent et reluisent, l'un et l'autre se disent là indifféremment IV. 373) »3.

La distinction faite par Malherbe servit de base à des règles ultérieures. Elle ne tranchait pas la question en ce qui concernai! les sujets abstraits : nous verrions en sa vie reluire une equalité de meurs Mont., liv. II, ch. i, t. III, p. 5) ; J'aurois par mon hv>j);is l'ail reluire mon zèle Mallev.. Po.. Iliïî). p. 253). Yaugelas v revient. Il n'aime pas qu'on dise4 jaillir pour rejaillir

i. Malgré la propension à user des mots commençant par dé*, le xvn siècle suit en général Les indications de Malherbe. Cf. cependant : Comment m'aves-vous fait cela, de vous départir d'ici sans m'en «lire un petit mol sr. Chant., Loi., CXXIII, p. 176): Vieux corps tout épuisé de sang et de moûelle I>"<>ù l'ame se départ Elacan, I. I

■i. Voyez, encore du Vair, 380, i ■"> : !-<•* habitans s'enirevoienf, l'enirepiUent sentremnnyenl les uns les autres.

:\. Le wr siècle n'y regardait point de si près : ra/foier est dans Ronsard Jodelle écrit sans scrupule : quand le Ciel à ton corps remeila Ton ame 11,329 ; lk renfleni les tetins II. 138 : et reluire se dit fréquemment dujour du Bell., 11. 193).

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(II, 328), pas plus que tasser pour entasser et siéger pour assiéger (I, 156). Et il ajoute cette observation générale : « Il y a des verbes simples, qui ne sont gueres en usage, et Ton se sert des composez en leur place, qui ne laissent pas de retenir la signification du simple et non pas du composé, comme, par exemple refroidir est beaucoup mieux dit que froidir, dont je doute mesme s'il est bon, quoy que plusieurs le dient, et ce re, bien qu'il dénote une répétition, ou réitération, ne luy donne point une autre signification que celle du simple. Il en est de mesme de rejaillir, il y en a quelques autres de cette nature, qui ne se présentent pas maintenant à ma mémoire» (Rem., II, 328) j.

J'ai dit ailleurs combien cet effort de Malherbe était utile et de nature à conserver la richesse de la langue2.

B. Fixation du sens de divers mots. — Malherbe relève toutes les imprécisions de Desportes : continu au travail pour assidu, contraire pour différent, enflammer pour éclairer, portail pour porte, simple pour unique. Et tout le monde va continuer ce travail.

Dans le fatras des observations, il yen a qui paraissent vraiment superflues, ainsi quand Vaugelas enseigne que propriété n'est pas le soin qu'on a de la netteté de son corps, qu'en ce sens-là il faut dire propreté (I, 56) •', qu'il ne faut pas dire survenir à la nécessité de quelqu'un, mais subvenir (I, 104). Mais les meilleurs écrivains du xvie siècle s'étaient parfois montrés si négligents, que nulle correction n'était déplacée, nul avertissement n'était inutile. Voici quelques-unes des observations qui m'ont paru les plus intéressantes :

accroistrc ne peut se dire dans ce vers : Ils ont" beau vers le Ciel leurs murailles accroistre. Il faut hausser (Chevr., Rem., s. M., 18).

adjurer quelqu'un de faire quelque chose est mal parlé, il faut dire conjurer

1. Vaugelas établit ailleurs une distinction entre le simple emplir, et le composé remplir (I, 2ôô .

2. La portée générale de ce travail d'analyse n'est pas moins facile à apercevoir. Ici, chose rare, l'effort de Malherbe a un résultat positif. En ayant l'air de retrancher, il ajoute ; je veux dire qu'en interdisant à certains mots d'empiéter sur d'autres, il les empêche de devenir des doubles de ces autres mots, il leur garde une valeur spéciale, plus considérable que celle qu'ils auraient eue à l'état de substituts, il conserve des ressources à la langue.

En défendant qu'on abuse des dérivés. Malherbe sauve de l'usure les Jpréfixes ou suffixes qui servent à les former. Avec le système qui consistait à 'se servir des particules comme de simples chevilles de remplissage, on n'allait à rien moins qu'à user ces particules par l'abus, à effacer, tout au moins à rendre confuse, leur valeur dérivative. Chose étrange ! c'est l'homme qui est le plus opposé aux créations de mots qui sauve, sans s'en douter, les procédés pour les créer. Il prêche pour la langue la pauvreté et c'est lui qui lui garde le moyen de s'enrichir (Doctr., 322).

3. Cyrano fait faire à Gareau cette bévue populaire : les naissances (essences) "lit de marveilleuses proprelez Ped. j., II, 2, p. 46).

(Malh., IV, 359). C'était une construction très usuelle au xvie siècle (L. et G. Compt).

à la légère ou légèrement conviennent tous deux avec armez (Vaug., I, 270).

aspect n'est pas synonyme de spectacle. On ne peut pas dire A cet horrible aspect mon Tune épouvantée (Malh., IV, 383).

attiser une flamme ne plaît pas à Malherbe, « un feu bon ». Et puis le veut n'attise point (IV, 35i .

bonne grâce au singulier se mettait dans toutes les lettres, il y a cinquante ans, mais ne se dit plus, suivant Vaugelas (I, 390). Au pluriel, il a un tout autre sens. En ce sens il ne faut pas mettre le singulier gagner la bonne grâce du peuple. On le trouve : Ne sçavez vous point si je suis maintenant en la bonne grâce de Valentin (Sorel, Francion, I, 39). Balzac attaque un écrivain qui parle de la bonne grâce de saint Paul [Socr. chr., II, 263).

brave, d'après Balzac (Socr. chr., II, 262) ne se dira que de quelqu'unqui fait la guerre. On ne dirait brave écrivain ou vaillant prélat que de gens soutenant leur opinion avec l'épée. Les exemples de ce sens ancien fourmillent, mais tous les théoriciens approuvèrent Balzac (Chevr. Rem. s. M., 71. Bouch., Ren., Man. de pari*, 50, etc.)

chaire et chaise font désormais deux mots différents. Vaugelas règle l'emploi de l'un et de l'autre : la chaire de saint Pierre, la chaire du prédicateur. chaire de droit II, ;167). [La confusion durera néanmoins encore très longtemps *.

consommer etconsumer vont se séparer après n'avoir été si longtemps que deux écritures. Malherbe dit que c'est une sottise de les prendre l'un pour l'autre IV, 384, 252,267, etc.. Cf. Doctr., 312). Mais comme l'erreur persiste chez tous les écrivains, Vaugelas y revient et étudie longuement la question I, 408)-.

1. Voici chaise pour chaire : Il n'est jamais plus aizc Que quand il monte dans la chaize (Loret, 17 mars 1652, 48); Les prédicateurs dans leur chaize (Id., 2 août 1653. 35); Monte souvent, dit-on, en chaize, Dans Rouen, son cher Diocéze Id., i décembre 1655, 65). Loret [en offre d'innombrables exemples ; cf. : Elle auroit pu prescher en chaise fRicher, Ov. Bouff'., 223). Vous pensiez estre grans Docteurs A bien Leurrer vos Auditeurs, Quand vous estiez juchez en Chaise (La Mesnardière, P<>.. 72-73).

Voici maintenant chaire pour chaise : On luy mit ses habits séculiers sur une chaire auprès de son lit (d'Ouville, Contes, II, 252 ; ... se vit Coronné D'un bassin de chaire percée (Maynard, 1656, 181) : Jupiter arrive à grands pas, Se aiche dans sa chaire h liras ( Riche r, Ov. hou/f'., 21 1 : Noua ...N'avons le plus souvent, alors qu'il faut souper. Ni chaire pour s'asseoir, ni cousteau pour couper (Loret. Poés. hurl.. 13 .

2. Consommer veut dire accomplir : consommer le mariage. L'un et l'autre comportent la signification d'achever, mais consumer, c'est achever en anéantissant le sujet, consommer c'est l'achever en le mettant dans sa dernière perfection.

L'usage ordinaire des écrivains est de mettre consommer pour consumer : Leur cœur purifié ne se remplit de rien Que de son saint amour, qui par tout le consomme (Racan. II, 115); Je voy que ces beaux yeux seront si mal-faisans, Qu'avant qu'elle aye atteint l'âge de quatorze ans. Il- auront consommé le reste de la France Ma} nard, 1656, 58). Les langueurs d'une fièvre lente qui nous consomme et qui noua ■ petit feu Dnl). Mont., P. 0., 15; ci. Sarasin, CBuvr., I. i 19 : Celle qui tient mon ame Brûle de mesme Clame Dont je suis consommé Mrs ei Vaudev. de Cour, et Uii'l.. I. in: ihi'l.. II. 17 1 : Mais enfin sil faut plaire an feu qui le consomme (Bensserade, Olùivr.. I. 297, cl', ihid..

On trouve aussi consumer pour consommer : G. en donne des exemples du m».

Au wir H. François écrit encore : en taisant un consume Merr. </e \al .

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créance et croyance se confondaient presque dans une même prononciation. En attendant qu'il n'y eût plus qu'une orthographe, ce que Vaugelas souhaitait, il distinguait les deux mots : une lettre de créance, avoir de la créance en quelqu'un étaient des expressions où il fallait toujours créance, ailleurs il fallait user de croyane (II, 325). On s'explique, par ce qu'il rapporte, que les textes ne fassent aucune différence : Je ne parlay jamais plus selon ma créance (Astrée, II, 223); Ah ! dit-elle, en me monstrant ses lettres, ressouviens toy à qui tu as donné ces tesmoignages de ma facile créance (Ibid., II, 252) ; Il se faut bien garder de forcer ou contraindre la créance des hommes (Gar., Doctr. cur., 233) ; La créance qu'on a des peines éternelles... (Racan, II, 193; cf. 1,38; II, 408) *.

débile. Ne se dit pas d'un ennemi, mais faible (Malh., IV, 390, cop. B).

descouverte et descouverture du nouveau monde sont tous deux bons (Vaug., 11,224). Le xvie siècle avait ainsi employé descouverture.

élever les yeux au ciel ne peut pas se dire, il faut lever (Vaug., II, 222) ; élevant ses yeux humides vers le ciel (Dest., Cel. et Maril., 93).

embrasement, incendie. Un des oracles de la langue a appris à Vaugelas que « le second se dit d'un feu qui a esté mis à dessein, le premier convient mieux au feu qui a esté mis par cas fortuit » (Vaug., I, 220). On trouve quelquefois embrasement avec le sens donné par Vaugelas à incendie : Et faut dire que Y embrasement (la mise au feu de certains écrits) en a esté fort heureus (Let. de \Phyll., I, p. 53). Mais le voici dans l'autre sens : qu'au reste on a sauvé ceci de V embrasement (Lettr. de Phyll., Ie part., 44) ; cf. : d'autant que les lumières qu'ils y cherchent sont des estincelles d'un grand embrasement [AU. sur le corps de N. S. J. C, 1649, V. II. L., t. III, 15). incendie est commun au sens de feu d'artifice, feu de joie. Loret en use constamment : Festin, balet et comédie, [Avec une belle incendie Qui fit courir, monter, voler Quantité de beaux feux en l'air (13 août 1651, 60), cf. Id., ibid., 24 juin 1651, 172 ; 17 avril 1660, 62;; 12 février 1661, 33, 19 (juillet 1664, 141.

effroyable, redoutable, terrible, horrible. D'après Chevreau (Rem. s. Malh., 14) effroyable est toujours pris en mauvaise part, quand il se dit des personnes ; il n'appartient qu'aux furieux d'être horribles, d'être effroyables, mais un [héros est terrible ou redoutable. M. de Vaugelas s'est trompé en disant que les épithètes d'effroyables et horribles s'appliquent quelquefois aux choses bonnes et excellentes : il a une mémoire effroyable, il fait une dépense horrible (Vaug., II, 62).

ériger une statue avait été employé par Balzac (I, 2). Il en est vertement repris dans les Lettres de Phyllarque, I, 337. En réalité le mot se trouvait ailleurs : Si je viens ériger un autel (Baro, Clorise, 1631,' IV, 3, p. 96) 2.

1. Et donnant aisément sa créance à ma feinte, Lâche son ame au dueil et sa bouche à la plainte (Malleville, Poésies, 104); Faut-il croire une circonstance Qui surpasse toute créance? (La Mesnardière, Po., 59) ; J'ajoute une entière créance au commencement de vostre discours (Segrais, Nouv. franc., 5e Nouv., 141) ; Elle n'ajoûtoit pas une entière créance à ses excuses (Id., ibid., 6e Nouv. 81); Vous ne leur attribuez pas ces erreurs dans la créance qu'ils les soutiennent, mais dans la créance qu'ils vous font tort (Pasc. , Prov., 16) ; créance continuera du reste longtemps encore à s'écrire avec le sens de croyance (Hug., Pet. Gloss., 102).

2. « Si V anxiété et la décrépitude ne sont pas de mise, pourquoi Eriger passera t'il pour bon François ? Et pourquoi, dira Narcisse (Balzac) : ériger des statues? puis que

éternel, immortel. Malherbe maintient la distinction théologique: immortel peut se dire au regard de l'avenir, non du passé (IV, 316 .

faire croire se dit pour des choses vraies, faire accroire pour des choses fausses. D'autres pensent « que faire accroire emporte tousjours que celuy de qui on le dit, a eu dessein de tromper» (Vaug., I, 402).

faisable ne signifie pas ce qu'il est permis de faire, mais seulement ce qui est possible (Vaug., II, 228).

fatal se prend le plus souvent en mauvaise part : Y heure fatale: mais il ne laisse pas de se prendre quelquefois en bonne part : dans le fatal accouplement, c'estoit une chose fatale à la race de Brutus de délivrer la République Vaug., Il, 193) «.

ferveur est plus propre pour la dévotion que pour l'amour Sent, de VA. sur leCid (I, 1, Corn., XII, 483i.

fond et fonds. Suivant Vaugelas fonds est la terre qui produit les fruits, el aussi ce qui rapporte du profit, il s'estend à beaucoup d'autres choses encore, qu'il n'est pas à propos de dire icy (II, 35). C'est en réalité une question d'orthographe : on trouve quelquefois fonds pour l'autre ; et continue en suite sa lamentation dans le fonds de sa barque (Saras., 1656, I, 164) : il sembleque le Ciel soit dans le fonds des eaux (Racan, I, 26).

fureur el furie. D'après Vaugelas ces deux mots signifient une même chose, pourtant il ne faut pas toujours les confondre : « Il semble que fureur dénote davantage Yagitation violente du dedans, et le mot de furie les actions violentes du dehors... Fureurse prend quelquefois en bonne part, comme fureur poétique, fureur divine, cl furie se prend ordinairement en mauvaise part... » II, 172). Les exemples ne sont pas conformes à ces distinctions rigoureuses: A cet object la furie se mesla à la valeur, et fit agir son courage de telle sorte (Des Font., Cel. et Maril., 319). Il faut ajouter que le sens de folie demeure commun : Pichou, Fol. de Cardenio, IV, 1, p. 66. O dieux ! à quels excès nous emporte l'erreur, Depuis que la raison l'ait place à la fureur: ef. : Saras., I, 210: (ce défaut) qui les fait tomber dans la fureur et dans les douleurs de la mauvaise Venus.

gravité est mal pour pesanteur (Malh., IV, :>'.>('> . Ni L. ni G. n'en ont rencontré d'exemples. Je n'en ai point non plus.

jouet. On peut dire « nous sommes le jouet du sort » el au gré, au plaisir du hasard, non au jouet du hasard Malh., IV, 377-378).

nous pouvons dire dresser des statues, et user d'un ternie François recru et approuve de tout le monde, ou celui d'ériger est pedantesque et de nul usage en nostre Langue, si ce n'est lorsqu'on parle des choses qui n'ont qu'un estre imaginaire et moral, comme quand on dit ériger une terre en Duc lu'-, en Pairie, en Comte, de . Mais non jamais de ccll. -s qui ont un estre naturel ou physical. .le ne dirai pas quefay érigé mes bras, mes mains et mes yeus: mai*, f ai dressé mes bras, mes mains et mes y eus vers le t.iel Non plus aussi devonS-nOUS dire, ériger des statues, mais dresser des stat nés. n'estant

point nécessaire d'introduire «les termes étrangers en nostre langue, quand elle nous en fournil de propres, de naturels el d'élégan».

l. Vaugelas avail «'-té sans doute influencé par L'usage de Malherbe qui se serl de fatal d&nt le 2* sens : 0 bienheureuse intelligence, Puissance, quiconque tu sois, Donl La fatale diligence Présidée L'empire françoii L, 80, v« 139 : 1 »<• ce fatal accouplement de cette union voulue par le Destin) Célébrer l'heureuse journée... I. 112 v. N'est-ce pas toy donl le pouvoir fatal... Entre deux murs de liquide cristal Fil un chemin aux troupes «les fldelles ' [Racan, II, 199 : cf. II. 801 ,

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juste. Sorel, en 1654, rapporte comme une nouveauté la locution raisonner juste. Et il la condamne, c'est une expression de tailleur, trop basse pour l'appliquer au raisonnement ; chanter juste, tirer juste se disent, mais ne sont pas des exemples valables (Disc. s. VA., 471 et Conn. des b. liv., 1672, 403, 421, 429). Sorel a tort, juste s'applique alors à toutes sortes de verbes : je ne sçaurois en parler juste (Loret, 3 juin 1662, 232).

libéralités au sens de présents se dit de supérieur à inférieur, d'égal à égal, non d'inférieur à supérieur (Vaugel., II, 401, Rem. posth.).

mânes ne se dit pas comme en latin, mais seulement de l'àme d'une personne (Vaug., I, 378).

monde ne se dit guère bien qu'en parlant des personnes dans le sens d'une infinité. Vaugelas n'oserait pourtant le condamner dans un autre usage (Vaug., I, 280). Patru note que c'est l'usage populaire (Ib.). A un monde d'ennemis (Pichou, Fol. de Carden., 111,6, p. 62) ; cf. : L'homme est un esprit transcendant... qui se persuade un monde de merveilles (Tabar., II, 92).

mot, employé pour parole est une « sottise » suivant Malherbe (IV, 375).

mutuel se dit de plusieurs ou de deux, réciproque seulement de deux ( Vaug., II, 113), cf. Bary, Bhel.,229.

neuf ne peut passe mettre partout à la place de nouveau, ainsi: une amitié neuve, une saison neuve sont impropres i^Malli., IV, 299 et 260). Mlle de Gournay défend l'usage antérieur : neufve puissance, neufve jeunesse, neufve Déesse, neufve flamme, neufve servitude, neufve playe, neufve espérance (O.,

nourrir et paître. « Pour représenter une action d'un moment, et non une longue, il faut dire paître » ; s'en nourrir signifie en faire sa nourriture habituelle (Malh.,IV, 419).

onguent se prend tousjours pour médicament, il ne s'en faut jamais servir pour parfum (Vaug., II, 236; voir plus haut p. 160).

plaisant ne peut pas s'employer en parlant de la lumière: plaisante aux mortels. Il faut dire agréable (Malh., IV, 394). C'était un archaïsme : Le loton, qui est un plaisant et délicieux fruict (du Vair, 394, 4) ; il continue à se dire en parlant de la nature : je contemple ce bois si plaisant (Racan, I, 75) ; les douceurs de ce plaisant séjour ^Mallev., Po., p. 19). La Mesnardière définit la « manière plaisante » qui a été attribuée à Virgile. « Les anciens ont infailliblement voulu dire par ce mot l'air agréable, libre et galant (Po., préf., p. 6) ».

pardonnable ne se dit jamais des personnes, mais seulement des choses, comme cette faute n'est point pardonnable, tandis que excusable se dit des personnes et des choses, que consolable, inconsolable se disent et de la douleur et delà personne affligée Vaug., II, 349).

pas ne doit s'employer au sens de passage que pour exprimer quelque détroit de montagne, et il est si bien consacré à cet usage que ce ne serait pas bien de dire: le passage "des Therflaopyles Vaug., II, 318, cf. Bary, Rhet. fr., 1653, 228); cette personne charmante... A, peu sen-faut, franchy le pas, Autrement le mortel passage (Loret, lerjanv. 1661, 96) ; cf. en un autre sens : Déjà la campagne se noyé, On ne voit plus chemin ny voye, Ny pas, ny route, ny sentier (Dassouc, Ov. en b. humeur, 1650, 67).

planer, aplanir : « planer se dit des oiseaux qui voient sans branler tes ailes. » Il faut donc dire aplanir, non planer les monts (Malh., IV, 410).

plier, ployer. Le premier signifie faire des plis, ou mettre par plis, comme plier du papier. Ployer signifie céder, obéir, ainsi ployer sous le faix. La Cour où on prononce player les confond. Toutefois il ne faut accepter plier que dans une seule phrase où l'usage a décidé. On dit en termes de guerre : La cavalerie a plié (Vaug., II, 133). On en trouve des exemples avant Vaugelas : je plie les espaules à ces jugements d'Amour (Astrée, I, 25A) ; Je rompray plustost que de plier (Ibid., I, 48B) ; Bienheureux sont les cœurs pliables, car ils ne rompront jamais (Fr. de Sales, t. VI, p. 17). Après Vaugelas : Et, sans vraiment suplier, J'aime mieux rompre, que plier (Loret, 1er novembre 1664, v. 195) ; il eût rompu dès-lors, plutôt que de plier (Montfleury, Comérf. Poète, II, 3).

la pointe du jour et le point du jour sont tous deux bons et ne sont meilleurs l'un que l'autre que dans l'enchâssement. Il semble que la pointe soit plus universellement bon, pour ce qu'on dit la petite pointe du jour avec grâce, et que l'on ne pourroit dire bien le petit point du jour. Voilà ce que m'a dicté ma mauvaise grammaire (Chapelain, Let. à Balzac, 4 sept. 1639).

prodigieux et monstrueux donnent lieu à une longue dissertation de Balzac Socr. chr., t. II, 250}. Il a lu chez un prédicateur prodige de dévotion et prodigieuse piété, il en a été effrayé. Prodigieux ne peut être pris en bonne part. Sans « un épithete bien particulier et bien efficace », il ne peut avoir une signification favorable. On ne le trouve ainsi que chez le Père***, qui dit prodige de sagesse, de saincteté, etc.

rai*, rayons. Le premier ne se dit plus des rayons du soleil, mais de ceux de la Lune (Vaug., I, 324). Il se dit aussi d'une roue. Racan a dit les rais du jour (II, 269), Maynard, les rais victorieux de ce bel œil (I, 13 : Corneille, l'aube de ses rais (I, 277. G Ut., 39). On trouvera dans Littré des exemples pris à Balzac et Scarron de rais en parlant delà lune. Ajoutez-y Corn., IX, 183.

reliques, restes. Balzac attaque un écrivain qui se sert de reliques en disant les reliques de la guerre, sauver les reliques de sa fortune. Il y a apparence qu'il dit ailleurs les Restes de Saint Pierre, aller à l'adoration des 1 {estes. Reliques est un des mots consacrez à la Religion, qu'il ne faut pas profanei Socr. chr., II, 263). Vaugelas avait fait une remarque où il réfutait cette opinion, il ne l'a pas publiée (II, 395-6, Rem. posth.). Reliques était encore commun en ce sens : parmy les tristes reliques des embrazemens (Gomb., Endim, un vieux tronc relique de l'orage (Racan, I, 110 .("'est une discussion qui sera reprise ensuite par Chevreau Rem. s. M., 55; cf. Ménage, 0., 204, 1675, Mcide de Saint-Maurice, Rem., 50, A. de Bois Reg., 546). Tous donnent torl 5 Balzac, qui cependant avait raison, comme la suite des faits le montra.

rangé. c< Un qui a été fou et est devenu sage s'appelle rangé . non celui qui n'est pas sorti de la sagesse Malh., IV, 363 .

ndi elle donne lieu a une observa tion analogue : « .le serois bien d'a\ is d'useï

de ce mot de rebelle plus religieusement. Une personne esl rebelle à une antre, quand elle oublie ce qu'elle Lui doil : mais quand elle ne lui doit rien. de quelle rébellion La peu! on accuser '.' Id., £/>., 1 2 1 : <•!'. la rebelle pastourelle de Passerat. C'était vouloir retirer aux poètes d'amour une de leurs expressions favorites. La règle ne passa point. Corneille el Racine on I sauvé l'expression.

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regarder, voir, regard, vue. Ils étaient souvent confondus au xvie siècle. Malherbe observe : « Il y a bien différence d'avoir mauvais regard et d'avoir mauvaisevue. Qui a mauvaise vue a de mauvais yeux, mais quia mauvais regard les a bons, et par dépit ou par quelque autre raison, il en regarde de travers IV. 253 ; cf. IV, 440, 430) ; elle panchoit sur moy sa veuë, en la mesme façon qu'elle regarde les sacrifices (Gomb., Endim., 30).

se resouvenir a un usage extraordinaire qui neantmoins « est extrêmement françois et élégant. Il se prend pour considérer, songer» (Vaug.,I, 201).

seulement. Vaugelas condamne l'habitude de certaines gens qui disent : il ne m'en blasme pas, il m'en loue seulement, pour signifier tant s'en faut quil in en blasme, que mesme il m'en loue (II, 122j. Cf. avec une négation il no m'a pas seulement regardée.

signe, signal. Vaugelas fait cette remarque : « Les signaux dont on a accoustumé de se servir à la guerre, ce sont le feu, la fumée, le canon, les cloches, les estendarts, le linge blanc, et autres choses semblables. Que si, quand on se sert de quelqu'un de ces signaux, on appeloit cela faire signe, ce ne seroit pas bien parler, il faut dire donner le signal, ou donner un signal. Faire signe, est toute autre chose, tant parce qu'il ne se fait que des mains ou de la teste, ou du corps, qu'à cause qu'il se fait pour quelque sujet ou accident inopiné, et dont il n'a point esté convenu entre celuy à qui on faille signe, et celuy qui le fait, au lieu que les signaux se font ordinairement de concert (II, 122). On trouve dans Malherbe faire signe employé pour donner le signal. « Chrysippus en fait comparaison aux coureurs qui sont à l'entrée d'une barrière, qui n'attendent sinon qu'on leur fasse signe de partir » (II, 39). Inversement, on trouve, après Vaugelas, signal usurpant la place de signe. Cf. Quinault : « Vous êtes, je le sçai, du nombre des bons drôles ; Ces yeux fins et brillans en sont un grand signal » (Les Rivales, IV, 1).

sommeiller, dormir. Sommeiller, c'est avoir envie de dormir ou être assailli du sommeil. Il ne faut pas dire : que toujours je sommeille (Malh., IV, 257 .

songer, penser. Il y en a qui ne le peuvent souffrir, mais ils n'ont pas raison ; l'Usage le fait dire et escrire ainsi à tout le monde (Vaug., I, 165).

son. Le mot est trop général pour être employé en place de cri: Et demeure cruelle au son de mes douleurs (Malh., IV, 318).

soudainement, soudain. Soudain serait à sa place, soudainement n'y est pas dans ces vers : s'il m'en prend fantaisie, aussi soudainement, Confus et repentant, mon vouloir se dément (Malh., IV, 366) ; voici un exemple analogue : n'esclaire plus que d'une flamme languissante, si, incontinent qu'on voit qu'elle s'esteind, l'on n'y distille soudainement de l'huile (F. Guerson, Anal, du Vérité, 147-148).

soupçonneux, suspect. Le premier est toujours actif, le second toujours passif. On ne peut pas dire ce juge- là est soupçonneux (Vaug., II, 120).

supplier. Bien que ce terme soit beaucoup plus respectueux que prier, si est-ce qu'il ne faut jamais dire supplier Dieu ; prier est particulièrement consacré à Dieu en cette façon de parler (Vaug., I, 355). Cette remarque fait l'objet d'une longue protestation de La Mothe le Vayer, qui déclare que jamais personne n'a prétendu qu'il fallait dire : Mon fils, allez supplier Dieu, mais qu'on dit très bien: mon Dieu, je vous supplie (éd. or., p. 51).

souillé, taché. A propos d'une remarque sur entaché (Vaug\, II, 326, Dupleix observe que souillé dit plus (Lib., 251), c'est aussi l'avis de Bary (Rhet. fr., 226).

Terroir, terrain, territoire. D'après Vaugelas, « terroir se dit de la terre, entant qu'elle produit les fruits; territoire, en tant qu'il s'agit de jurisdiction, et terrein en tant qu'il s'agit de fortification. Le laboureur parle du terroir, le jurisconsulte du territoire, et le soldat ou l'Ingénieur, du terrein-» (Vaug., I, 153). Malherbe employait terroir en parlant du soldat: Les Romains se logèrent à Erethrie, au terroir de Phtie (I, 404) ; voici un exemple de Corneille, mais plus douteux : Maxime, je vous fais gouverneur de Sicile : Allez donner mes loisàce terroir fertile (Corn., III, 413, Cm. ,634). De même chez les burlesques: le preux maréchal de Grancé S'êtant tout-de-bon avancé Avec son armée aguerrie Vers le terroir d'Alexandrie (Loret, 24 octobre 1654).

tirer en longueur, aller en longueur sont des expressions toutes différentes de tirer de longue et aller de longue ; « car tirer ou aller en longueur veut dire qu'il se passera beaucoup de temps avant que Ton voye la fin de la chose, qui lire en longueur, au lieu que tirer ou aller de longue, marque un progrès fort pront, par le moyen duquel on parvient bien tost au but que l'on se propose Vaugelas, Rem., 11,296). Cf. Scarron : « Pardonnez-moy si j'appréhende, Que le Procès tire en longueur »(GEuv., 1,215).

voisiner le but est souligné par Malherbe (IV, 352).

Toutes ces définitions, si serrées qu'elles soient, paraissent grossières auprès des eiîbrts faits pour arriver à caractériser des types généraux tels que la prude, la précieuse, le bel esprit. Faret a fait un livre pour peindre Y honnête homme* , et il n'en avait pas terminé

1. Voici un raccourci de l'honnête homme ou « de Tari déplaire à la Cour». Paris,

Il faut que « eeluy qui veut entrer dans ce grand commerce du monde soit nay gentilhomme, et d'une maison qui ait quelque boue marque » : — il faut qu'en outre la naissance soit « heureuse », c'est-à-dire « accompagnée des dons de l'âme et du corps » ; — comme profession « il n'y a point de plus honesie, ni de plus essentielle à un gentilhomme (pie celle des armes ».

L'honnête homme doit être « homme de bien », « soigneux de son honneur , <au^ être querelleur, ni vain, ni fanfaron.

Avec tous CCS avantages de la bonne naissance el du bon courage... je trouve encore très nécessaire... des membres bien formez... et faciles à B'accommoder à toutes sortes d'exercices de guerre ou de plaisir : L'honnête homme doil même n'ignorer aucun des jeux de hasard qui ont cours parmy les Grands. Avant tout, de la grâce « naturelle « sans affectation ni négligence.

Desqualitez de l'esprit. Rechercher la vertu, suivre les bonnes lettres, étudier les sciences, en tâchant d'être " passablement imbu de plusieurs sciences i plutôt <| ie

« solidement profond eu une seule » : apprendre les mathématiques, l'économie, la

politique, la i "aie el l'histoire. Paire des vers, s'occuper de peinture el de musique.

Étudier les Langues, el s'il trouve les mortes hop difficiles, el les vivantes en trop grand nombre, que pour le moins il entende ci parle L'Italienne et L'Espagnolle . » Avec ces avantages du corps el de l'esprit, être doué des vrais ornements de l'Ame, dire des vertus chrétiennes, qui comprennent toutes lea morales. Le fonde

ment de tontes es! la Religion.

Muni de tontes cet qualités, il peut liardiineul s'expOS6r dans la Cour. Mais qu'il

TRAVAIL SEMANTIQUE Ï'M

le portrait, puisque La Rochefoucauld (I, 111) et La Bruyère (II, 99) l'ont retouché. Pour donner un aperçu de ce travail psychologico-linguistique, il faudrait reprendre un à un les types du temps. Je n'en prendrai qu'un, le galant l : le mot galant est d'autant plus intéressant qu'il est plus vague, ayant à la fois dès le xvie siècle le sens de gaillard, de capable, de vaillant 2, ou au contraire de négligent, vaurien ou garnement 3,

Au xvne s. aussi, galant signifie tout cela : fripon, garnement ', déluré, éveillé, joyeux 5, vaillant 6.

El Monet, en 1636, donne les acceptions suivantes : 1° metable an ce dont il se mêle : prœclarus, insignis, praestans, galant capitaine, galant philosophe, galant médecin ; 2° honnête, de belle humeur et de bonne convantion : voilà un galant homme à mon gré : c'est bien le plus galant jeune homme de son «âge fexcellentissimus, praestantissimus, praeclarissimus, juventutis flos lectissimus, decus ornatissimum) ; 3° garnemant : improbus, nequam, nebulo. Venés ça galant (hue ades, improbe). C'est un galant, ne vous-i fiés pas; 4° arrogant : arrogans, praesidens. Dès trois jours, il commance à faire le galant (arrogantem agit, arrogantius se gerit).

Oudin ajoute le gallanl ou galland d'une dame : drudo (1642).

se tasse une vie tranquille, sans inquiétudes ambitieuses et qu'il traverse la corruption sans en être souillé. Agir avec courage et rendre de bons offices. Parler avec réserve, surtout devant le Prince ; vis-à-vis des égaux, moins de contrainte, mais pas de familiarité. S'accommoder de toutes les humeurs. Avec les femmes, soigner le geste, la voix, les habits ; pas de blasphème ni de médisance. Avant tout, du jugement.

1. Galant homme, scitus, graph ic us homo (Rob. Est., 1549), reproduit dans Thierry. I 573) et Xicot.

2. Tout le monde appelle galand, galande ou galante un homme ou une chose remarquable... C'est depuis peu d'années... Car peu de temps auparavant nous appelions ces hommes et ces choses vaillents et vaillentes, et le mot s'est perdu, excepté quand il est question d'art militaire Joach. Perion, De linguae Gallicae cum Graeca collatione, 155i, p. 95 a) .

3. He is the most neglygent folowe that ever I sawe... c'est le plus négligent galant que je vis jamays (Palsgrave, J681).

i. Ce pauvre idiot croyant trop de léger deschargea un grand coup de pierre sur le front de cet homme riche, lequel, faisant saisir le galand, luy lit donner l'estrapade Garasse, Rech. des rech.. p. 172). Le premier fut un certain belistre nommé Théophile... Ayant entremis quelques paroles qui ne sont pas beaucoup favorables à l'Empereur Michel, pour avoir advancé ce galand, il adjouste... (Td., Doctr. Cor., p. 7). Soubs le règne d'Edouard... il y eut une trezene de marauxqui se disoient estre les nouveaux Apostres, et adoroientun galand de leur trouppe, nommé Guillaume Hacquet, comme s'il eust esté Jesus-Christ (Id., ibid., p. 81). L'un d'eux me dit : Tirez-vous à quartier, galand; hors d'ici (Chapelain, Guzm. d'Alf. , I, 157).

5. Il ne Va dit que pour faire le galant et pour rire (Pasc, Prov., XI ; cf. Th. Corn., Am. à la mode, IV, 1).

6. Ce sens est plus rare, c'est surtout chez Malherbe qu'on l'observe : Chacun se laisse emporter : les sots et les poltrons, comme les galants et les braves (II, 362): cf. I, 289, II. 390.

C'est exact. Un galant c'est aussi un amant1, une galante c'est une fille portée aux intrigues '-'.

Aucun de ces sens n'est positivement abandonné puisqu'on Les retrouve à peu près tous chez Richelet, et cependant au milieu des autres, se dégage un sens favori, qui devient le plus fréquent. Rien de plus complexe que la caractéristique d'un galant de cour* ou d'une chose galante. Gomme tous les termes d'éloge ou de blâme en vogue à une époque quelconque, celui-ci ne se prête à aucune délimitation précise4.

Un homme ou une femme « du haut étage » ne s'y trompe pas, et saura ce qui mérite ce titre, ce qui l'usurpe, mais les théoriciens ont le courage d'aller plus loin et de vouloir interpréter le mot de tout près. Pour en faciliter l'entreprise, Vaugelas essaye d'abord d'une distinction extérieure et orthographique entre les significations fâcheuses et les avantageuses, distinction d'après laquelle galant n'aurait que les dernières. Mais cette distinction sans portée, et du reste à peu près nulle pour la langue parlée, ne paraît pas avoir fait fortune; eùt-elle réussi que le problème fût resté presque entier5.

1. " Galant signifie amant, ce qui emporte presque tousjours qu'on est favorisé : c'est son galant. En ma jeunesse on disoit amy, témoin la Chanson,

Car un mai -v Sans un amy Ce n'est rien faire qu'à demy.

Depuis, (/aluni prit sa place, et maintenant amy est revenu à la mode, galant, qui se dit pourtant encore, ayant paru dire les choses un peu trop ouvertement, an lieu qu'amjf, qui est équivoque, parle plus couvertemenl Note de Pat ru sur Vaugelas II. 209; cf. Mol.. AV. cl. f\. V. 9, Impr. de Vers., se. I .

2. « De vous dire que cette fille-là mène une vie déshonnète. cela seroil un peu trop fort : cherchons, pour nous expliquer, quelques termes plus doux. Le mot de galante aussi n'est pas assez: celui de coquette achevée me semble propre à ce que nous voulons » (Mol.. Pourc., II, 4; cf., II, 6. etc.).

:». a Durant votre séjour à Paris, vous avez fait bien des conquêtes de qualité.— Vous pouvez bien croire. Madame, que tout ce qui s'appelle les galants de la Cour n'a pas manqué de venir à ma porte, et de m'en conter... II n'est pas nécessaire de vous dire leurs noms : on sait ce qu'on veut dire par les galants de la Cour »> Mol., Escarb., se. 2; cf. Tari.. III. 3 ; Ec. d. mar.. I, 1).

i. Un Roi d'une taille galante Mol.. Impr. de Ver»., se. i : un déshabillé pour taire le matin mes exercices . Il es) galant Id.. Bourg, gent., I. 2 ; la lettre m'a semblé tort galante [Voit., /.cl.. 25, éd. Uzanne, I, 11 : Le sucées a été joli et galant, tout

étoit Vif Sév.. IX. p. s ; cette harangue est une des plus belles pièces d'Homère el

des plus galantes Racine, VI, il i .

\u rote, quoy qu'en une autre signification on diegaland, et galande, avec on '/.

aussi bien qu'avec un /. si est-ce qu'en celle «pie nous Iriiilniis. il faut dire galant et

galante avec un i. <■! non pas avec un d». Vaugelas, /lem., II, 210-211 . Patru complète

la doctrine : galand el galande avec un d ne se <lit commune ni que des jeunes

personnes, <-i il marque qu'il y a dans leur manière «le vivre quelque chose de trop éveillé, ri approchant d\i iVipon. vans aller au criminel : c'est un galand. c'est une galande,

c es/ un bon galand. e'esl nue bonne galande : c'est C6 qu'on dit autrement : c'est un

éveillé ou un bon éveillé; c'est une éveillée ou une bonne éveillée. Quand on dit : resi un petit galand nu petit éveillé, une petite galande ou une petite éveillée, cela marque une plus grande jeunesse, el qui n'eal pas loin de l'enfance. Au reste, ce que notre Auteur semble dire que galand «d galande en cette signi-

TRAVAIL SÉMANTIQUE 2.19

Sorel faisait le portrait d'un galant l, Vaugelas essaie d'une définition. Rien ne montre mieux l'héroïsme de cette époque dans une analyse sémantique : « Galant a plusieurs significations, et comme substantif, et comme adjectif. Je les laisse toutes pour ne parler que d'une seule, qui est le sujet de cette Remarque. C'est dans le sens qu'on dit à la Cour qu'un homme est galant, qu'il dit et qu'il fait toutes choses galamment, quil s habille galamment, et mille autres choses semblables. On demande ce que c'est qu'un homme ifalant ou une femme galante de cette sorte, qui fait et qui dit les choses d'un air galant et d'une façon galante. J'ay vu autrefois agiter cette question parmy des gens de Cour et des plus galans de l'un et l'autre sexe, qui avoient bien de la peine à le définir. Les uns soustenoient que c'est ce je ne sçay quoi), qui diffère peu de la bonne grâce ; les autres, que ce nestoit pas assez du je ne sçay s/uoy, ny de la bonne grâce, qui sont des choses naturelles, mais qu'il falloit que l'un et l'autre fust accompagné d'un certain air, qu'on prend à la Cour, et qui ne s'acquiert qu'à force de hanter les Grands et les Dames. D'autres disoient que ces choses extérieures

lication s'écrit avec un t aussi bien qu'avec un d, je ne le croy pas. Il est vray que galand avec un t ou un d viennent tous deux du vieux mot g aller, qui signifie plaisanter, se réjouir, faire la débauche, honnestement néanmoins ; comme galles, au pluriel, signifie réjouissance, plaisanterie ou débauche honnesle. Mais l'usage ■qui a distingué la signification de galant avec un t et de galand avec un d, semble désirer qu'on les distingue par l'orthographe ; et d'autant plus que nous n'avons point de verbe ni de substantif qui vienne de galand avec un d au lieu que de galant avec un t nous avons galantiser et galanterie (Patru, Note sur le passage cité de Vaug. ■Cf. d'Aisy, Gén. de la L, 1685, p. 324). Et Patru ajoute : galant signifie encore fourbe et fripon; et en ce sens il se dit de toutes personnes : mon yalant n'y a pas manqué, le galant homme m'a fait le tour, c'est-à-dire le fourbe, le fripon m'a fait le tour; la galande m'en a donné à garder, c'est-à-dire la fourbe qu'elle est m'a trompé (Ib.).

1. J'en rapporte ici les traits principaux. Ils aideront à comprendre la remarque de Vaugelas. Un galand néanmoins esta Paris, il est riche, il est noble; il va en carrosse, il a des éperons.

Il s'est lavé au pain d'amandes, s'est rasé, a les cheveux frisés, la moustache fine « comme un trait de sourcil », fort peu au menton, toujours mis à la mode « sauf à se captiver un peu », Les bottes, par exemple, sont trop larges et le font marcher en escarquillant les jambes. Qu'il n'aille pas à pied. Soigner les canons, au besoin triple rang de point de Gènes, la petite oie, le jabot laissant voir la chemise à dentelles.

De petits détails très caractéristiques, un beau ruban d'or ou d'argent au chapeau ; au devant des chausses, sept ou huit rubans satinés (les galands), un petit bout de ruban noir au poignet, cela fait paraître les mains plus blanches, quand on ôte son gant. Une mouche sur la tempe, au besoin, si la perruque devait la cacher, sur la joue.

Se trouver aux sermons, connaître lès promenades de saison, les réduits, les jeux à la mode, avoir les premières fleurs, les bonnes feuilles du livre qui va paraître, une -copie de ceux qui circulent sous le manteau, savoir offrir bal, musique ou collation, parler en termes choisis et courtisans.

Louer les dames, les gens dont on attend quelque chose, apporter des nouvelles d'intrigues, de mariages, de querelles, accueillir bien même ceux qu'on méprise, mais ignorer les gens qui sont d'un monde inférieur : « je ne le connoy point » ; si on répète leur nom, se servir de termes comme n'entendez-vous pas ce qu'il dit? en un ■mot « garder une noble fierté ».

ne suffisoient pas, et que ce mot de galant avoit une plus grande es tendue, dans laquelle il embrassoil plusieurs qualité/, ensemble: qu'en un mot c'estoit un compose où il en t roi/ du je ne sçay quoy ou de la bonne grâce, de l'air de la Cour, de l'esprit, du jugement, de la civilité, de la courtoisie et de la gayeté, le tout sans contrainte, sans affectation . et sans rice. Avec cela, il y a de quoy faire un honneste homme à la mode de la Cour. Ce sentiment fut suivi comme le plus approchant de la vérité ; mais on ne laissoit pas de dire que cette définition estoit encore imparfaite, et qu'il y avoit quelque chose de plus dans la signification de ce mot, qu'on ne pouvoit exprimer ; car pour ce qui est par exemple de s'habiller galamment, de danser galamment, et de faire toutes ces autres choses qui consistent plus aux dons du corps qu'en ceux de l'esprit, il est aisé d.'en donner une définition ; mais quand on passe du corps à l'esprit et que dans la conversation des Grands et des Dames, et dans la manière de traiter et de vivre à la Cour, on s'y est acquis le nom de galant, il n'est pas si aisé à définir, car cela présuppose beaucoup d'excellentes qualité/ qu'on auroit bien de la peine à nommer toutes, et dont une seule venant à manquer suffirait à faire qu'il ne serait plus galant » (Hem., II, 208-211) '.

On pourrait en ce genre faire des monographies de mots, tant les exemples et les observations sont abondantes. Elles jetteraient la plus grande clarté sur l'état mental de l'époque, et seraient d'une réelle portée, non seulement pour l'histoire du langage '-'. mais pour l'histoire de la littérature et des mœurs.

1. « La définition d'homme galant, que M. de Vaugelas donne dans cette remarque,

d.his en fait voirie vrai caractère. Il va cependant sujel d'admirer la bizarrerie de notre langue, en ce que galant mis après homme, signifie toute autre chose que quand il est mis devant. On dit. c'est un homme galant, pour dire qu'il a de la bonne grâce, et qu'il Cherchée plaire aux Damea par ses manières complaisantes et honnestes, et on dit. r e.s/ un galant homme, pour dire qu'il t'ait les choses avec honneur et qu'il sait bien se tirer de toutes sortes d'affaires » (Th. Corneille dans Vaug., il>. .

L'Académie a donné trois acceptions à ce mol de galant homme. 11 se dit d'un homme civil, honneste. poli, de bonne compagnie et de conversation agréable. C'est un galant homme. On le dit aussi pour faire entendre un homme habile dans

sa profession et qui entend bien les choses dont il se mesle. qui a du jugement et de

la conduite. Vous luy pouvez confier votre affaire,c'e»t an galant homme. On l'emploie

encore pa r liât terie ou par l'amiliarit é pour louer une personne de quelque chose,

Vont estes an galant homme omettre venu dùsner avec moy ll>. .

iomme c'est elle qui nous intéresse ici, j'ajoute à titre d'indication, qu'il faudrait suivre en même temps que le développemenl degaland, celui de galamment, galanterie, galantine, galanliser, tegalantuer.

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