‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 5)Chapitre 81 sur 134 · La pastorale dramatique en France, 418 et suiv · texte numérisé non relu

La pastorale dramatique en France, 418 et suiv

2. « Nostre Medée ne se sert que de métaphores, qui sont très-propres pour une magicienne comme elle, qui ne voudroit pas parler en termes communs. S'il y a des métaphores qui sont bonnes, au moins ne sont-ce pas celles dont elle use, lesquelles outre cela se rendent vicieuses pour estre trop fréquentes. J'ay veu les Travaux d'Aristée et d'Amarille, qui sont quasi de ce stile; vous y voyez en un certain endroit que le desespoir, qui comme un guerrier obstiné, avoit assiégé avec une armée de travaux le cœur de ceste bergère, emporta finalement ceste roche ferme, se rendant maistre de ceste ame, à l'entrée de laquelle ilcouppe la gorge à son courage inflexible, estouffe sa patience, massacre ses furieuses resolutions, et précipite le reste de ses pensées quiavoient eschappé la fureur du cousteau, dans un grand feu toutbruslant d'un désir de mourir. Si quelque esprit facétieux avoit fait un livre tout exprès pour le faire mal, à peine y auroit-il pu réussir comme TAutheur de ces Travaux d'Aristée, qui pensant faire un ouvrage sérieux, a fait le plus grotesque fivre du monde. Neantmoins il y a huict ans que le Palais ne retentissoit que de son nom, et l'on fit une seconde partie pour ce livre, au tiltre de laquelle on voyoit que les amoureux Diesis d'une Bergère y estoient représentez, ce qui estoit une belle métaphore, prise d'une feinte de musique. Chacun achetoit cela, tant le peuple estoit sot alors. Mais les livres d'Amour ne sont pas les seuls qui sont remplis de galimathias, et d'autres stiles extravagants. Le Soldat François, l'Avant- Victorieux, et tant d'autres beaux ouvrages tiennent icy leur partie. Il y en a encore aujourd'huy qui parlent en public de ce beau stile, et qui sont favorisez des applaudissemens de la Commune (t. III, Rem., 313-314). — Comparez les remarques sur le livre II : « Lysis voulant faire une pierre à fuzil du cœur de Charité, ou bien allumer la chandelle à ses yeux, dit tout ce qui se peut imaginer de plaisant sur les façons de parler qui sont ordinaires aux Poëtes » (t. III, p. 72 des Remarques).

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