LE PLURIEL
J'ai fort peu de chose à dire de la formation du pluriel après ce qui en a été dit au xvie siècle. Trois signes sont toujours en usage, mais ce sont là de pures distinctions graphiques, et s, x, z sont équivalents. Z s'emploie généralement derrière un é pour marquer qu'il est fermé : beauté, beautez (Oud., Gr., 83). Dès le xvie siècle, mais surtout à partir d'Oudin, on enseigne qu1 « il faut tenir la syllabe un peu plus longuette » (Maup., 1625, 23). Voir là dessus le chapitre de Thurot (II, 621 et suiv.). C'est la nouvelle forme du pluriel, qui durera jusqu'autour de la Révolution. Elle se marque par la durée, et sans doute aussi par une altération du timbre de la voyelle, qui se ferme.
PLURIEL DES MOTS EN L ET t. — J'ai dit plus haut que Malherbe hésitait encore à adopter le nouveau pluriel en euils, mais Oudin ne connaît plus cette répugnance : de gros diamants plantez comme des
1. Les exemples de vieil devant consonne abondent : vieil barbon (Scarr., Virg. II, p. 243); un vieil tronc (Racan, II, 164). Il est remarquable que des livres comme le Jardinier françois usent couramment de la forme vieils au pluriel : de vieils arbres (61; cf. 25, etc.); De même le Bled vieil (Del. de la Camp., p. 3).
eseueils Mero. de Xat., 352) ; sauter en chevreils ou chevreaux (Ib., 565 : Adieu, tous courtisans, adieu, nos petits oeils (Bail., 1625, V. II. L., V, 329) l. Dans la série en ouils le contraire se produit, les deux pluriels coexistent quelque temps : verrouils et verroux. Mais comme le singulier passe décidément à la forme en ou, malgré la persistance de l'ortographe ou il (Thur.,o. c, II, 146), le pluriel en ouils meurt du même coup. Au contraire, dans la série en el se conservent quelques doubles formes : artificiel et artificieux, qui deviennent deux mots différents (Oud., Gr., 84) ; pénitentiel continue à faire pénitentiaux dans la locution consacrée psaumes pénitentiaux
Yaug., II, 65); universaux se conserve pour une raison analogue dans l'expression philosophique : les universaux .
C'est de cette époque aussi que date la fameuse règle qui accepte le pluriel ciels de lit pendant quelle rejette les ciels. Elle est dans Oudin (Or., 84). L'anonyme de 1657 recommande arc en ciels (28). Nous avons ici très certainement un effet de la composition. Vaugelas accepte cette exception : arc en ciels (II, 202).
Il faut, dans toute cette question, prendre bien garde de n'être pas trompé par la graphie. Ainsi pour aïeul. On croirait le pluriel aïeuls très répandu: nos ayeuls (Theât. oVéloq., Har., 98 et 99) ; la discipline de nos aieuls.. . plus barbares que nos aieuls (Let.de Phyll. , IIe part., p. 331, 135) ; La foy de leurs ayeuls (Racan, II, 300); Nos ayeuls ont posé leurs arcs et leurs écus (Id., II, 130). Mais qu'on observe les rimes chez le même auteur : je n espère de partage Ni de jjeres, ni d' ayeuls, Que le divin héritage, Que tu nous promets au cieux(\\, 323). Aïeuls se prononce donc aïeux 2.
Les noms en ail gardent leurs pluriels anciens en aux : epouvuntaux(Ma\h., II, 662); de même portaux continue à être le plus usuel. Use trouve chez Bertaut, p. 266, chez Racan, II, 1 98, chez Scudéry
Aima h., VII, 337). Toutefois les formes en ails gagnent du terrain. ( Hidin accepte cette forme dans attirails, mails, ferrails, poitrails
Gr.yp. 83), l'anonyme de 1657, dans ferrail (28) ; le Rôle des Prétentations en plaisante : requérant que bail à ferme n'aye point de pluriel, si bal pour dancer n'en a ;<ussy,le tout pour éviter à noyse, quy arrive souvente fois faute de s'entendre (V. II. L., I, 136
i. Lef vieilles formel ne sont pas rares : chevreux (Louys Gtiyon, Div. 1er., 100 :
rsctiririi.r The , pli.. 1 , 1> 7 0 ; d*OÛ csriiiricu au Singulier (Bachot, ETT. /jm/i.. L'33).
-. .l<- crois cependant la forme en culs réelle dans certains textes : vos eorp$ estoiêni
enveloppes dam les doux linceuls dusommeil Le Pont Bretonde» Procureurs, v.H.
I... VI, 562 : /•.'/ lors, sous vos lessisà mille fenestr egee, RsJseule et poincts couppés, <'t
wrsouvrsges, Ve te boufferont plu» r<>s gros seine eshontes Bemonst. smts
I Pil., U>.. IV
■ l'.u trouvé pour eil: De manger beeucoup et souvent des eils Guyon, Mi roi nie le
Les pluriels en als ne sortent guère des mots où nous les avons vus au xvie siècle : bals, bocals, cals, navals (Oudin, Gr., 83), pals (Anonyme 1657, 28). Duez y ajoute fanais, signais, vocals l (1669, p. 97.)