ACTIF, PASSIF, PRONOMINAL
Conjugaison sous forme pronominale des verres intransitifs. — Malherbe avait l'intention visible de distinguer avec soin l'une de l'autre les deux formes, et il se prononce à plusieurs endroits contre des pronominaux, usuels en moyen français : se condescendre pour condescendre (IV, 391), s'éclater pour éclater (IV, 459; cf. Doctr., 432).
Oudin fait une liste avec des observations (Gr. , 225) . Il admet se couler, se délibérer, se desplaire, se douter, se diligenter, s estudier , s extravaguer, se louer de quelqu'un, se paillarder, se présumer, se rire, se taire { (Cette liste est suivie d'une autre, comprenant les «verbes réciproques » qui ne s'emploient jamais sans pronom : se repentir, etc.). En général le sens, suivant lui, est le même, qu'il y ait ou non un pronom .
Ph. Garnier montre des préoccupations analogues, et blâme Serreius d'avoir, « contre la pureté du langage français », oublié la réciprocation dans :je fu hier pour mener, alors qu'il faut dire me pourmener [Praec, 1618, p. 165; cf. Mén., 0., I, 366).
Vaugelas, dans une remarque non publiée, reprochait à Malherbe d'avoir écrit, dans sa traduction de Tite-Live, : ils ne 5e bougèrent point au lieu de ils ne bougèrent point (II, 377). Au contraire il admet s'attaquer à, qui est étrange, mais français (II, 251).
En réalité, l'hésitation persiste encore un certain temps, mais l'impulsion est donnée, le développement analogique de la forme pronominale dans les intransitifs s'arrête.
Les exemples du temps sont nombreux : cette [dame) qui une autre fois s'apparut dans les roches de Rambouillet avec l'arc et levisagede Diane (Voiture, Let. IL, éd. Uz., I, 17) ; Je pense à tout moment qu'il
1. Dans son énumération, il ajoute à ceux-ci les verbes où lèse est complément d'objet indirect.
s'apparoist à moy (Hacan, II, 146) ; pour se communier (Gar., Mém., 234) ; (// faut) que les monastères de ces lieux-là puissent se communiquer par lettres à ceux de France (S. Chantai, Lett., CCGXXXI, 455-456) ; Ce point est important pour les supérieures qui se communiquent au dehors (Ead., ib., let. CCXLI, 349); je me crains bien que non (Dub. Mont., Exe. pol.. 8); Ainsi se partit ce Berger, tant affligé qu'il s en alla les bras pliez l'un dans l'autre, et les yeux contre terre (Astrée, 1614, II, 131) ; Je ne me suis party d'aucun lieu qu'avec un extrême regret du peuple (Tabarin, II, 223, Opusc. Tabar) ; Sylvandre mesme s'en rit comme les autres [Astrée, 1614, II, 437) *.
Inversement, des verbes intransitifs remplacent des verbes aujourd'hui pronominaux: et que vous fie craindrez plus qu'elle répande, vous prendrez tout le dessus du pot (Del. de la Camp., 279-280) ; Meriphile, je naurois pas approuué, ny vostre venue, ny rostre desguisement, si je ne vous croyois assez discret pour en taire... (Cel. et Maril., 100).
Conjugaison sous forme pronominale des verbes transitifs. — La même indécision existe dans certains cas avec des verbes transitifs, ainsi essayer, oublier, remplacés par s'essayer, s'oublier. Je m'essayerai de vous obtenir l'entrée de notre maison (S. Chantai, Let., XXXVII, 45) ; Au reste, je m'oubliai, il y a quelque temps, de répondre à un point d'une de vos lettres, et il me fâcha grandement de ce qu'il étoit échappé à ma vieille mémoire (Ead., ib. CCCLXXV, 532) 2. Nous sommes en un temps où chacun vou-
1. Comparez: Nous assoupissons en tenant les bras croisés (Dub. Mont., P.O., L> : quand, pur manière d'élire, l'incomparable bonheur de me revoir à vos pieds.... se pusse dans mon esprit, incontinent j'attendris et les larmes sont émues (S. Chantai, Let t. I, 5 ; le regret est extrême D"esloigner tant soit peu le sujet t/iie l'on aime Kspad. tai.,38 : vraiment, il nous doit peu importer que les choses temporelles renversent S. Chantai, l.et. CCXXXIX, 347, celui-ci est encore populaire); Je suis marrie que les filles tracassent tant pour la santé de leur supérieure Ead., i6.,CCII|,
•il ; les cheveux hérissent de savoir les désolations et calamités que sou/Jre la
pauvre chrétienté Ead., ib.. CCXV, 311 : C'est ton pouvoir qui préside au combat. C'est lu;i qui met les empires à bas Des tyrans dont la force arme pour F injustice Racan, II. ti'i: cf. auj.: la France arme : Ah ! je pasme ! je meurs ! I<1.. I. 100 : Depuis tint- vous I enez ma franchise asservie, Je n'ai/ (ail jour et nuit (/ne plaindre et soupirer. El semble ({ne jamais je ne doive espérer La /in de mon tourment (jucn la fin de ma vie il<\.. I, 208 : L'on ne me voit jamais </;/<• plaindre
mes douleurs M.. I. 165 : Elle plaint à bon droict Vennuy qui la menace Li . I. 118 : Le soleil quand il éclipse Colin. Théoclée, i<)5).
J. Les âmes (fui se sont totalement abandonnées au soin de la divine l'roviilenee douent, tant qu'il leuv est possible, s'oublier d'elles-mêmes et de toutes choses par ee
continuel regard de Dieu [S. Chantai, Let: GCXCII, 110 : Je me sens pour votre chère âme) un respect et dilection nonpareille, '///< m'empêchera de jamais m oublier de
droit se secouer de son fardeau (Ead., ib. CCCXCVIII, 570 j; Ceux qui sont autour de Sa Majesté... ne s'oublièrent d'aucun artifice (Gar., Mém., 168).
Remarque. — Il faut, bien entendu, se garder de mêler à ces verbes ceux où un se disparaît à l'infinitif, parce que cet infinitif est régime de faire, laisser, voir, vouloir, etc. : Je laisse évanouir tout le souvenir des miennes [mes maîtresses] (Théoph., OEuv., 1641, Let. XXXIX, 155) î.
Cette ellipse se rencontre, même quand plusieurs mots séparent le verbe de l'infinitif : Tous ceux qu'on voit dans l'air et là terre mouvoir (Racan, II, 144).
Substituts du passif. — Les trois expressions de l'idée passive, la soupe est mangée, on mange la soupe, la soupe se mange, sont reconnues et expliquées par les grammairiens (Maup., 195-197, 239- 240; Oudin, Gr., 156-159). Et l'Académie refuse de suivre Scudérv quand il attaque l'expression : Et leurs terreurs s oublient (Corn., XII, 496). Les exemples fourmillent, tout autant qu'au siècle précédent : Elle vous supplie de sçavoir de Mme de Saint Amand, à qui elle s'adressoit, ce quelle (la lettre) est devenue (Voiture, Let. XV, éd. Uz., I, 49); En vérité, lors qu'il m'arrive de penser que je suis dans leur souvenir, pour ce moment toutes mes peines se suspendent (Id.,Let. Ll, *7>.,165)2.
vous devant la divine Majesté (Ead., ib., LXIII, 80) ; ce me sera un gage précieux du souvenir et bienveillance quelle me témoigna dans un détroit, où l'on s'oublie volontiers de toutes créatures (Ead., ib., XXXIV, 41) ; Faites, que ce vrai serviteur de Dieu ne s'oublie point de moi en ses saints sacrifices et oraisons (Ead., CDXV, 598); Je me suis toujours oubliée de vous dire que vous ne me mettiez point: supérieure des monastères, au-dessus de vos lettres Ead:, ib., GLXXXII, 259).
1. Quand leur avis [des sœurs conseillères) se trouvera dissemblable du vôtre, tachez... de les faille joindre à vous (S. Chantai, Let. GGX, 304); Cela est si vrai que Dieu m'a donnée à vous, que vous ne devez jamais laisser ébranler cette vérité (Ead., ib., GGGXXI. 439) ; je désirerois bien que Von laissât reposer au moins un an lés déposées pour se reprendre un peu (Ead., ib., CGGXGIV, 563); Xous attendons la même grâce, car ce bon père ne veut arrêter que par obéissance (Ead., ib., CXXI. 171): Veux-tu que de sa mort je Cécoute vanter (Corn., III, 193, Cid, v. 1720). (Voir Godefroy, Lexique de Corn., II, 186).
Il faudrait voir dans quel rapport est avec cette construction l'usage populaire qui fait dire : je vais promener, quand on ne dira jamais :je promène. Cet usage est ancien ; pourleporter refroidir (Del. delà Camp., /8); puis les mettent achever de cuire, (ib., I 12 .
2. Et, à vostre advis, l'aimeront-ils (le Cl de Richelieu) ou V estimeront-ils moins h cause que de son temps les renies sur VHostel de Ville se seront payées un peu plus tard (Id., Let LXXIV, 229) ; Trois choses sesontpar lagrâce de Dieu, constamment pratiquées (S. Chantai, Let. ,CGCLV1, 495) ; Elle la suit (la communauté en ses exercices fort paisiblement et exactement, et m'assure qu'ailleurs elle ferait le même (Ead., ib., LXXV, 108); Il fallait demeurer comme Vont éloit, puisque c'était par... déclaration expresse de la volonté de notre bienheureux père, dont la pratique s1 et oit constamment gardée (Ead., ib., CXXVIII, p. 185).
Souvent le verbe est suivi du régime du passif : des livides qui se font par les François (Lett. de Phyll., Pp., 232); ceux qui haïssoient monsieur le cardinal se sont convertis par le dernier miracle qu'il vient de faire (Voiture, éd. Uz., I, 234); les nouvelles qui se racontent par la multitude des femmes (Caq. de VAccouch., 9- 10) ; le doux air qui sexale en moy par vostre faveur (OEcon. ou le vray Advis pour se faire bien servir, 1641, V. H. L., X, 1-2); à respondre devant Dieu de tous les degats qui se font dans les cuisines par les profusions inutiles (Dél. de la Camp., 212).