‹ Histoire de la langue française des origines à 1900Chapitre 1 sur 385 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Les pages qui suivent racontent d'abord comment le français de Paris et de la Cour, devenu définitivement la langue de la pensée française et la langue de TÉtat, continua à s'introduire lentement dans les domaines dont il avait été tenu éloigné jusque là par les préjugés, et à s'infiltrer dans les provinces du royaume où dominaient encore des parlers locaux. On expose ensuite comment dans tous les pays du nord de l'Europe le français devint familier, sinon aux peuples, du moins à une si grande partie de la société cultivée qu on put dès lors le considérer comme en passe de gagner le nom et le rôle de langue universelle.

Ce double résultat, — je pourrais dire cette double victoire, puisqu'il s'agissait là d'une conquête emportée parfois malgré des résistances violentes et haineuses, — eût pu, aussi bien que beaucoup d'autres succès moins réels, être considéré comme un des plus purs et des plus grands de ceux qui assurèrent la « gloire du règne » , suivant une expression du temps, et on eût compris qu'il donnât lieu lui aussi à la frappe d'une médaille triomphale : Splendor linguae gallicœ.

La diffusion de la langue française hors des frontières du royaume, qui a fini, dans les premières années du xviii*' siècle, par l'élever au rang de langue diplomatique, a été en effet et sans aucun doute un événement très important de la vie nationale et internationale.

Mais le Roi ne semble à aucun moment avoir senti le prix qu'avaient des avantages de cet ordre. Son ambition, si vaste et si diverse, n'a jamais porté de ce côté ses désirs. Rien dans sa politique n'a été calculé^ aucune mesure n'a été prise, aucune intrigue n'a été menée en vue d'obtenir ce privilège, au point qu'à tout prendre les victimes et les ennemis de la monarchie de droit divin, les réfugiés et les pamphlétaires, ont peut-être plus contribué au résultat que ses ministres, ses agents et ses pensionnés.

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