‹ Histoire de la langue française des origines à 1900Chapitre 130 sur 385 · CHAPITRE V LA « GALLOM ANIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V LA « GALLOM ANIE

Le français et les affaihes. — Le désir d'apprendre le français s'expliquait par des causes de toutes sortes, les unes générales, les autres propres à l'Angleterre, certaines frivoles, d'autres profondes et raisonnées.

A dire vrai, je doute fort qu'on goûtât beaucoup la beauté de notre langue ^ Je ne pense pas non plus qu'on fût très sensible à Targument de Howell, repris par Guy Miège, à savoir que, pour bien posséder son anglais, il était nécessaire d'avoir étudié le français, auquel l'anglais a tant emprunté '^. En ce temps-là on n'apprenait guère sa langue par règles, et on se souciait fort peu d'en connaître les origines.

Mais le français apparaissait comme une langue d'affaires, particulièrement d'affaires politiques. Étant donné les usages de la Chancellerie, les hommes d'État anglais, secrétaires^ ministres et représentants de toute sorte avaient à la lire, à l'écrire, à la parler, ainsi que nous le verrons plus loin. Dans les conférences, il arrivait que c'était celui qui parlait le mieux français qui tenait le rôle principal -K Aussi voit-on les Prior, les Evelyn, les Temple ^, les Granville en user sans effort.

En Angleterre comme en Hollande, paraissaient des Nouvelles en français : Les Nouvelles ordinaires de Londres^ imprimées par

1. Le Chapelain Heylina fail de notre langue un jugement assez favorable (AeU/ion of tujojourneys..., Lond., 1656) : «La langue française est douce et agréable; dégagée de l'encombrement des consonnes, elle coule avec facilité, mais, dans mon opinion, elle a plus d'élégance que d'ampleur, et, faute de mots, a souvent recours à des périphrases. D'ailleurs Taction y joue un grand rôle, et, outre la langue, la tête, le corps et les épaules se mettent de la partie » (dans Ilathery, Des reUtionê sociales... entre UFr. etVAngl., Paris, 1856, 74}.

2. « De toutes les parties de TEurope avoisinant la France, aucune ne Taime plus que l'Angleterre, dont le Langage est tellement formé de Français, que (d'après M. Howell dans son Epitre sur Gotgrave) un Anglais doit nécessairement étudier le Français pour parler un bon Anglais. Aussi n'y a-t-il point à s'étonner que la Langue Française soit si bien reçue ici parmi toutes sortes de gens » [Dict.., pré?., 1679).

3. « Lorsqu'ils furent assemblés chez le comte de Jersey, Saint-Jean, possédant mieux la langue françoise et plus éloquent que Darmouth son collègue, prit la parole » (Mém. de Torcy, 3* partie, Mich. et Pouj., XXXIl, 676). Clarendon, incapable de s'entretenir avec M. de Cominges sans interprète, regretta toujours d'Estrades.

4. Temple n'aimait pas la France ; il donna son bien à ses petites-filles, dont la mère était une Du Plessis-Hambouillet, à la condition que jamais elles n'épouseraient des Françai.^. Son fils avait-il souffert en ménage ?

Dugard, qui se publièrent de 1650 à 1657*, tous les jeudis, en une feuille in-quarto. Il est à croire que les rédacteurs étaient Anglais, car le style présente de nombreux anglicismes^. Or Texposé des motifs ne laisse pas ignorer quelles raisons ont fait choisir la langue française : « J'ay cru, dit Tauteur, que ie ne ferois pas chose désagréable aux nations estrangères, de leur faire part en vne langue qui s'étend et s'entend par toute l'Europe, de ce qui s y passeroit de plus signalé et remarquable » (dans les guerres) '^,

Les faits abondent, qui prouvent qu'un peu partout dans le monde politique on considérait le français comme la langue internationale^. Guy Miège, dans la préface de son Dictionnaire (1679), avait donc le droit de dire... : « Il est maintenant reconnu que la Langue Française est en quelque sorte devenue universelle en Europe, mais particulièrement parmi la société polie^ ».

Il en résultait que plusieurs parmi les plus grands, l'apprenaient sans aucun goût, mais par orgueil, pour ne pas paraître ignorer plus que d'autres une chose nécessaire : Rou en eut à Althrop, dans la famille de Sunderland, une preuve si brutale qu'il n'a pu s'empêcher de nous transmettre ce témoignage de « l'entêtement où se trouve la nation angloise en ce qui est de sa préférence à toutes les autres ». Comme le nouveau précepteur s'excusait devant le comte Robert 11 de son ignorance de la langue anglaise, et qu'il annonçait l'espoir d'y montrer quelque avancement avant qu'il fût peu : « Oh ! me dit-il aussitôt, ce n'est pas ce que j'attends de vous ; c'est au contraire, ce que j'apprehenderois plus que je ne lé désirerois; mon dessein est que tous mes enfants, et principalement mon fils et ma fille aînée, ne parlent que françois avec vous et vous avec eux. » — « Cela est bien glorieux pour la langue françoise, milord, lui dis-je, et... »

1. Ce Dugard fut imprimeur du Conseil 4'État. Il était d'origine française ou Jerseyen.

2. Voir Bastide, o. c, 133 et suiv. La collection à peu près complète se trouve à la Bib. Nat. Henry Muddiman, le journaliste le plus en vue de Tépoque, parlait français, et avait des correspondants en Belgique et en France (Gillet, o. c, 18-9j.

En 1656, la London Gazelle, journal du Gouvernement, eut une édition française : a Gazelle de Londres, dont un sieur de Moranville parait avoir été chargé. Elle paraissait le lundi et le jeudi (V. Bastide, o. c, 161-162). Elle vécut fort longtemps, jusqu'au temps de Guillaume III et de la reine Anne. Le 17 novembre 1668, Samuel PuITendorf y fait mettre une annonce. Il n avait pas songé à la London Gazette qui ne se lisait qu'en Angleterre.

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