De LExcell. de la l. fr
.3. Son discours est dans les Harangues^ discours^ etc., 2* partie, Hruxellcs, Foppens, 1682.329-360.
4. Voir Gharp. : De VExcell. de la L fr,^ p. 3 et p. 11. II est probable que ce discours fait l9 fond du chapitre de ce livre qui commence à la page 745.
5. « Le Sieur Charpentier qui estoit le Promoteur de l'afTaire, ne manqua pas d'y apporter les traductions courtes et fidelles, dont le pauvre Ausone de la basse latinité fust la victime. Ce méchant Latin contribua beaucoup à la beauté de son François, par la raison qiril est aisé de parfaire ce qui est imparfait ; d'où vient que personne n'entreprend de traduire Virgile sans témérité, parce que sa beauté est autant dans Tordre et dans la pureté de ses mots et de ses cheutes harmonieuses, que dans le grand sens qu'elles comprennent. Le discours enfin finit, et personne ne changea de sentiment ; le Père Lucas présent à sa cause dans une si docte Assemblée, ne pût retenir ces mo\A : Sententiam non mulOj et un sourd applaudissement des Auditeurs, favorable au R. Père Jésuite, fit connoistre l'avantage et l'heureux succez qu'il en emportoit; on vitmesm^ pendant tout le discours, l'Auditeur obstiné contre le nouveau Système. On appercevoit que les deux Orateurs de la langue Françoise n'estoient pas persuadez de ce qu'ils vouloient persuader aux autres. Ils tàchoient de cacher le défaut de leur cause^ soutenus par des figures, par les délicatesses de la langue, et par un ton declamateur. Leur feu venoit plùtost de la présence de Monseigneur Colbert, qui les entendoit avec plaisir, que de la bonté de leur cause qui les abandonnoit au besoin. Ils interessoient à chaque période la gloire du Roy, comme si elle dépendoit d'une langue si bornée ; ils ne prevoyoient pas que par de bonnes intentions, ils alloient obscurcir les actions éclatantes de Louis le Grand, et renfermer dans le» limites de la France, ce qui doit estre porté et entendu à l'un et à l'autre pôle...
m On voyoit enfin que c'estoit un complot des Sçavans pour amuser le tapis, puis qu'ils ostoient à la langue Latine sans scrupule, ses plus grands privilèges et incoiitestez depuis seize siècles, pour les communiquer à une langue qui naist, et qui meurt tous lesjours... les Calons de cette docte Académie... demandent à voir une Inscription Françoise de leur façon, qui fera la preuve autentique de ces longs raisonncmens, qui tombent souvent par une simple objection. » (Santeuil, Œuv.^ 2* éd., 1698, II, 34-35-.
iO HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE
ni Lucas n'étaient convertis, ces sortes de colloques n'ont jamaisconverti personne. Aucun des deux pourtant ne revint à la charge.
Étranges conversions. — 11 y a plus. Dans le récit auquel nousvenons de faire allusion, et qui doit être postérieur de trois ans environ, Santeuil ajoute : « Cette dispute ne me regarde pas. » Etrange parole dans une telle bouche ! Mais elle est suivie d'un reniement plus étrange encore : « Je n'ay fait les miennes (mes inscriptions) en Latin, qu^à cause que j'ay veu que partout dans Paris et dans le Royaume les Inscriptions de cette nature, et qui ont esté faites par les plus grands Personnages de ces temps-là, sont en Latin ^ . »
Le P. Lucas ne fut pas en reste. Lui aussi, à une date que j'ignore malheureusement, chanta la Palinodie- !
Ceux qui ont signalé ces repentirs, comme M. Rance, allèguent que Lucas était un tout jeune homme et s'était laissé aller dans sa harangue. Le Mercure estime qu'il montrait son esprit en soutenant tour à tour le pour et le contre. La vérité, selon moi, est tout autre.
Dès juin 1676, des lettres de Paris avaient appris à l'Académie d'Arles, que « le roy veut et entend que toutes les inscriptions de- Tare de triomphe qu'on élève à la porte Saint-Anthoine soient en langue françoise ». Ce suffrage royal, ajoute la note, décide la chose ^. Or on lit ailleurs, darns le Registre de la même Académie : « M. lesecrétaire reçoit un pacquet de Paris avec les lettres de M. Charpentier et de Roubin, par lesquelles on donne advis à l'Académie des intentions de S. M. touâchant les inscriptions et qu'il est certain que toutes celles de l'arc de triomphe seront en langue françoise*. »
Depuis lors on avait controversé. Colbert, ému peut-être par l'opposition qu'il rencontrait chez certains membres de l'Académie même ', avait consulté, et prolongé le débat, après l'avoir provoqué. Mais la cause entendue, il avait sans doute rendu son jugement, et tout le monde non seulement l'acceptait comme un ordre, mais, voulait n'avoir jamais eu d'autre avis.