DEPUIS L EXTINCTION DES DUCS DE BOURGOGNE
Du Vivier y publia ses Synonymes (1544), Gauchie, deux éditions de sa Grammaire (1576 et 1578) ^
La célèbre maison Plantin ne dédaignait pas de travailler pour les écoles de français. En 1557, elle avait publié l'important Vocabulaire français- flamand^ de Meurier « Aux frais de Tauteur », et en 1558 les Colloques et les Conjugaisons du même. En 1561, elle édita un vrai livre scolaire de lectures françaises. Une préface très curieuse marque bien le caractère et la destination de cet ouvrage qui n'est autre que le premier livre d'Amadis de Gaule, « mis en François par le « signeur des Essars, Nicolas de Herberay... » publié à cette date à Anvers par Ghr. Plantin, avec privilège du Roi du 7 octobre 1559. Quelque surprise qu on puisse en éprouver, la préface est adressée à « tous ceus qui font profession d'enseigner la langue françoise en la Ville d'Anvers... » En voici le début : « Comme, a bon droit, celui pomroit être repris, Messigneurs, de mal employer son tems, qui se voudroit amuser à prouver vne chose de laquelle nul ne douteroit : aussi m*estimeroi-je digne de reprehension, si ores que je m'adresse à gens fort bien entendus, je m'entremettois de vouloir raconter ou écrire quelque chose de l'vtilité, qui peut être en la vraye connoissance de la langue Françoise. Car non seulement vous, et toutes gens d'autorité, mais la plus grande partie du vulgaire mêmes la tient ores en tel honneur que chacun désire la faire par vôtre moyen apprendre à ses enfans. Parquoi, pour aucunement vous être en aide, faisant le deu de mon art, je vous ai voulu imprimer les Liures d'Amadis de Gaule : équels, par la confession de tous ceus qui les ont leus, et l'élégance, douceur et facilité du langage François autant bien comprinse qu'en liures quelconques qui ayent esté encore, mis en lumière. Ge que j ai fait, considérant en partie, la cherté desdits liures, et l'incommodité de toutes les formes équeles ils ont été imprimés jusques à présent, qui n'étoyent commodes pour l'étude de la jeunesse. Léquelles choses ont jusques à présent été cause qu'vn tas de quatre 6s Aimont, Fierabras, Ogier le Dannois, et tous tels viens Romans de langage mal poli ayent été continués en vos Ecoles : les pères ne voulans dépendre l'argent pour acheter liures de si grand pris à leurs enfans. Ghose fort dommageable à tous ceus, qui voulans apprendre ladite langue Françoise, con-
1. Stcn^el, n'> 21, n. 1 et n"* 24. II est facile, à raidc de cet ouvrage et de la liste des Dictionnaires donnée par Beaulieux dans les Mélanges Brunot^ de faire le catalogue de ces manuels .
Histoire de la Langue française. V. 14
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somment leur tems à la lecture de tels Auteurs : encores qu ils ayent été assés bien faits de leur tems. Mais pour cétui-cy, auquel ja fleurît la pure élégance des langages, il ny a celui, pour peu versé qu'il ait [soit] es bons Aucteurs François, qui ne les juge auoir quelquefois la diction et (presque tou-jours) Tordre des mots fort rude et mal ajancés. Parquoi je ne doute que tous dVn accord ne confessiés librement telles lectures être plutôt retardement à la jeunesse, voulant s'acquérir la droite et naïue conuoissance de la Françoise manière de parler, qu'auancement : veu qu'ayans perdu beaucoup de tems en icelles, il leur conuient par après oublier et desaprendre vne grande partie de ce qu'ils y ont appris... * » Ainsi la célèbre maison, dont le Dictionnaire flamandfrançais-latin (1573) est considéré comme l'acte d'émancipation du néerlandais, ne servait pas moins intelligemment les écoles françaises.
Il ne faudrait pas croire du reste, que le français fût considéré comme une langue de luxe, il avait un caractère de haute utilité. M. Riemens croit même être assuré que, dans les écoles où on renseignait fréquentaient surtout de futurs commerçants. La chose paraît très vraisemblable. Il n'est que de regarder comment sont faits les manuels. A la suite de la grammaire publiée chez Plantin se trouve « certain autre petit traicté contenant... missives, obligations, quictances,louaiges, lectres de change, d'asseurances, etc.. - » On comprend aisément du reste les services que le français pouvait rendre dans la vie pratique. Autrefois tout le commerce extérieur avait été représenté dans les Pays-Bas par des marchands hanséatiques ; le flamand, dialecte de plat allemand, avait été alors d'une grande commodité ; mais depuis que des marchands haut-allemands avaient remplacé les premiers, il ne pouvait suffire aux relations. A Anvers, pour un trafic cosmopolite, le français était presque de nécessité -^
Ces quelques faits expliquent, sans qu'il soit besoin d'y insister davantage, que le développement du français aux Pays-Bas pendant les derniers temps de la vie commune, malgré lexti notion de la maison de Bourgogne, ne s'était pas arrêté. Peut-être même, dans
1. Là-dessus, Plantin annonce que s'il se voit favorise par les maîtres, il imprimera les histoires vraies comme les feintes. BibliofiUa^ anno V, 1903, disp. S^-i" ; art. de Vaganay, 76-78.
La seconde partie des Dialogues François pour les jeunes enfans est adressée « Aux prudens et experts maistres d'écolles et tous autres qui s'cmployent à enseigner la langue françoise »> (Rooses, Plantin, 21).