D'Estrades, LetL, Mém., 1719, II
b. Lionne à Pomponne, 2 mai 1670 : « La meilleure Justification que M. Van Beuniug pourroit donner icy pour prouver qu'il n'a aucune part a toutes les insolences cl impertinences du gazetier d*Amsterdam qui ne servent pas a adoucir de deçà les aigreurs, seroit que comme il a toute Authorité comme bourgmaistre d'Amsterdam sur ledit gazetier, il s'en servit ou a supprimer tout d'un coup tout son travail, ce qui seroit bien le mieux, ou a régler au moins sa plume eu sorte qu'il n'oiYensast plus des personnes dont le moindre clin d'oeil a des officiers de guerre pourroit le faire rouer de coups de baston et maltraiter aussi ceux que l'on soupçonneroit de le souffler toutes les semaines, et si ce desordre scandaleux continue, je ne responderai pas de ce qui arrivera » {Aff. Etr.^ Holl., Corr., 90, f» 168; cf. 17 juill. 1670, Pomp. à Lionne, //>., f» 258).
A la même époque Wicquefort était fortement soupçonné d'être un des informateurs des gazettes. Pomponne écrivait à Lionne, le 3 juillet 1670 : « le S' de Vicquefort, pagne les pensions qu'il lire de toutz ceux qui luy en veulent donner autant en France t|ue dans le Nort, l'Angleterre et l'Allemagne, par des gazettes qu'il compose touttes les semaines, et j'ay beaucoup lieu de croire que les impertinentes nouvelles de France qu'il se debbitent sy souvent dans les villes de ce pays ont souvent cette orijrine... En cas que vous jugiez a propos d'en cslre instruit, on peut. Monsieur, en tirer adroUemenl Vesclaircissemenl à la poste ; ses paquets pour France s'adressent àu S' Justel, secrétaire du roy, et ceux que Von luy adresse de Paris a M. Lambert Van ^oten » (la partie soulignée est chifTrce) {Aff. Etr., Holl., Corr., f° 244). Et la chose est des plus vraisemblables ; car J. de Witt écrivait à Van Beuningen, le 6 janvier 1667 : « Le Correspondant dont je vous ai parlé dans ma lettre du 23 Décembre est M. Wicquefort, ou son Homme de Paris, que je ne connois pas. M. Wicquefort continue à fournir toutes les semaines à Leurs HH. PP. une espèce de Gazette écrite, qui contient tout ce qui se passe a la Cour de France » (JMt. et nég. de J. de Witt.^ IV, 2).
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songer à la conséquence de ce qu'ils publient. * » Ou bien on faisait finement valoir que du jour où les Etats commettraient quelqu'un pour examiner ces sortes d'écrits, le « magistrat seroit en ([uelque sorte responsable de toutes les nouvelles, au lieu qu'un seul particulier, de nulle considération, en fût coupable''^ ». Le caractère fédératif de la République leur permettait aussi d'alléguer leur impuissance ^ ; la seule chose qui leur fût loisible était de demander aux magistrats locaux de faire justice ^. Cependant ils punissaient aussi, pour la forme surtout, en suspendant le journal •', ou en le faisant suspendre quelque temps. On vit même brûler des livres, par exemple VHistoire du comte de Guiche (1667), eiVHistoire du Palais-Royal.
A certains moments, la France employa contre les libelles des moyens que les ministres devaient croire plus adroits, elle les acheta. Un des Elzevier, Daniel, joua dans ces affaires un rôle d'indicateur et d'agent. En 1668, Joly, secrétaire de Groissy à Londres, avait acheté à Utrecht le manuscrit et les 1500 exemplaires de VHistoire de Madame, Daniel Elzevier les reçut et les brûla. L'année suivante, il obtint mieux encore. Praslard fut envoyé à Amsterdam, et là les autorités donnèrent ordre aux libraires de lui livrer les livres condamnés, moyennant paiement ^. Les Conseillers députés,
1. J. de Wilt à H. de Lionne, 10 janv. 1669. Aff. Etr., HolL, Corr., 89, f« 15.
2. Pomp. à Lionne, 10 juill. 1670. Aff. Elr., HolL, Corr., 90, f» 251 v.
3. Wicquefort à Lionne, La Haye, 10 janv. 1669 : « J'ay veu dans une lettre que Ton escrit a M. de Witt au sujet de l'insolence du gazettier d'Amsteixlam que l'on désire que M" les li)slats généraux en teinoigrnent quelque ressentiment : mais cela n'est pas en leur pouvoir. Leur souveraineté ne s'estend que sur les païs conquis et associés, et les cstats des provinces sont souverains chez eux : tellement qu'il n'est pas au pouvoir des Ëstats généraux de faire arrester ou punir un homme icy a la Haye... h {Aff. Eir.. Holl., Corr., 82, f» 19).
I. D'Estrades au Roi, 3 juin 1666 : « J'exécuterai ponctuellement tout ce que V. M. me fait l'honneur de nvordonuer, et, après avoir eu la réponse du sieur de Witt sur ce qui regarde ce Génois qui continue à faire des Gazettes contre les intérêts de V. M. et contre sa personne, j'en porterai mes plaintes à Messieurs les Etats et poursuivrai le châtiment. Mais... il faut que j'aye de quoi le convaincre en Justice,... car les Etats Généraux sur un tel fait ne peuvent qu'écrire au Magistrat d'Amsterdam de faire justice d'un tel sur une telle plainte »» (Leit. mém.^ IV, 255).
5. J. de Witt envoie à Hug. de Lionne, le 10 janv. 1669, la traduction d'une sentence : « Messieurs de la Justice d'Amsterdam ont interdit et défendu, interdisent et défendent par les présentes a Corneille Janss ZwoU d'imprimer les nouvelles ou Gazette françoise ny faire imprimer directement, ny indirectement pendant les premières quatre semaines consécutives. Fait a Amsterdam le 4* janvier 1669. En la présence de l'Escoutette et de tous les Eschevins, et estoit signé Henry Spiegel. secrétaire ». [Aff. Étr., lIoU., Corr., 89, f*»17). Cf. une dépêche de Pomponne à Lionne, 26 juill. 1670, rapportant qu'on a suspendu depuis huit jours la Gazette d'Amsterdam (Aff. Etr.. Holl., Corr., 90, f« 274).
6. Hisl. amoureuse des Gaules (de Bussy-Rabutin) : Hist. du Palais-royal ; Hisl. du comte de Guiche, tant en français qu'en flamand ; Vie de M""" de Brancns ; La déroule des filles de joie ; Le Parnasse satyrique ; La Lupanie ; Mémoires des dames galantes de Brantôme, etc. (Willems, p. ccxlviii-cclii ; d'après Ravaisson, Arch. de la Bâsl.)
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qui gouvernaient dans Tintervalle des sessions, ordonnèrent de plus aux bourgmestres de faire défense de les réimprimer à l'avenir. Maison eut beau mettre en campagne l'intendant de Lille \ comme le faisait avec raison prévoir Daniel Elzevier, il ne servait de rien de saisir en Hollande ni en Flandre ce qu'on pouvait se procurer à Liège, ou à Cologne, ou à Francfort ^.
Au reste, autour des années de la Révocation, la guerre de plume reprit de plus belle aux Pays-Bas, soulevant toujours à Versailles les mêmes colères. Sagement, Seignelay estimait qu'il ne fallait pas s'en occuper •^. Louis XIV et sa police continuèrent à agir ou à essayer d'agir^. En 1679, sur une plainte du comte d'Avaux, les Etats généraux firent défense absolue de publier des journaux français dans la province de Hollande. Le 3 août 1680, le 20 nov. 1681, le 16 mars 1683, sur une nouvelle plainte, appuyée cette fois par l'Angleterre '^y Tordonnance fut renouvelée. Elle n'eût pas eu besoin de Tétre, si elle avait été observée. Il en fut de même des mesures qui suivirent. Le 21 février 1686, les États généraux défendirent encore d'imprimer ou de faire imprimer aucun journal français, sous le nom de Courantes, Gazettes, Gazettes raisonnées. Nouvelles choisies. Lardons ou autres ^. Défense également — d'Avaux avait été assez heureux pour obtenir cette prohibition — d'imprimer ni de vendre aucun livre ou mémoire où il fût question de la Révocation de redit de Nantes. En 1686, 1687, 1691, les États confirment cette décision. C'est encore une preuve que celle-là aussi avait été sans effet.
De temps en temps, un malheureux dont on pouvait s'emparer expiait l'audace de tous, tel ce Chavigny de la Bretonnière, qui avait commis l'imprudence de rentrer en France, et qu'on enferma à la Bastille, puis au Mont Saint-Michel dans une cage de bois '^^ ou encore Sandraz de Courtilz, dont nous avons déjà parlé ^.
1. Voir une lettre de Louvois à Le Peletier, dans Croquez, La FI. wall. s. Louis XIV^ pièce just., 21*.