Id., ib
4. Sur la liste des réfugiés à Magdebourg, figure, à la date du 31 décembre 1710^ le nom de François Bertrand de Montpellier, maître, originaire du Languedoc (ToUin, o. c.,II, i02). Différentes attestations, signées par des notables de la ville, témoignent qu'il a enseigné le française leurs enfants avec profit. C'est pourquoi le 4 octobre 1697, il obtient un privilège princier d'exercer son métier de maître de langue (Id., ib., m, 1» p. G., 785-786). Un autre Montpelliérain, Louis François Bertaud, était établi  Magdebourg, dès 1692. 11 sera plus loin question de Francke et de son école de Glauchau. A Worms, la colonie wallonne avait obtenu en 1699 l'autorisation d'en^ seigner le français (Dorfeld, o. c, 7), etc., etc.
privés ! Que de jeunes gens destinés par exemple au ministère, qui, en attendant, se servaient de leur français pour se nourrir !
Au reste, à défaut des maîtres qui enseignent, on peut du moins compter les maîtres qui écrivent. Or de 1660 à 1715, le seul catalogue de Stengel en contient 59 diflTérents (dont six ont gardé l'anonyme). Et il en faut ajouter d'autres ^ Si on défalque du total quelques-uns de ces auteurs, qui enseignaient dans d'autres pays que TAllemagne, tout en se servant des presses allemandes, il en reste une cinquantaine qui ont produit des grammaires proprement dites. En ajoutant les compilateurs de dictionnaires, et les auteurs de dialogues, de manuels épistolaires, d'exercices, etc., on constate que la production pédagogique était déjà extrêmement considérable et qu'elle n'a pu l'être que si la clientèle était étendue.
Les Allemands en France. — Enfin, il demeurait d usage, ne l'oublions pas, de compléter sur place l'enseignement reçu en Allemagne. Préchac, dans V « Illustre Parisienne », nous montre les princes et les cavaliers attendant impatiemment la fin de la guerre, qui les empêche d'envoyer leurs enfants à Paris. Cette vision de roman ressemble fort à un tableau d'histoire. Les étudiants continuaient à aiHuer d'Allemagne.
Des livres qui leur sont destinés ne cessaient pas de paraître, pleins de recommandations de toutes sortes, à Tusage de ceux qui s'en allaient. Les unes concernent la vie, les hôtels, les autres l'usage à faire de son temps ^. Or il est visible que c'est l'acquisition de la langue qui demeure le but principal du voyage : 11 y en a, dit Louis du May, qui en rapportent simplement « la délicatesse affectée des Anglois, la mode changeante des François », qui reviennent « chargez de Rubans en leurs habits, de Manchetes en leurs Jambes, et de Napes en leur col. » Ceux-lk feraient mieux de rester dans leur village. Ce qui est nécessaire, c'est d'apprendre « à connoistre les Nations..., imiter ce qu'elles ont de bon, et éuiter tout le reste. » Un point important, c'est d'apprendrp les langues étrangères, <c qui sont tellement nécessaires aux personnes de commandement 3. »
A Paris, comme dans toutes les villes où ils avaient l'habitude de venir, leurs maîtres ordinaires leur donnaient des cours et leur fai-
1. Ainsi Bondaz, auteur d*une grammaire, parue à Munich, en 1665, qui se trouve à. la Bibliothèque de l'Université de Fribourg, n« 52382 ; Kolhans, auteur d'une Grani' matica Gallican imprimée à Cobourg, en 1667, que je possède moi-même, etc.
2. A la suite d'une grammaire anonyme de 1667 (Stengel, n* 127), figure une Instruction morale d'un Père à son Fils, qui part pour un long voyage.
3. VEstai de VEmpire..,^ Paris, 166(>, in-12, p. 5-6 ; cf. p. 11.
L EÎÇSEIGXEMENT D13 FRANÇAIS ' 319
saient des manuels. C'est ainsi qu'on s'explique que certains livres, publiés en France, soient encore rédigés en latin. Ils étaient destinés à des étrangers qui ignoraient le français, mais avaient déjà une «culture classique. Ouvrons par exemple J. Delaunay, Lin^uœ gaU iicx tyrocinium (Aureliœ, ap. ^Egidium Hotot, Typographum, 1662). C'est un livre pour la « nation d'Allemagne. » La Dédicace s'adresse à tous ses dignitaires : procura tor, questeur, assesseur, bibliothécaire, et aussi aux simples membres *. Il serait même fort curieux d^étudîer le» dédicaces de tous ces livres et de faire, à l'aide des noms qui y sont énumérés dans les divers ouvrages, un catalogue non des élèves qu'ont eus les maîtres de français — les données seraient ridiculement insuffisantes — mais des élèves baut titrés dont ils ont cru pouvoir se recommander 2.
1. Nobil. ornatissimoque || D. de Boesman Leodîensi || Inclytœ NationisGermanicœ in II Académie Aurelianensi resi || dentis Procuratori || Nobiliac sirenuo D. de Lindik .Brrxellensi, — 1| l. N. G. Quaestori, NobiKss. Doclissimoque Domino || Pletlenberg Hamburgensi || i. N. G. Adsessori |[ Nobiti ac generoso Domino || De CharnevXf Léodicnsi || et || Illustri ac Generoso Domino || De Lassow Dafto, || Bibliothecœ Prœfectis, Il Gœterisque nobilinsimis ac Illustrissimis toiius || I. N. G. Senioribus^ Exofficiariis,
«c Ciuibus.
2. C'est pour en montrer l'intérêt que j'ai donné ici quelques listes de noms qui seraient à commenter et à compléter. Voici à titre de spécimen, ceux queSpalt cite en lète de sa Destrnctio Favi (1623) :
Principem Jean George, Marchionem Brandeburgensem
niiusinspectorem Georgium Pflug
ejusdem Principis studiorum formatorem. Georgium Franc. D. Théologie.
Henr. Ludovicum Comiiem à Nassaw.
Jul. 1
Ernestum > Comités ab Hardeck.
Henricum )
■Georgium Fridericum } r^ t . r^ ,
H. Albertum \ G«n't«<l« Ca»*»-
Pfttrum Christoph. Schenck. lib. Bar. in Trautenberg.
Petrum Spare, illustrem Suevunx, etc.
Ex Bohèmiea NobiliUle.
Adamum Godofr. Berckam ) liberos
Bohnchwaldum Junior. Berck ) Barones. Wenceslaum Simirzicium.
Ex Aastriaca nohilitate.
-Johannem Ludovicum Wotzogen, Bar.
— Wilhelmum Kuffsteiner, — .
Ferdinand Federicum Ganger, -
Wolfgangum Ulricum von Kanitz.
Henricum Starschcdel.
Ph. Ernestum à Ramin, etc.
Christoph. Ernestum a Pritwitz.
Johannem Cetritz.
Henricum à Pfeil.
Jobst Fridigk.
Weslel von Podelschwing.
Hotgcrum \ ^ ..
Oolhardum \ K^^"^'^' e^^'
Ex Saxonica.
Ex Silesiaca.
Ex Wesiphàlka
On venait aussi d'Allemagne dans des pays de langue française^ qui n'étaient pas encore rattachés à la Couronne, comme la Lorraine et la Franche-Comté. A TUniversité de Dôle, fondée depuis 1423, mais où les Flamands étaient si nombreux qu'ils s'érigèrent en nation en 1651, les étudiants allemands étaient reçus, et il en arriva de Fribourg, Cologne, Spire, Miinster, Ratisbonne, etc. *.
La carte qu'on pourrait dresser des localités dans lesquelles ont été publiées des grammaires, permettrait de voir qu'il parut des manuels un peu partout, jusqu'au fond de l'Allemagne. On en signale à Cologne 2, Francfort 3, Hanau ^, Tûbingen ^, Bâle 6, Osnabruck "7, Cassel ^, Cobourg ^, Gotha^®, Baireuth^^ Onolzbach*', Nuremberg*^, Ratisbonne^*, Munich^»», Brême^^, Altona*^, Ham-
Ex Francica orientali.
Johannem Ericum \
Ërneslum f a Munster.
Albertum à Thûngen, etc. ;
Ex Danica, quœ nnica te hucusque fovit^ nec ifioideo, dequeea reverenier et cogitOy loquorque.
Magnum Seestet.
Janum Bille.
Henricum } .
Franciscum \ R""»»^»»»-
Ex Rhenana.
Johannem Georgium a Sickinfren.
Ludovicum Gothofredun ab Hatstcin, et cœt.
1. Voir Longin, La ^at. flamande à VUniversité de Dôle (Bull, de la Soc. d'agric. se. et arts de la Haute-Saône, 1891, 59 et suiv.).
2. 1693, Martin (Stengel, n» 203) ; — 1704, Baucourt (St., n» 236) ; — 1705, De Flans (St., n* 237) ; — 1706, De Laudase (St., n» 243) ; — 1708. Herbau (St., n- 2451.
3. 1670, A. G. M. (St., n» 135); - 1670, D[e] D[ampierrc] (St., n» 136) réimpr. jusq. 1732 ; — 1670, Parival, Dialogues (St , p. 49, n. 1) souvent réimprimés ; — 1673, Sprenger (St., n» 145) ; — 1685, De la Fayolle (St., n» 178) ; — 1696, Anon. (St., n» 208) ; — 1699 (?) De Veneroni (St., n» 225) ; — 1701, Bcsel (St., n» 230) réimpr. 1702 et 1718 ; — 1715, Anon. (St., n- 259) réimpr. jusq. 1760.
4. 1670, Preye (Abrah.), (St., n« 139) ; — 1674, Dhuez (Nath.), (St., n- 1Î8) nombr. réimpr. jusq. 1699.