‹ Histoire de la langue française des origines à 1900Chapitre 288 sur 385 · CHAPITRE X LE REFUGE · texte numérisé non relu

CHAPITRE X LE REFUGE

Généralités. — Il est hors de discussion que Tarrivée des protestants français a contribué à jfamiliariser TAlIemagne avec nos façons de vivre, de travailler et même de penser. Mais je n'ai ici à m'occuper ni de nos arts ni de notre industrie, ni même de nos moeurs ou de nos manières, mais uniquement de notre langue. Que gagnat-elle à cette émigration, tel est le problème que je voudrais essayer sinon de résoudre, du moins de poser avec quelque exactitude.

L'accueil qu'on fit aux nouveaux venus dépendit des dispositions des Allemands, qui étaient, bien entendu, fort différentes, allant de la plus franche sympathie à Thostilité la moins déguisée. Elle dépendit tout autant des réfugiés eux-mêmes, de leur caractère, de leur attitude, de leur savoir-faire, et sans doute aussi de leur valeur intellectuelle ou économique. C'est pourquoi aucune réponse exacte ne saurait être générale. C'est tout au plus si après des recherches minutieuses on pourra arriver à savoir quelle place tinrent les réfugiés dans une ville. Encore faudra-t-il soigneusement distinguer suivant les générations^ car la première se considéra jusqu'à Rys-

1. Voir Ch. Weiss, Histoire des réfugiés proieslants de France, 1853, 2 vol.; £nct/clopédie des se. reliff., art. Les Églises du Refuge, par F. de Schickler (imprimé A pari chez Fischbacher, 1882, 8*>). Surle Refuge dans les divers États, voir Erman et Reclam, Mémoires pour servir à l'histoire des réfugiés françois dans les États du Roi de Prusse. (Berlin, 1782-99, 9 vol. 8*>. Les tomes 7-9 sont d*Erman seul) ; £. Muret, Gesch. der FranzÔsischen Kolonie in Brandenburg-Preussen. Berlin, 1885, 4° ; F. H. Brandes, Der grosse KurfÛrst und die Huguenotlen (dans Geschichtsblàtler des Deulschen Hugenotten Vereins, t. XI) ; G. Pages, Les réfugiés à Herlin, d'après la correspondance du comte de Rébenac, 1681-88 (Bull, de la Soc. Hist, prot. fr., 1902, p. 1)3 et s.) ; R. Béringuier, Die Colonie Liste von 1699, Berlin, 1888; Tollin, Gesch. der franzôsischen Colonie von Magdeburg, 1886,3 vol. (le 3* vol. en 3 parties) ; Id., Das Bûrgerrechi der Hugenotten zu Frankfurt a. d. Oder (dans Geschichtsbl&tter des Deutschen Hugenotten- V ère ins, t. VI); A. Schôttler, Die franzôsische Kolonie in Mûncheberg (même recueil, t. VII) ; Wittgen, Landgraf Friedrich II von Homburg und die Hugenotten [Ib., t. XI) ; Bonet-Maury, Die framôsisch-reformirte Kirche zu Emme» rich (ii)., t. VU) ; Paret, Gesch. der reformirten Gemeinde Càrnstadt (Ibid.,i. VII); F. Walter, Sektenniederlassungen in Mannheim unter Karl-Ludwig (dans Mannheimer Geschichtsblaetter, 1901) ; Id., Eine Pf&lzische Hugenotten- Kolonie (Ib., 1903) ; Berger, Zur Gesch. der Hugenotten.., in Hessen-D&rmsiadt (dans Hessenland, 1903, n" 15-20); Brandes, Hugenolten-Kolonien im Fûrslenthum Lippe (Gesch. bl. des d. Hugenotten- Vereins, t. V); Id. ...in Braunschweig (/!>., t. VI) ; Tollin, Die Hugenotten amHofezu Lûneburg (//>., t. VIII); W. Stieda, Die Hugenotten Kolonie in Mecklemburg [Jahresbericht der Verein» f. Mecklemb. Gesch., t. 61).

w^ick, comme en séjour, et vécut à part. On montre encore à Friedrichsdorf, ce village resté tout français de langue presque jusqu'à nos jours, la première maison construite par un Français. Elle ne date pas de la Révocation. Ni les pères ni les enfants n'apprenaient Tallemand. Le pauvre troupeau attendait en priant dans la misère d'un abri provisoire, le rappel du pasteur, jusqu'au jour où il parut certain que Dieu avait cessé de l'inspirer, et que sa volonté restait inflexible. Dans ces conditions je prendrai un exemple, celui du Brandebourg.

Le français en Brandebourg. Avant 1685. — Le Brandebourg était un des États allemands où on s'était mis le plus sérieusement à voyager pour apprendre. Depuis fort longtemps il était d'usage d'y étudier la France et le français. Dès le xv« siècle, l'électeur Jean le Grand avait chargé Jean Cario d'enseigner les langues modernes à son fils Joachim, le « Nestor germanique » (*]- 1535), de sorte que ce dernier pouvait répondre aux étrangers sans interprète. A Cologne sur Sprée, qui devint un des quartiers de Berlin, Philippe Hainhofer raconte qu'il trouva autour de 1617, une société qui savait converser en français et qui avait abandonné l'usage des buveries forcées, pour se mettre davantage » alla franceze ». C'est à un Dohna de la branche prussienne, Fabian, que Henri IV faisait ce magnifique compliment de le présenter à sa femme en demandant : Le prendriez-vous pour un Allemand?

Au temps où Chappuzeau parcourait l'Allemagne, il avait noté qu'un certain nombre de hauts fonctionnaires étaient familiers avec notre langue, ainsi à la cour de Mersebourg, M. Briquer, gentilhomme de la Chambre ^ Il remarqua aussi les deux filles du baron deSchwerin, premier ministre d'État, gouverneur en chef des deux princes Charles et Frédéric de Brandebourg, la baronne de Blumenthal et la comtesse de DœnhofF. Il emploie à leur propos son expression favorite, savoir qu'on les eût cru « nées aux portes du Louvre ^. » Ch. Patin fut heureux de retrouver à Berlin le conseiller de l'électeur, Seidel, dont il avait fait la connaissance en France ^. Des Français d'origine étaient attachés à la Cour, M. Battier, par exemple, très intelligent en matière de finances *.

Frédéric Guillaume, remarié en 1668 à Dorothée de Holstein-^

Page 1