HISTOIRE DE LA UINGIE FRANÇAISE
Glûcksbourg, prit comme gcravemenr des entants issus de cette union, d*abord Claude Du Bellay d' Anché auquel on adjoignit après la naissance de Chrétien Louis (1677), son neveu, Louis de Maroonnaj ^ Son fils le prince Frédéric, marié une première fois à Elisabeth Henriette de Hesse-Cassel {-f 1683), arait donné pour gouvernante à sa fille, Louise Sophie Dorothée (néeen 1680), M^ d'Ii^enheim, dont la famille était origfinaire de Metz ^ et fit «a Prusse une belle fortune. Le pasteur de TÉglise française de Berlin, fondée treize ans avant la Révocation 3, David Fornerod, avait publié un Catéchisme dédié à Afsgrrs les Princes etMds les Princesses de la famille électorale de Brandebourg, ce 11 faut, observent MM. Erman et Reclam, que Tusage du françois ait été dès lors très commun à la Cour, pour que Ton ait composé un Catéchisme dans cette langue pour Tinstruction des enfants de la maison électorale » (o. c, III, 349).
L*élite du pays avait, comme les Princes, reçu une forte éducation française : « La plupart des premières charges de rÉtat, écrivent les mimes, étoient remplies par des hommes qui avoient perfectionné leur éducation par le séjour qu'ils avoient fait en France ; presque tous les Ministres de rÉlectenr parloient et écrivoient le françois avec une él^ance dont les archives des divers corps de la nation offrent des preuves sans nombre. Il paroît donc que la langue françoise étoit dans ce temps (vers 1680), la langue du beau monde, et il étoit naturel qu'elle le fat, puisqu'elle avoit acquis un degré de perfection dont aucune autre n'approchoit encore et qu^elle étoit presque la seule dans laquelle on eût écrit des ouvrages propres à plaire à tous les ordres de lecteurs *. »
Une première émigration de calvinistes amena en Brandebourg une colonie, dès avant la Révocation. On cite des pasteurs, Fornerod, dont nous avons parlé, Jacques Abbadie ^. David Ancilloa,.
1. En 1678, dans les Registres de TÊglise cathédrale, on trouve mention de FVédfrie Guillaume Passa de Segond comme GonTernear des princes (Erman et Reciai% 0. c, III, 50).
2. Jean d^Ingenheim avait été avocat à Metz. Après sa mort, en 1673, sa veuve se réfugia a^yec les siens à Berlin, oùekle mourut en 1090. Sa Ûlle « la grecque »« doni il est question ici, accompagna son élève, lorsque celle-ci épousa Frédéric, landgrave de Hesse-Cassel, puis, après la mort de la princesse, retourna à Berlin, où elle mourut à 82 ans, en 1734. (Test la sœur de Daniel dont il a été question plus haut.
3. Cette église avait été fondée par TÉlecteur, le 10 juin 1672 (Voir Muret, Gtch. dtr fr.y Kolonie in Brandenbarg-Preussen^ Berlin, 1885, 4», 7 et n.J.
4. 0. c, IV, 17. Des hommes qui jouèrent quelques années plus tard un rôle important à la cour de Prusse, comme EzéchielSpanheim, parlaient et écrivaient fort bien le français (Voir sa Relation de la Cour de France en 1690, pobliée par Em. Bourgeois, 1900, 8®. Sa femme savait aussi le français).
5. Son église, suivant Schickler, n'eut jamais guère plus de cent membres (o. c.y M).
Fr. Repey, sont de ce temps, et aussi J. B. de Rocoles ^ Benjamin Ghénevix(de Béville, en Lorraine) était arrivé en 1681. On signale également un maître de langues : Louis-François Le Tanneur, dit Saint-Pol ^. 11 convient de ne pas oublier le comte d'Espence lui-même, marquis de Beauvau, qui avait contribué à Texpatriation de plusieurs de ses compatriotes, et dont TÉlecteur fit un grand écuyer, lieutenant général et colonel des quatre cents gardes du corps ^. Cette colonie n'était cependant pas considérable par le nombre. De 1672 à 1688, il ne fut béni à l'Église que 5 mariages et baptisé que 50 enfants.
Devant les menaces qui se multipliaient, Témigration ne cessa de s'accroître. « Quoique le troupeau françois fut encore peu nombreux, disent Erman et Reclam, le lieu d'exercice qu'on lui avoit donné dans les appartemens du Baron de Poellnitz, à la grande rue, ne suffit plus pour contenir la foule de ceux qui venoient assister au culte des François ; l'Electeur. . . lui assigna en 1682 pour lieu d'exercice la Chapelle du Château, assez spacieuse pour contenir jusqu'à deux mille personnes ^. ]» Parmi ces réfugiés nouveaux se distinguaient des hommes de marque, ainsi M. de Briquemault, qui fut nommé lieutenant général par l'Electeur^, et un peintre français qui, dès 1684, avait fondé une de ces Académies pour jeunes gens nobles, si nombreuses alors ^.
L'ÉLECTEUR ET LA RÉVOCATION DE l'édit DE Nantes. — Quand la catastrophe redoutée arriva, aucun souverain allemand ne sut mieux que rÉlecteur de Brandeboui^ tirer parti des conséquences, et attirer à lui ces nouveaux sujets que Dieu et le roi de France lui envoyaient.
L'Édit de Nantes était à peine révoqué que, bravant la colère de Louis XIV, il publia, le 29 octobre 1685, une déclaration dont le texte a été souvent reproduit. Elle assurait aux réfugiés le droit de bourgeoisie dans toutes les villes où ils s'établiraient, des terres pour les cultivateurs, l'admission dans les corporations pour
1. En 1675, il était venu s'établir à Berlin et avait été nommé historiographe. Il y demeura A peine un an, après quoi il se rendit en Hollande, puis rentra A Paris en 1678 et redevint catholique — pour quelque temps.