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Labat, Voyages en Espagne, II

2. A Dax, elle est ravie, dit-elle, d'entendre ce que Ton dit, parce que le gascon a bien plus de rapport au français, et elle ajoute: « Presque tous les gens du pays Tenteadent et s'en servent bien plus familièrement qu'en Provence » {Mém.y Miclu et Pouj., 348).

3. Avignon peut, avec raison, être comparé « a la Ville de Boulogne en Italie, tant pour sa forme, son gouvernement, ses mœurs, et manière de vivre de ses habitansi, son climat et la quantité de ses Palais, que pour la langue Italienne que Ton y {Mirle presque partout ». A. Jouvin (de Rochefort), Le Voyageur d'Europe^ où sont les voyages de France, d'Italie elde Malthe, d' Espagne el de Portugal^ des Pays-Bas^ tPAllemagne et de Pologne, dWngleterre, de Danemark, et de Suéde. Paris, 1672, iii-12, I, p. 95.

i. « Il y avait à la suite de Msgr de Mcrcœur quelques soupirants de Paris, mais, comme ils ne parlaient tous que français et qu'elle (la belle marquise de Castellane) avait maintenu son provençal jusque dans le cercle de la Heine, ils ne faisaient que blanchir.

n Après s'être bien ennuyée quelques jours avec eux, elle fut si aise de trouver en ma personne un nouveau venu, qui aurait pu cire professeur en sa langue que je fis fort innocemment bien des jaloux » (Fr. de Dohna, Mém,, 134).

5. ■ Elle me dit tous ses griefs avec une vivacité si grande, et un torrent de paroles si extraordinaire, que je u avois jamais entendu de babil qui en approchât. Le malheur étoit que je n'y entendois rien, elle parloit une Langue qui m'étoit inconnue, et elle parloit si vite qu'on n*auroit pas pu placer une pointe d'éguille entre la. (in d'une de ses périodes, et le commencement de la suivante. Je pris le parti d'attendre qu*elle fut lasse, et qu'elle cessât de parler. Cela arriva après un discours presque aussi long qu'une Passion. Alors je la priai de me faire expliquer par sa fille qui étoit présente, ce qu'elle m'avoit dit. Quoi, me dit-elle, vous n'entendes pas.

46 IirSTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

A Bayonne, les dames qui reçoivent M°^ d'Aulnoy à son passage , en 1679, sont plus instruites. Elles savent le français, « mais elles ont tant d'habitude au langage de leur province, qu'elles ne le peuvent quitter». Bravant la politesse, « elles faisoient entre elles d'assez longues conversations )> où leur hôtesse de passage n'entendait rien ^ .

La centralisation croissante ne put que servir à la diffusion de la langue commune. L'organisation administrative et judiciaire, les relations commerciales y aidaient puissamment. Il est inutile d'en apporter des preuves. Qu'eût signifié une longue tournée en pays de langue d'oc, comme celle de Molière, jouant à Limoges, Toulouse, Agen, Narbonne, Béziers, Nîmes, Orange, Avignon, s'il ne s'était trouvé un public pour l'écouter et pour l'applaudir ? 11 ne faut pas cependant tirer de faits comme ceux-là des conclusions excessives . Des troupes françaises jouaient aussi en Allemagne et en Hollande. Et cela ne prouve pas que Ton y parlât français. Cela suppose seulement qu'il s'y trouvait un certain nombre de gens cultivés qui savaient cette langue, rien de plus. On n'est nullement autorisé à généraliser et à dire que le peuple fût aussi avancé ; c'est même le contraire qui est certain. « La Provence, dit très exactement Davity, a un langage tout particulier : le Dauphiné a le sien, comme aussi l'Auvergne, et le Forests, et partout les gens de lettres, les nobles, et ceux de condition tant soit peu honeste, parlent François; à quoy ceux du Languedoc et la Provence s'accoustument plus diffîcilement et ne peuvent perdre leur mauvais accent, de mesme que les Gascons, et tous ceux de la Guyenne -. »

Le Français dans les écritures. Insuffisance des documents. — Les pièces d'Archives qu'on peut consulter n'apportent sur ce sujet rien de décisif. Certes, ce sera un grand progrès, quand nous saurons à quel moment on a commencé dans chaque ville à tenir en français les registres et les écritures de toutes sortes. Toutefois ces renseignements n'ont qu'une portée restreinte. On se met à tenir les écritures en français, soit, mais on les avait tenues en latin auparavant, et qui en conclurait qu'on parlât latin ? Scribes et notaires peuvent être en avance ou en retard sur leur temps. C'est ce qu'a très bien compris l'auteur d'une excellente étude sur la

nôlre Langue? Non, Madame, lui répoudis-je. Eh, que Diable cntendés-vous donc! roc repliqua-t'elie en colère. Il fallut pourtant que sa fille parlât » (Voyages en Espagne, 11, 19-20).

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