Cf. Sainte-Beuve, P.-ii., Il i
3. Bill.deCicér.y Préf. 2-3. Cf. « On commence en suite à leur donner des Livres François (après leur avoir fait apprendre à lire, dans les Prières et le Catéchisme)^ Estant donc en estât de pouvoir apprendre à lire dans les Livres François, il faudra leur en donner qui soient proportionnez à leur intelligence pour les matières <* (Ib,^ préf., 10-11),
4. Voir D. Bourchcnin, Étude sur les Académies proiestantes. Paris, Grassart^ 1882, 8*. p. 11. Les registres de paroisses protestantes présentent un nombre plu& considérable d'actes signés. Ainsi àS'-André de Valbergue (Gard), de 1681 à 1685,
dans 2i mariages protestants ont signé 11 hom. 2 femmes. — 3 — catholiques — hom. fem.
5. Voir Ravclct, Hist, deJ.-B. de La Salle, 327 ; R. P. Garreau, U vie de Messire - J.-B. de La Salle, et le P. Chauvin : Les Humanités modernes [Articles publiés dans La Quinzaine, 16 sept, et l" oct. 1897 .
méthodes nouvelles fut singulièrement ralenti par toutes ces persécutions ^
1. Le 1 septembre 1704 Foucault, fidèle disciple de Colbert, fit établir au Collège des Jésuites de Cacn. une chaire de mathématiques et d'hydrographie pour l'instruction des jeunes gens qui prennent le parti de la mer. L'inauguration solennelle, avec discours françai», eut lieu le 27 mars 1705. Et le programme spécifie bien « On dictera et on expliquera les traités en françois, suivant Tintenlion de Sa Majesté » (Jfém., éd. citée, p. 365). ADunkei^iue on admettait le flamand. 11 est à remarquer, et ceux qui étudient Torigine de l'enseignement des langues vivantes en France tireront peut-être quelque profit de ces renseignements, que c'est dans ces écoles qu'on semble avoir organisé tout d'abord l'enseignement des langues étrangères, au début de 1701. Le 16 janvier, Pontchartrain fait savoir à M. Bégon, intendant de La Rochelle, que le Roi n'a pas approuvé l'idée de confier aux Jésuites de La Rochelle, le soin d'enseigner les langues angloise et hollandoise. Il faut chercher d'autres maîtres, au besoin en faire venir de Dunkerque et de Bordeaux, et engager la ville à payer leur traitement \ Arch. Nat., 0*362, f* 21). Le même jour, Pontchartrain avertit l'intendant de Bordeaux qu'il approuve le choix du maître de langue hollandaise, mais qu'il veut aussi qu'on enseigne l'anglais (Ib.). Le Secrétaire d'Etat de la maison du Roi écrit à M. de Vaubourg, intendant de Rouen, le 17 avril de la même année, que le nommé Parent se présente pour enseigner l'anglais à Rouen moyennant 1200 1. d'appointements, le logement etles privilèges des maîtres d'hydrographie (Ib., f» 149); le même écrivait à M. Bignon, intendant d'Amiens, le 15 janvier: « J'ay dit au roy la difliculté que vous aviez de trouver des maistres pour enseigner les langues à Calais, mais comme S. M. souhaitle qu'on y en établisse. Elle m'ordonne de vous dire qu'il faut que vous en fassiez chercher de capables, soit à Dunkerque ou ailleurs, et que vous engagiez la ville à faire un fonds pour le payement des appoinctemens, en sorte que cet établissement puisse estre fait au plustost. » (Arch. Nat., O* 362, î° 20 v".)
Dans les conditions qu'on vient de voir, Técole enfantine ne servait que fort peu à la diffusion du français. Assurément, dans certains pays, point n'était besoin de Tenseigner. Sans parler du Centre, de TOrléanais ou de la Touraine, où on prétendait être en possession d'une langue aussi pure qu'à Paris (voir tome III, 720, n. 1), dans la plupart des villes, la population savait et parlait le français. Mais il faudrait se garder de croire qu il en fût ainsi partout.
Le français a Marseille et en Provence. — A Marseille, s'il faut s'en fier à Tauteur d'un discours prononcé plus tard à l'Académie <le Marseille, la haute boui^eoisie elle-même était restée toute provençale. L'orateur nous raconte que vers le milieu du xvu® siècle, une demoiselle de la bonne bourgeoisie, Diodée, dont la mère avait beaucoup connu le duc de Guise, alors qu'il était gouverneur de Provence, alla avec elle à la rencontre de l'héritier du Duc, qui arrivait à Marseille. La mère le complimenta en proven- <;al. La fille essaya de traduire, mais elle le fit avec un tel accent «tdans un tel style que le duc ne comprit pas. Toutes les affaires, -ajoute le même auteur, se traitaient en provençal ; le seul sermonaire qui ait osé se faire imprimer, le Père Minime Joseph Allègre, ne parlait et n'écrivait qu'en provençal. Jusqu'au milieu du xvui® siècle, des membres de l'Académie de Marseille avouaient -qu'en parlant français, ils se traduisaient ^
Ces assertions paraîtraient étranges, si d'autres témoignages ne venaient les confirmer. « Les Marseillois, dit un voyageur en 1706, sont idolâtres de leur langage; il y a cinquante ou soixante ans, qu'on y entendoit le François à peu près comme le haut allemand, on l'entend mieux à présent, et même on le parle, et ceux qui s'en mêlent le parlent fort correctement ; cependant un Prédicateur bien au-dessous des plus médiocres qui prêche en Provençal, effacera à
1. Bory, Disc. dTécepl. du 5 juin 1859, Mém. de VA. des se, b.-l. et Arts de Mar- ^eilley 1858-1864, p. 177.
coup sûr les plus éloquents qui prêcheront en François , . . Avec lamour de leur Langue, ils ont conservés Tidée de leur ancienne liberté, et ne se disent jamais François, mais Marseillois, et ils ont attaché à cette qualité une idée si flatteuse^ que pour toutes choses vous ne les obligeriés pas de s'avoiier François *. »
Dans toute la Provence, le français restait une langue connue, mais étrangère. M"* de Montpensier s'y sentait pour cette raison toute dépaysée '*, Avignon et Orange étaient des enclaves. A Avignon, ritalien dominait, comme cela est naturel ^, A Orange^ des. gens de la haute société n'entendaient pas notre langue. Une grande dame, la marquise de Castellane, quand elle quitta la ville, l'ignorait, et Dohna, qui avait exercé de hautes fonctions à Orange, raconte comment il faisait des jaloux, étant seul capable d^entretenir cette jolie femme en sa langue, tandis que tous les galants avec leurs beaux compliments de Paris « ne faisaient que blanchir^. »
Autres exemples d'ignorance. — A Béziers, le P. Labat va voii^ la mère d'un missionnaire qu'il avait laissé à la Martinique, et qui était très fâchée « que son fils eût pris le parti d aller en Mission, au lieu de demeurer auprès d'elle, et de la consoler dans sa vieillesse »» Il lui faut recourir à une interprète, à la grande indignation de la vieille dame, qui s'étonne qu'on ne parle pas son patois ^.