‹ Histoire de la langue française des origines à 1900Chapitre 300 sur 385 · Journ,^ éd. citée · texte numérisé non relu

Journ,^ éd. citée

puyer sur ces exigences pour déprécier leurs concurrents ^ Les manuels mettaient en garde les étudiants non seulement contre le patois, mais contre le français de province.

Quand un jeune homme partait^ il n'allait pas n'importe où ^, il n'eût pas non plus pris sur place un maître venu de n'importe quel endroit. Sans doute un Berlinois n'avait pas en cela le goût fin d'un Parisien. Quels que fussent les renseignements d'un peuple qui a toujours aimé à être informé^ certains préjugés en faveur des provinces de la Loire existaient toujours; Blois surtout gardait son auréole ^. Mais je ne sais si Festeau, qui en Angleterre, se targuait de son titre de Bloisien \ en eût tiré en Allemagne le même prestige. Dès 1650, quand Vaugelas eut réglé Tusage, les Allemands furent avertis que c*était désormais à Paris qu'il fallait aller pour entendre parler avec pureté ^. 11 y a bien

1 . Ainsi Lermite, dit Du Buisson, qui est professeur à Hambourg, dans son Adi^esse au Lecteur, l'avertit avec soin des erreurs de Duez : « Ceus qui aiment la pureté el la beauté de \^ langue Françoise, dit-il, doiveni se garder du Guidon, ou de la Grammaire de Dmsi, livre qui n'est bon que pour des valet», comme Ta fort bien dit M. Chappuzeau dans son Entretien des langues. » Lui est de Técole moderne, il est un élève de Vaugelas, Chapelain, d'Ablanoourt, Richelct... a Les Dnezistes, ajoutei-t-il, outafaire à forte partie etn'ayent (n'ayant) pour partisans que la lie du peuple, qui aime les quolibets, ils me font pitié. J*cspère qu'ils i*eviendront enfin de leur entêtement » (Voir Gramm. nouvelle et carieuse, Hambourg, 1608, Bib. de Uamb., S. D. b. 1,87).

2. Dès 1643, on est déjà informé outre Rhin que de prrandes réformes ont été faites dans le langage de Paris. Le Voyage de France en avertit les étudÊants, et les invite en quelque sorte à venir dans la capitale. A Orléans, on parlç fort bien « de mesmes qu'à Blois, et mieux qu'en ville de France, si ce n'est qu'à Paris depuis certain temps la Bourgeoisie mesmes y a vn bon langage, à quoy aydenlla Cour et la communication des personnes les plus polies du Royaume. £t si les personnes viles y parlent mal, il en sera de mesmes à Orléans, là où l'on remarque aussi qu'en certains endroicts de la ville, le langage y est fort rude et grossier » (23). Cf. < Comme il y a des Pro> vinces en France et en Italie, où l'on trouve peu de personnes qui parlent purement François ou Italien. Et pas une, où le vulgaire n'ayme quelques termes hors (Tusage* et méprisez des Sçavants. Si bien que ceux qui voyagent pour apprendre les langues doivent avoir soin de s'arrester aux lieux, où le menu peuple a l'accent meilleur, et' les termes moins barbares » {Ib., 24).

3. « La bonté de Tair, la pureté delà Langue, l'agréement de la Promenade, la douceur de l'entretien, la délicatesse des viandes et du vin» et rexcellence de toutes sortes d'Exercices, soit pour l'esprit, soit pour le corps, arrestent beaucoup d'Estrangers, qui ont bien de la peine è quitter Blois après qu'ils en ont goustë les charmes. » Le texte ajoute des renseignements on ne peut plus curieux : « Il y a des Pensions de toutes sortes pour satisfaire tout le monde. Entre les principales el les phis communes, on y compte(s) la Pension coquette, la Pcnsi<m magnifique, la Pension riante, la Pension salée, la Pension abbatuë, la Pension enjouée, la Pension médiocre et la Pension puante. Outre celles-là il y en a plusieurs autres particulières, pour une ou deux personnes, que l'on appelle les Pensions solitaires, car à Blois ce sont des gens à Sobriquets » {Le gentilhomme étranger, Leyde, Band. van der Aa, 1699,77).

4. Voir Stengel n<* 179. Le titre est déjà significatif, mais l'auteur se croit en droit de revenir là-dessus, à divers endroits.

5. « Il n'y a point de Prouince en France, où les Sçauans n*expriment leurs pensées médiocrement bien, el de bouche, et parescrit : mais en plusieurs endroits du Royaume, Tes François sont obligez d'apprendre les mots, les règles de leur langue»

<}uelques inexactitudes dans la documentation de ceux qui les renseignaient sur la nouvelle doctrine. Elle était du moins assez précise pour que des provinciaux quelconques, sans usage de la cour, n'eussent aucune chance de se faire en Allemagne une carrière de professeurs.

Dénombrement des maîtres de langue. — On s'étonnera moins, après ce que je viens de dire, des résultats au premier abord surprenants que donne une recension exacte des listes des réfugiés. En •eiïet, quand on en vient à compter parmi eux ceux qui sont portés comme ayant exercé la profession de maîtres de langue, on en trouve si peu qu'on éprouve l'impression de s'être trompé dans ce travail fastidieux. Voici quelques chiffres.

En 1698, Alexandre Guillaume était maître de langue à Werder, quartier de Berlin, seul sur7i9 réfugiés. D'après le Holle des François Refu (fiez (Bib. Soc. Hist. du Prot., Ms.), on trouve à Cologne sur Sprée, Gerselat, de Grenoble, et Ch. Des Hayes, de Tours ; à Francfort-sur-l'Oder (166 réf.), J.-B. Sage et Christophle Benoist; à Duisbourg (43 réf.), Flottier ; à Magdebourg(H9i réf.), Bertrand ; à Bagemûhl, annexe du bailliage de Gramzow (58 réf.), Isaac du Soutoy, de Calais ; à Stendhal (178 réf.), Jean Joly, de Mannheim ; à Wezel (586 réf.), Paul Bertin ; à Kœiiigsberg (325 réf.), Daniel Martin de Boisgenci, et Isaac Briant, de Paris, « professeur dans l'Académie. »

Point de maître de langues à Neustadt (30 réf.), Prentzlau (329 réf.), Schwedt (62réf.),Soest(28 réf.),Spandow (63 réf.), Stargardt {125 réf.), à Strasbourg en Ukermark (260 réf.), Viraden (22 réf.), à Kagar et ses annexes (Walwitz, Ziihlen, Repente, Wittstock, Lindow et Rheinsberg) (93 réf.), dans le bailliage de Lœkenitz, (c'est-à-dire à Rossow, Farnewald, Grimm, Pleuve et Sarantin 518 réf.), à Angermûnde (78 réf.), à Buchholtz et Pancow (84 réf.), à Bourg(145 réf.), à Brandenbourg (94 réf.), dans le bailliage deChorine (c'est-à-dire à Grossenzitte, Kleine Zitte, Gramtzow, Mechow, Friedrichsdorff et Briest 492 réf.), à Cleves (56 réf.), à Kœpenick (37 réf.), à Emmerich (42 réf.), dans le bailliage de Gramzo (c'est-àdire à Battine, Schmôllen, Walmow, Woddow).

aussi bien que les Eslrangcrs. Si donc vous desirez sçauoir où ie croy, qu'on parle ipurement François, ie vous diray, que c'est au Parlement de Paris, où les Juges et les Aduocats s'estudient à ne rien proférer en public, qui ne les distingue du vulgaire. Et à la Cour, où tout le monde parle excellemment bien, sinon quelques-vns •qui voulans plaire aux Dames estrangeres, introduisent vne nouuelle prononciation « lors qu'elles ont delà difficulté à bien prononcer quelque mot » (L. Du May, L'EsUt de VEmpirCy 26).

D'après la liste imprimée de 1699 ^, où les professions sont indiquées, se sont donnés pour maîtres de langue en Brandebourg : A Berlin (522 réfugiés) Ch. Des Hayes, de Tours (p. 5), Jarselat, de Grenoble. (p. 6), la femme du Sr... Maistre de Langue des Cadets (ib.) ; à Werder (657 réf.), David Monnot, Informateur françois de la Cour (p. 27) ; à La Villeneuve 2 (1817 réf.), la femme du Sr. Amory (p. 37); à Francfort-sur-rOder (210 réf.), Gh. Liège, de Poitiers, (p. 105), Josué Benoist (p. 107) ; à Magdebourg (1260 réf.), Franc. Beraut de Montpellier (p. 137) ; à Halberstadt (185 réf.), Louys. Laurensson (p. 169) ; à Kônigsberg (376 réf.). Dan. Martin, de Boigency (p. 181), Is^ac Briant, géographe de S. A. E., Prof, ea Langue françoise (p. 183).

Il n'y a aucun maître de langue signalé par la liste à Cologne (1511 réf.), à Friderichstadt (710 réf.), à Buchholtz (97 réf.) ; à Spando (89 réf.), à Kôpenick (38 réf.) ; à Bernau (19 réf.); dans le bailliage de Lôckenitz (507 réf.), dans le bailliage de Grambzow (314 réf.); dans le bailliage de Chorine (303 réf.); à Schwedt (68 réf.), à Angremûnde (96 réf.), à Wiraden (33 réf.), à Kagar (95 réf.), à Halle (641 réf.), à Brandebourg (99 réf.), à Neustadt sur la Dosse (66 réf.), à Stargard (137 réf.), à Strasbourg en Ukermarck (280 réf.); à Prentzlow en Ukermarck (427 réf.), àManheim (1694 réf.), à Stendal (199 réf,); à Bourg (181 réf.), à Neuhaldensleben (135 réf.), à Clèves (41 réf.), à Emmerich (44 réf.); à Wezel(478réf.), àDuisbourg (25 réf.), à Soest (28 réf.).

En tout on compte 11 maîtres sur 13.8i7 personnes, dont, il est vrai, beaucoup d'enfants.

Observations sur ces dénombrements. — Il se peut assurément que des indications relatives à la profession aient été omises dans les listes sur lesquelles je me suis fondé. Néanmoins il y a tout lieu de se lier à ces recrutements administratifs, commandés par TEtat, qui ont été faits avec soin et rigueur. Une nomenclature de 1703 donne, il est vrai, des chilTres un peu différents. Mais elle ne distingue pas les Lehrer des Sprachlehrer^ et ceci fausse tout. Les seconds seuls sont des maîtres de langue. D'après ce document, les professeurs — je me sers à dessein de ce terme général — étaient : 30 à Berlin, 4 à Magdebourg, 3 à Mannheim, 1 à Halle, 3 à Franc-

1. Voir Die Colonieliste von 1699, de Richard Bcrin^uier. Les chilTres qui suivent les noms des professeurs renvoient à la pa^^e de ce livre. Je garde pour les noms de villes ou de localités les formules et forthof^raphe de la liste.

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