HISTOIRE DE I.A LANGUE FRANÇAISE
fort, i à Kônigsberg, i à Stendhal, soit 43 en tout. Ce tableau est constitué d'après les actes des archives secrètes de Berlin ^ Même en acceptant les chiffres qu'il donne, le nombre des réfugiés devenus des maîtres reste extrêmement petit.
Je ne voudrais pas avoir trop raison ni réduire plus qu'il ne convient, la liste des réfugiés professeurs. A la prendre telle quelle, il faudrait conclure que Tétude du français était encore bien peu répandue dans le Brandebourg. Il est évident que, malgré les réserves faites plus haut, les Français exilés en Brandebourg, capables d'initier des Allemands à la connaissance de leur langue, étaient au nombre de plus de onze ou même de quarante. L'explication est la suivante : Il est probable qu'un certain nombre de ces gens, sans faire profession de maîtres de langues, ont donné des leçons de conversation et même de lecture française. Ainsi Cabrit, qui fut pasteur et dont nous avons les mémoires, fat quelque temps dans une famille '^. Et nous savons que d'autres firent comme lui, sans que jamais ils aient pu être inscrits sur les listes de ceux qui tenaient une école ^. D'autre part Tégliâe française offrait à tous les Allemands un exercice pratique, régulier et gratuit. Ancillon nous apprend que des Berlinois savaient le mettre à profit ^.
Je n'oublie pas non plus que j'ai écarté de mes calculs les maîtres et les maîtresses d'école, ainsi que les maîtres écrivains. Théoriquement ceux*là étaient préposés à l'instruction des enflants de la colonie. Il est sûr cependant que beaucoup d'entre eux ont enseigné à des Allemands ^. Nous savons en effet que les établissements et les cours ouverts par les réfugiés pour leurs enfants n'étaient pas fermés aux indigènes. J'ai parlé plus haut de ce qui se passait à
1 . Voir Max Beheim-Schwarzbach, HohemolLernsche Colonuationen. Ein Beitr^g SB der GeschichU des preuâsisehenSliLales, Leipsig, 187i, S*, 497.
2. « On m*oITnt chés Mons. le Professeur Grebenitz un logement gratis, le bois, la chandelle et la disposition de sa bibliothèque, à condition que Je donnasse quelques heures par jour A son fils pour lé perfectionner danslaiangue françoifie, dont il avoit un petit commencement » (J. Cabrit, pasteur du refuge (1669-1751), AulobiogrAphie d'une Victime de ta Révocation^ 22).
« On me chargea de la conduite d*un jeane homme d'enWron 15 ans, qui.. . ne s'appliquoit à rien que par la force, il n'apprenoit même pas la langue françoise, a moins que ce ne fût en badinant » (Id., o. c, 25).
3. Des dames, en grand nombre, ont été goui'ernantes, comme M"* Anne Vamier (née en 1675), qui fut admise auprès des filles du Grand Matlre Comte de Kameke (Erman et Reclam, o. c, III, 191).
5. Il y avait dans chaque église un lecteur et un chantre appointés, chargés d'enseigner gratuitement les enfants pauvres. Le premier chantre de la communauté française de Berlin a été Belhomme {1672), auquel Archimbautt succéda en 1687 (Voir Ancillon, o. c, 72-73 ; cf. D' Ed. Muret, Geschiehte der framôsUcken, Kolonie^ »),
LE REFUGE 35i
Marbourg. « La manière d'enseigner (au Collège Français de Berlin), dit Ancillon, des Lecteurs et des Régens et la conduite des Inspecteurs, plaît à plusieurs anciens sujets de Son Altesse Électorale. Quelques-uns envoyent leurs Enfans dans ce Collège François ^. » Il devait en être ainsi, même dans beaucoup de modestes écoles. Pour plusieurs, nous avons des renseignements formels, ainsi pour Hanau. La langue française était alors facultative pour les Allemands, obligatoire pour les enfants français et wallons ^. On tenait bien entendu surtout à ce qu'elle fût enseignée à ceux-ci 3, toutefois on n'en privait pas les autres. De même à Francfort-suTrOder, Técole française fut sous la direction de certains maîtres, comme Gedéon Boulhane, en si grand renom auprès des Allemands que six mois après l'établissement des colonistes, le pasteur se vit obligé d'adjoindre un maître de langue au lecteur Girard ^. Sous un des successeurs Jean Ticquet, on fut obligé de faire plusieurs divisions, sous David Courtois, ces divisions se multiplièrent encore.
Il ne faut toutefois pas se faire d'illusions sur le nombre d'enfants allemands que ces écoles des colonies pouvaient recevoir.