‹ Histoire de la langue française des origines à 1900Chapitre 358 sur 385 · BI8T0IRE DE LA LANGUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

BI8T0IRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

Ce texte ne laisse subsister aucun doute. En fait les Français savaient mal, ou affectaient de savoir mal le latin. Les Anglais euxmêmes, comme les Hollandais, parlaient plus volontiers français. Mais en droit, la France, comme l'Empire, reconnaissait les privilèges du latin et en dressait procès-verbal.

Les traités. — Il faut enfin en venir aux instruments euxmêmes. Ils se composent de trois actes : le premier signé le 10 août 1678, entre la France et la Hollande; le second, du 17 septembre

1678, entre la France et l'Espagne ; et le troisième, du 5 février

1679, entre la France et TEmpire.

Le premier traité (France-Hollande) est en français, le second

M Postquam ad Conclave Mediatoris, quod colloquio slatutum erat, venissemus, excepitnos in limine Mediator, et in medio Conclavis uterque Legatus Galliac, Mareschallus Cornes d'Estrades et Colbertius. Dabatur nobis optio sedendi ubi vellemus. Quamprimum confessum fuit juxla ordinem in Marg^inc depictuni, Medialor

FocuB (Cheminée)

Galli O

(Français)

Fenestra (Fenêtre)

Locus

O Caesarei Baldachini (Place du Baldaquin impérial '

MuniATOHKS

Jenkins Temple.

Janua (Porte)

Gallica Lingua (quod postca ubi idiomate Latino sibi responderi audivit, excusavit) paucis explicuit Régis sui vota et officia in hoc unum intenta, ut omnibus omnium suspiriis expetita pax promoverctur, hune scopuni, huic colloquio propositum esse. Uespondit Dominus Episcopus Gurcensis brevi oratione latinis verbis, non defecturos nos ex parte nostrA tam sanctis Régis Magnœ Britanniœ votis utpote quec instructioni et mandatis nobis datis conformia sint, nec dubitandum esse de CoUoquii hujus successu, si eundem ad illud quem nos promovenda* pacis animum Domini Legati Galliœ afTeranl. Mareschallus Destrades cxcusata Linguœ Latinœ imperitiâ, co quod a juventute arma tractasset diligentiùs quam libros, rogabat Colbertium, ut vices suppleret, qui confessus ex stylo inter Sacram Cœsarcam ^fajestatem et Regem suuni recepto non alia in negotiis, quam Latina linguâ utendum esse sibi verô de esse usum et exercitium prompte e&Lingufi loquendi, quam alias calleret. Nosobstitimus ut quilibet in hoc colloquio sensus suos qua vellet LinguA explicaret {Mem. el i^ey. (le la P&ix de Ryswick, II, 13).

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(France-Espagne) en français et en espagnol, le dernier (France- Empire) en latin seulement. J*ai consulté les originaux aux Archives du Ministère des Affaires Etrangères ^ Puis, après avoir fait réflexion que la France pouvait posséder un exemplaire authentique latin, pendant qu'on aurait remis l'exemplaire français, également authentique, à TEmpire, je me suis reporté aux procèsverbaux des séances où les signatures furent échangées ; ils sont aussi précis que possible.

Le traité entre la France et l'Espagne était en deux langues. Le Dran, dans son Cérémonial de Nimèffue, écrit, en 1722, a contéexactementles faits : « Le jour pris pour la signature, dit-il, les ambassadeurs du Roy se rendirent chez ceux de la République... Le sieur de Beverning... tenant les deux exemplaires du traité, dont Vun étoit en français et Vautre en espagnol'^, alla se mettre dans la salle d'audience. » On ouvre les portes, les ambassadeurs espagnols entrent, « le maréchal d'Estrades et le marquis de los Balbasez prirent chacun une plume et signèrent en même temps le traité que le S"^ de Beverning leur avoit présenté. Les autres ambassadeurs prirent ensuite le traité etla plume suivant leur ordre, et ils signèrent . . . Ils les échangèrent ensuite... » (Aff. étr., HolL, Mem. et Doc, 40, P» 78) 'K

Pour le traité avec l'Empire, rien de pareil. Le ?> février 1679, on procéda à la signature. Limojon de Saint-Didier donne les détails suivants : « M. Stratman portoit le Traité de l'Empire, et M. Col-

1. Il est, en fait, assez difficile, d'après les seuls recueils imprimés, de savoir si un traité a été passé exclusivement en telle ou telle langue. Ainsi le traite de Nimègue est publié :

a) en français seulement, dans Dumont, C. dipL, VII, 350-52, d'après les Actes et Mémoire» de la paix de Nimèguey II. p. 590.

b) en allemand, dans Londorpii, Acta publica, X, 677.

c) en latin, allemand et français, dans le Theatrum pacis..., II, 600.

De môme pour le traité entre la France et TEspagnc. L'acte entre Louis XIV et l'Empereur du 5 février 1679, est en latin dans Dumont (VII, 376), mais se trouve en latin, allemand et français dans le Theairam pacis (II, 76 S). Le Theatrum pacis donne aussi en latin, allemand et français (H, 764), le traité entre l'Empire et la Suède (5 février 1679).

2. Le 17 sept. 1678, à Ximègue, le traite une fois conclu, « les ambassadeurs d'Espagne le firent traduire en Espagnol, et la traduction en fut examinée par M. Colbert (de Croissy), qui trouva deux ou trois mots à reformer, lesquels ne repondoient pas justement au sens françois » (Limoj. de S^-Did., 202).

3. Cf. Limoj. de S.-Did., o. c. II, 66. On trouve dans les Mem. et nég. de yimégue, II, 653, un récit identique : « Récit de ce qui se passa à la signature du Traité de paix entre la France et l'Espagne faite dans l'Hôtel de Mrs les Ambassadeurs de Hollande, le 17 septembre 1678. Il y avoit sur les tables deux exemplaires, l'un en espagnol à la place de M. le marquis de Los Balbazes, l'autre en François à la place de M. le Maréchal d'Estrades. Ils avaient été coUationnés. Tout le monde s'assit, se couvrit* Puis les Espagnols signèrent le leur, les François le leur, et on les échangea. »»

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bert celuy de France... Les deux traitez estoient écrits en latin, et pour les coUationner M. Stratman en commença la lecture » ; Croissy le relaya ensuite, et on signa en échangeant les textes K

Ainsi se trouve ruinée la légende. Le traité de Nimègue n'a pas fait date, comme on le dit. C'était de l'Empire seul qu'il eût été important d'obtenir une dérogation à sa tradition et à ses principes. Elle ne semble même pas avoir été demandée. L'instrument de la paix signée avec lui est en latin, exclusivement ^.

1. 0. c, p. 2 47. Gesl exactement ce que racontent les documents authentique!!. Aff. Etr., Holl., Mem. et Doc, 40. f" 89. Cf. Mem. de la Paix de Nimègue, 1679, III, 402 ; chacun des deux groupes d^ambassadeurs a un exemplaire : il n'est pas question de langues différentes. Le texte est en latin. Le français qui suit est présenté comme une traduction. Allou avait déjà du reste parlé avec exactitude du traité de Nimègue {Univ. de U Lfr., 397).

2. Le traité séparé, avec l'Electeur de Brandebourg, signé à Saint-Germain-en-Laye, le 29 juin 1679, n'est qu'en français (Allou, o. c, 386).

CHAPITRE IV LES NÉGOCIATIONS DE FRANCFORT. LA FRANCE EXPOSE SA DOCTRINE

Francfort. — C'est quelques années après le traité de Nimègue que la question de la langue diplomatique fut débattue à fond entre la France et TEmpire. Une diète avait été réunie à Francfort avec les ambassadeurs de l'Empereur et ceux du Roi pour discuter diverses affaires graves, annexion de Strasbourg, etc. K

Les Français communiquèrent leur Mémoire en français, comme partout. Le 9 avril, dit Le Dran ^, les Ministres de TEmpire dressèrent leur réponse aux propositions de la France et la communiquèrent aux ambassadeurs de TEmpereur ; ceux-ci répondirent « quHls étoient d'avis qu'on donnast aux ambassadeurs de France cette réponse en latin, suivant que TEmpire avoit accoutumé de traitter avec les étrangers, et qu'on les avertit de ne se point servir dans leurs écrits de la langue françoise, non plus que les députés de l'Empire ne se servoient point de l'allemande, mais que suivant le stile on employast partout la langue latine -K

Les ambassadeurs de France fournirent huit jours après leur réplique à cette réponse, mais comme ils la formèrent en langue françoise, les députés de l'Empire demandèrent qu'elle leur fut délivrée en latin... L'ambassade de France se fondoit sur ce qui avoit été pratiqué a cet égard dans les congrès de Munster et de Nimegue, où les ambassadeurs du Roy avoient toujours formé leurs écrits en

1. Ces débals ont déjà été signalés par Moser, Von denHof und Sl&aisspracheriy B. 2, 6, 19 (cf. Schwab, o. c, 69). Il affirme qu'au congrès de Francfort, en 1682, les ambassadeurs français aimèrent mieux rompre les négociations que de ne pas s'exprimer dans leur propre langue. Ce n'est pas tout à fait exact, comme on va le voir.

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