Aff. Etr., Allem., Mem. et Doc, 38, f
3. Voir la traduction d'un écrit des ambassadeurs de l'Empereur à Francfort, le 14 avril 1682, envoyée par les plénipotentiaires français le 18 avril : Les ambassadeurs, « pour ne pas diferer davantage la response a Messieurs les ambassadeurs de France, et pour n'apporter plus aucun retardement a l'avancement de la conférence... ont bien voulu... expédier une réponse a peu prés de la manière qu'elle est icy a Messieurs les ambassadeurs de France en langue latine, a juxta Imperii stilum tractandi cum exteris » ...et qu'on devoit en même temps faire entendre que cy apret ils voulussent bien [ne pas plus] se servir de la langue françoise dans leurs lettres et autres négociations que nous nous servons nous mêmes de l'allemande, mais se conformer en tout au stile latin » (AIT. Etr., Allem., Corr. polit. ^ 297, f" 75 v).
françois, et comme ils persistoient dans le refus de s'assujettir a ne se servir que de la lang^ue latine, les députés de l'Empire résolurent d'en donner avis a la Diète de Ratisbonne et de luy demander des instructions. »
La question était de savoir si l'Empire pouvait accepter qu'en tête de la traduction donnée en latin par les Français figurât le mot translatum, comme le fait voir la Traduction du Conclusum de l'assemblée de l'Empire à Francfort (8 mai 1682) ^ Les Français acceptaient « par considération particulière pour les Etats de l'Empire » qu'on marquât sur le texte latin « In forma authentica », mais ils maintenaient ferme le fait que l'original français avait été reçu, enregistré et communiqué, et que c'était une affaire consommée (8 mai) 2.
Le 14 mai, la Diète prit acte du consentement des Français à la disparition du mot translatum^ tout en demandant des garanties pour l'avenir 3. Les Impériaux craignaient visiblement que cette dif-
1. « On fera scauoira rambassade de France... que suiuant notre dernière resolution, on est tousjours d'avis qu'on peut prendre doux expédients dans TafTaire dont il s'ajirist ; le premier d'osier entièrement le mot transLatum qui est au commencement de la traduction, et d'adjouster au mot Pro translata qui est a la fin le mot authenlico ou bien in forma authenticuy avec cette condition et reserve expresse, que cela ne pourra tirer a aucune conséquence, et qu'a l'avenir nous ne recourons point d'écrit de Mrs les ambassadeurs de France en autre lang:ue qu'en latin, nous assurant qu'ils voudront bien s'en expliquer ainsy avec le Directoire de Mayence. L'autre expédient est d'oster les mots tran8la,tum et pro translata... et de mettre seulement en leur place : Pro authentica^ le tout aux mesmes reserves et conditions cy -dessus mentionnées » (Aff. Etr., Allem., Corr. polit., 297, f 147).
2. Réponse des ambassadeurs de France au conclusum de la diète de Francfort du K mai 1682 (non datée) : « Apres avoir donné a l'ambassade impériale une traduction de notre réplique en la forme qu'elle nous avoit esté demandée par rassemblée des députez des Etats de l'Empire, la mesme assemblée ayant désiré que nous en ostassions entièrement le titre de translatum que nous y avions mis en teste, et qu'après ces mots pra translata qui sont a la fin nous y adjoustassionsauf/iendco vel informa authentica^ quoyque nous eussions beaucoup de raisons de nous en dispenser, neantmoins, pour marquer d'autant plus le désir sincère que nous avons d'avancer la paix, et d'en faciliter en tout la négociation, et témoigner en cette occasion notre considération particulière pour les Etats de l'Empire. Nous voulons bien... demeurer entièrement d'accord de ce qu'ils demandent a cet égard... Au reste, il ne nous a jamais esté parlé que d'une traduction de notre réplique... Si on change aujourd'hui de langage et si contre la bonne foy l'on prétend autre chose qu'une traduction, nous déclarons que nous nous en tenons a notre original françois, qui a esté receu le 28 par l'ambassade impériale, envoyé au Directoire le 29, qui l'a enregistré, et communiqué le 30 du mois passé a toute la Dcputation... C'est une affaire consommée, nous n'y pouvons plustouscher »• (AIT. Etr.. Allem., Corr. polit. ^ 297, f* 148).
3. Traduction de la résolution de la Diète de Francfort, 14 mai 1682. La Diète prend acte du consentement des ambassadeurs de France « que dans la version latine de leur réplique ou omette le mot translatum... et que pour ce qui regarde Tidiosme des actes qu'ils donneront doresnavant a cette assemblée ils suivront le mesme usage qui a esté observé au traité de Nimegue. Quoyque cette réponse ne soit pas suffisante, pour empescher a l'avenir cet incident a l'égard de Tidiosme Mrs les Députez sont toutes fois d'avis qu'ils ne doivent pas pour cela abandonne!* l'ouvrage qui est commencé)
LÀ tkANcfe EXPOSE SA bdcttuÀÉ: ilâ
iiculié peil Considérable ne fît obstacle au règlement des graves affaires qu'on avait à terminer. C'était un prétexte, pensait-on, les Français devaient avoir des ordres pour passer outre, mais ils ne voulaient pas ^ D'autre part les Français étaient avertis que si l'affaire était déférée à l'assemblée purement impériale de Ratisbonne, on leur donnerait sûrement tort. Verjus les avait renseignés à cet égard 2.
Toutefois Louis XIV n'entendait pas confondre, ainsi que ses adversaires, deux assemblées aussi différentes que celle de Francfort et celle de Ratisbonne. Il le faisait savoir sans retard à Verjus 3. Et la réponse de celui-ci était cette fois telle qu'elle ne pouvait qu'encourager le roi à résister, car elle lui laissait espérer que même à Ratisbonne, on pourrait peut-être risquer de présenter des mémoires en français ^.
mais qu'il faut employer toutes leurs forces afin que... Mrs les ambassadeurs de France puissent embrasser un des deux tempéraments proposez ou quelque autre expédient et surtout a donner une déclaration qui puisse oster toutes les difficulté! qu'on pourroit avoir a Tavenir a Têtard de l'idiosme » (AfT. Etr.,AIlem., Corr.polit.y 297, f» 158 r»).
1. Un agent secret, le résident Walkenir, écrivait le 1*' juin 1682, sur ce qui se passait ù Francfort : « Encore qu'on a cru que les ambassadeurs de France eussent des ordres pour continuer leurs négociations en langue latine, ils n'en ont pas pourtant donné aucune ouverture, au contraire ils disent qu'ils les continueront en langue françoise, couste qu'il couste, mais on croit qu'ils ne se soucieront pas beaucoup pour la langue, et qu'ils seroient bien aises de continuer leurs négociations en Turc, pourvu qu'on vouleust escouter leurs propositions » (AIT. Etr., 2b. ^ f" 221 v).
2. Verjus aux plénipotentiaires français à Francfort, 14 mai 1682. Il leur envoie un mémoire pour les ambassadeurs impériaux, expédié à la hâte, il le retouchera « avant que de le faire mettre en latin. » (AIT. Etr., AUem., Ib., 297, f" 162). Il ajoute : « Je ne voudrois pas qu'on renvoyast ici la décision de la question sur la langue dont V. Ëxc. doivent se servir pour leurs mémoires et qu'on joignist cet incident au principal de l'afaire, comme Tusage est ici sans contredit et sans aucun exemple contraire, que les mémoires des ministres de France se donnent en latin, et que nos Docteurs n'y connoissent que l'usage de cette diète, et suposant que l'assemblée de Francfort est formée de la mesme façon, et en doit suivre la nature et les usages, on donneroit le tort à V. Exe. presque tout d'une voix, quoy qu'elles ayent certainement très grande raison : car c'est sur ce qui s'est fait a Munster et a Niniegue et ailleurs qu'il faut se régler, ou l'usage est entièrement pour V. Exe. aussi bien que le bon sens ; et de plus l'assemblée de Francfort n'est point de la nature de celleci... »
3. Louis XI Va Verjus, comte de Crécy, ambassadeur de France à Ratisbonne, 27 mai 1682 (minute) : « Comme je vois que vous estes persuadé que la difficulté qu'ont fait mes ambassadeurs de donner leurs escrits en latin dans l'assemblée de Francfort sera condamnée dans la diette de Ratisbonne, il est bon que vous y fassiez connoistre, ainsy que vous l'escrivez a mes ambassadeurs, la grande difTerence qu'il y a entre ces deux assemblées, et que vous ne faites pas de difficulté de donner vos escrits en latin parce que l'usage est de se servir de la langue latine dans tout ce qui doit estre représenté aux collèges qui composent ce corps, mais qu'a Francfort ou les ambassadeurs de l'empereur se sont arrogez toute l'autorité, mes ministres ont raison de s'en tenir a ce qui a esté pratiqué a Nimegue et mesme jusqu'à présent dans ladite assemblée de Francfort » (Aff. Etr., AUem., Corr, po/., 294, f* 323).
4. Vei;jus au Roi (Ratisbonne, 11 juin 1682) : « Je ne suis plus en peine, Sire, des premières impressions que nos Docteurs de la Diète pou voient avoir contre l'usage
Le conflit fut porté devant le Directoire de Mayence, médiateur. Les Impériaux exposèrent leur point de vue (10 juin 1682) : « il ne convenoit pas... que dans une affaire très certaine, et s'agissant de maintenir le style de TEmpire, qui est incontestable, on proposast des tempéraments, et que, sans estre auparavant asseurez qu'ils seroi-ent receus, on solicitât les ambassadeurs de France de les recevoir K »
Les Français (S*^ Romain et de Harlay) remirent le 20 leur mémoire. Il est capital, car il expose avec une netteté absolue, non seulement la manière de voir de la France dans le cas particulier, mais sa doctrine en matière d'idiome. Le voici intégralement : « 11 n'y a point de prince dans l'Europe qui ayt droit d'imposer aux autres la nécessité de se servir d'une certaine langue dans les conférences et assemblées qui se font entre souverains, comme celle de Francfort, ny en aucune autre occasion, chacun est libre de se servir de sa langue naturelle pour ses écrits particuliers, et il est si vray que les treize cantons suisses écrivent toujours en leur langue au Roy, et que S. M. reçoit leurs lettres sans difficulté et y fait réponse.
« Pour les traittez et autres actes communs, ou toutes les parties doivent signer, il est raisonnable entr'egaux de convenir pour cela d'une langue commune, ou de faire plusieurs originaux (comme il se pratique entre la France et l'Espagne, il s'en fait un en françois et l'autre en espagnol). L'Empereur et TEmpire se servent de deux langues, de l'allemand entre eux pour toutes leurs affaires, et de la latine avec tous les étrangers, ils appellent cette langue le stile de l'Empire, et prétendant qu'ils sont aux droits de l'Empire romain, ils voudroient obliger tous les autres princes et estats de ne se ser-
dc la langue françoisc dans les mémoires et écrits que donneroicnt Mrs les ambassadeurs de V. M. a Francfort. Je leur ay mande il y a desja quelques semaines, que Ton commençoit icy d'entrer dans leurs raisons et de les bien concevoir, et je suis persuadé, non seulement qu'on ne Icur-donnera pas le tort quand ils continueront de parer ou d'écrire en leur langue naturelle, mais aussi qu'il importe qu'ils ne reçoivent point d autre tempérament là dessus que de lascher au plus une copie en latin non autorisée et sans aveu de leurs mémoires et écrits françois. J'ay tellement fait entendre raison la dessus que Je ne scay si en un besoin je ne pourrais pas mesme introduire la mode ou du moins la prétention de me servir icy de la langue française dans les mémoires que je serais obligé d'y présenter, quoyqu'il y ait une entière diférence tant dans les raisons que dans les exemples et dans l'usage, entre ce qui doit se pratiquer icy et se faire a Francfort a cet égard » (AIT. Etr., Allem., Corr,, 295^ f<* 41-42, la partie soulignée est chilTréc). Il est à noter que dans une lettre du 4 mai 1682, Verjus demandait aux ambassadeurs français de Francfort la réplique des ambassadeurs impériaux, parce « qu'on ne sauroit guère communiquer de françois par la Dictature, où il y a cinquante secrétaires qui ne l'entendent pas » (Aff. Etr., Allem., Corr.y 297, f« 153 V).