‹ Histoire de la langue française des origines à 1900Chapitre 363 sur 385 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LA rUÂNCB TRAITE POUR LA PREMIÈRE FOIS EN FRANÇAIS AVEC L'EMPIRE

Le traité de Rastatt. — Avant de mourir, Louis XIV devait cependant traiter une fois en français.

On sait de quelle façon fut conclu le traité de Rastatt. Les négociations furent menées en quelques jours par Villars, « à la soldate. » Le 25 janvier 171 4, on lui envoyait les propositions de paix préparées par son maître ^ Torcy redoutait de longues discussions sur les termes, et Louis XIV avertissait son représentant qu'il avait affaire à un homme qui chercherait tous les moyens d'éluder ses engagements à la faveur d'interprétations et d'ergoteries^.

Dans ces conditions, plus que jamais, les termes du traité devaient être soigneusement pesés. Or le prince Eugène, en répondant le 18 février aux propositions françaises par un mémoire détaillé, deniandait à l'article premier que, suivant le style de sa cour, « si Ton devait faire un traité solennel, il fût, selon 1 usage, en latin ». Villars tenait que la conclusion en français était un avantage pour son Maître. Il savait aussi, d'après ce que le Roi lui avait écrit, que Sa Majesté eût préféré traiter en français*^. Etait-ce à cause des chicanes et des lenteurs qu'on prévoyait ? Cela est probable, mais je dois convenir que la correspondance ne nous en dit rien. Quoi qu'il en soit, le maréchal envoya au Roi la réponse de l'Archiduc. Le Roi ne fit pas de difficulté. La lettre, qui est aux Archives, porte en marge : <* Le roy consent que le traitté soil dres^ en latin^. »

1. « Quoyqu'il ne soit ny du stile ny vraysemblablcmenl du goust des ministres de la cour de Vienne, dit la dépêche, vous verrez qu'il ne contient aucune condition qui ue soit juste... » (AIT. Élr., Autr., Corr., 97, f* 159 v«») ; Torcy écrit le même jour : M Je vous avoue que je crains encore les obmissions, nonobstant toute Tattention donnée à renfermer dans les articles toutes les matières qui doivent les composer. »

2. Louis XIV à Villars, 1" février (f* 211) : « Comptez que le caractère de ce prince (l'archiduc) est tel que s'il luy reste la moindre liberté d'interpréter suivant son génie les cngagemens que Testât de ses affaires le forcera de prendre, la paix sera rompue le lendemain qu'on la croira faite. II est certain que le projet que vous m'avez envoyé luy fourniroit plusieurs prétextes. »

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