R. Delorme, o. c
4. V. Chap. Lett., II, 121, 149, 177. Les « Émulateurs » se réunissaient depuis le 3 mars 1658, sous l'autorité du vice-légat du pape. L'existence de la Compagnie paraît avoir été de très courte durée. En 1663, la France occupa le pays; il ne fut plu» question des « Emulateurs ». Vers 1680, on trouve trace d'une société de géographie et d'histoire. En 1687, une relation de fêtes en l'honneur du rétablissement delà santé du roi est donnée. Elle est mise au compte de « MM. de l'Académie
Sous des formules d'une extrême courtoisie, se révèle la ferme volonté de rejeter la demande, non point tant parce qu'Avignon ne fait pas partie de la France que pour une autre raison : L'Académie française entend ne se confondre avec aucune autre ^.
Jalousies et querelles. — L'Académie d'Arles parvint, elle, à se faire affilier (janvier 1670), comme elle l'avait désiré dès sa fondation. Elle ne prétendait qu'à être une « colonie » de l'Académie française, le mot est dans le rapport d'un de ses membres. Pourtant quand il s'agit de régler diverses questions concernant le droit de séance, les médailles, etc., on éprouva que l'Académie n'accordait pas aux « petits corps » les égards auxquels ils s attendaient. La réception du P. Président Potier de Novion (28 mars 1681), donna lieu à d'amères déceptions. M. de Grille, secrétaire de l'Académie d'Arles, fut traité par ses « prétendus confrères » avec une désinvolture dont il se plaignit vivement ^. Je n'ai point
<le belles-lettres d'Avignon». La société d*Émuiation ne réparait plus sous aucune forme après cette date (Rance, o. c, 1, 387 et suiv.,cf. ii)., 1, 107 et Latreille, De Petro Boessatio^ p. 75).
1. « Je reviens à Tarticle de Vassociation que vous pressez, dit Chapelain, et dont M. Conrart s'est remis à moi pour vous en expliquer les obstacles. La proposition en •est obligeante pour notre Compagnie, et il lui seroit très-avantageux d'avoir en son Corps tant d'excellents hommes dont la vôtre est composée. Mais vous ne considérez pas que ce seroit faire un androgyne, et de deux corps parfaits en faire un imparfait ; le$ natures ne s'incorporant pas ainsi, chacun doit garder sou essence, et si elles se peuvent entr'unir d'amilié et d'intérêt, elles se doivent conserver distinctes sans un mélange qui les anéantiroit ou qui auroit quelque chose de fort irrégulier. Pour •cette raison, chacune doit garder son poste, sa juridiction, sa dignité. La multiplication de ces êtres ne passera jamais que poui* bonne, et les Etats n'en recevront jamais que de l'ornement et de la splendeur. Ajoutez que ces deux corps, étant sujets de •deux princes dilTérents, ne pourroient se confondre ensemble sans jalousie de leurs supérieurs, et sans violer le serment qu'ils leur ont faitde n'avoir point d'autre dépendance. Mais quand ces puissantes causes n'empècheroient pas l'effet de voire désir du côté du Saint-Siège, il y en a une du côte de la France; car l'institut de la Compagnie, que vous avez vu, l'a fixée à un certain nombre, passé lequel il n'y a pas lieu d'en recevoir un seul autre que par mort, non plus que dans le sacré collège des •cardinaux. Et si Sa Majesté, par sa toute-puissance, y vouloit apporter le changement proposé, elle ne le pourroit faire que par édit, qui ne s'obtiendroit assurément point <l*elle, quelque faveur que Ton employât pour cela ; et, quand on l'obtiendroit, il ne passeroit jamais au parlement, à cause des privilèges qui nous sont attribués, et qui iroient à la foule des peuples. Contentez-vous donc, monsieur, de cette union •d'esprits que nous conserverons de notre part fort fidèle » {Lett. de Chup., dans Livet, HisL de l'Acad. /"r., II, 508-9).
2. V. Mémoire de Paris et relacion fidelle de tout ce qui s'y est passé durant le «éjourdeM. le marquis d'Estoublon touschant l'Académie (Hance, o.c, II, 446-455. « Ces grands esprits de l'Académie françoise, dit-il, sont subjets, comme les noslrcs et comme les moindres aux faiblesses, aux bevciics et aux inconvéniens de l'humanité, à l'orgueil, à l'amour de soi-mesme, à l'envie et aux autres passions. J'ai reconnu surtout qu'ils n'aiment point les espées, et si j'eusse quitté la mienne, le baudrier et le chappeau gris, j'aurois esté plus considéré. Les poètes de profession, les faiseurs de livres, les gens à médaille ne fraternisent guairc volontiers avccque .personne, ils ne rient que du bout des dens avec les accadémiciens de campaigne (c'est comme ils appellent tous ceux qui sont estrangcrs à leur Accadémie), et c'est un
rintention de discuter qui avait raison dans ces querelles, des « Parisiens » ou des « Académiciens de campagne. » Il est très certain que les Arlésiens ou ceux qui prétendaient les représenter se rendirent coupables de diverses maladresses.
La même année, une nouvelle occasion se présenta de marquer les distances. Un membre de la Compagnie d'Arles, homme médiocre du reste, quoique agité et prétentieux, Guyonnet de Vertron, informa ses collègues qu'il travaillait à une grammaire^ qu'il offrait de communiquer à l'Académie royale, afin « qu'elle eust l'honneur d'avoir contribué à fixer la langue, comme l'Académie Françoise par son Dictionnaire. » En septembre, il prenait séance à l'Académie française, et lui proposait tout simplement : « Une grammaire françoise, dont on donnera de temps en temps des mémoires pour estre examinés, selon l'usage, les règles et l'esprit académique, et par occasion une concordance des langues, sur la syntaxe et sur la propriété du discours ». D'autre part il sollicitait « des audiences favorables et particuUières, pour les députés qui auront... quelques, doubtes à proposer,... ou quelques décisions utiles à demender, sur l'éloquence, sur la poésie, sur la langue et sur la grammaire. »
Le marquis de Grille savait par expérience à quoi s'en tenir ; il jugea tout de suite ce qui adviendrait de semblables projets. Ces « messieurs les gros scavants, ne voudront pas qu'on coure sur leur marché, comme l'on dit, ayant contracté tacitement (ce semble) avec toute la France qu'ils fairoient, pour elle et pour les estrangers, le dictionnaire, la grammaire et tout le reste, qui peut servir à romement et embellissement... de la langue. »
Le secrétaire perpétuel ne se trompait pas. Une lettre de Charpentier, du 12 septembre, témoigna de Tétonncment causé à Paris par l'indiscrétion de M. de Vertron. L'auteur soupçonne « qu'il y est (sic) du malentendu » ; il croit que M. de Vertron a agi en son nom. « On nous a proposé de vostre part, dit-il, que vous désiriez travailler de concert avec l'Académie françoise à une grand 'mère (sic); l'Académie d'Arles est dans la liberté de travailler quand et comment il lui plairra, mais il y a de l'impossibilité d'y travailler de
sentiment romcin, les anciens Romeins appelloient tous les peuples barbares, qui
o'estoient pas subjets ou alliés de la République il n'est point mal que ceux qui
viendront après nous prennent des mesures justes sur les inconvénients qui nous sont arrivés, qu'ils ne se promettent pas tout des amis de cour, qu'ils ne se fondent point en [leurs] promesses va^^ues et ^éncralles, qu'ils ne se flattent point de leurs privillèges ni mesmes des bontés du roy qui malgré la cire et le parchemin de nos pattentes, veust laisser un grand entre deux et beaucoup de distinction entre l'Académie françoise et l'Académie Royalle, entre une compagnie dont il ne dcsdaignc pas de se dire le protecteur, et cette autre que protège M . le duc de Saint-Aignan. » (II, ib., II, 462-463).