‹ Histoire de la langue française des origines à 1900Chapitre 58 sur 385 · Id., ib., ni · texte numérisé non relu

Id., ib., ni

des écrivains, sans choix naturellement, en mêlant Costar et Pascal avec Giry et d'Andilly, en brouillant Vaugelas et Méré *. Ainsi le 21 octobre 1675, à Arles, M. le directeur « fit voir diverses observations qu'il y avoit à faire sur le Quinte-Curce traduit par M. de Vaug^elas. » Ces sortes d'observations paraissaient justement être (( les voies les plus courtes et les plus seures, pour arriver à la perfection de nostre langue ^. » Les observations donnaient matière à des controverses. Et, en somme, si certaines d'entre elles sont un peu pédantes ^, la plupart s'inspirent de la méthode généralement suivie alors, et, avec quelques corrections^ semblent au premier abord dignes de trouver place dans les procès-verbaux de l'Académie française ^. Je citerai la discussion qui s'engagea au mois de juin 1680, à l'Académie d'Arles. La Compagnie avait reçu une lettre de Toulon, dans laquelle on demandait « si l'on peut dire en bon françois, je peux pour je puis, première personne de l'indicatif du verbe posse. » La discussion s'ouvrit sans retard à la réunion du 3 juin : a M. de Beaumont, directeur,... a dict que l'usage règle la question et qu'il suffict de sçavoir cet usage pour respondre à ces M. M., que M. Coeffeteau ne se sert jamais que de je peux, que la Méthode nouvelle^.,, imprimée despuis 30 ans, a suivi M. Coeffeteau. M. de Vaugelas n'est

1. A Arles, le 4 juin 1668, on lit une requête de Port-Royal ; « on fit quelques réflexions* sur la pureté du langpa^e » (Reg. de VAcad., f* 59, dans Rance, o. c, III, 267 et n. 2) ; le 15 septembre 1669, M. Sabatier est chargé d'examiner la pièce d*Alcibiade « pour les rithmcs et le lang^age. «» (/ib., f** 73, dans Rancc, o. c, III, 270, n. 2).

2. Reg, de l'Acad.^ f* 138, v", dans Rance, o. c, III, 280, n. 1.

3. M. de Ranchin ayant fait une ode en Thonneur du mariage du roi, le Voyage de l'amour et de fhy menée, le directeur du mois de rAcadëmie d'Arles, M. de Grille, la critique dans une séance de février 1671 (Reg. de VAcad.y {• 92 v» et 93). Après avoir cite le premier vers : Afase, c'eât aâsez âonnéy il dit : « nous observons dans ce premier vers le sigmatisme..., c'est à dire la répétition importune de Y». Nostre langue a cela de commun entre autres délicatesses avec la grecque, qu'elle n'emploie guère Vt sans nécessité. Les Athéniens, les Ioniens et autres peuples polis et puristes de l'ancienne Gi*èce Tout évité, jusques à mettre l'r en sa place... Les Nordmans, Manseaux et autres peuples de divers endroits du royaume, ont de la pêne à s'accoustumer à la prononciation de cette letre ; les harangères de Paris disent courine plutost quecoosine, voirin plutostque voisin^ et prouvent sans art, par cet usage, que Quintillien a raison lorsqu'il observe la rudesse de cette lettre. Elle est d'un ton difficille, dit-il, espaix et fascheux, et si vous y prennes garde, IV qui semble si rude, ne Test point autant, à beaucoup près, que Ts, si ce n'est qu'on la rencontre entre deux sillabes. i» (Rance, o. c, III, 275 et 277, n. 1).

4. Dans la séance du !•' juillet 1675, M. Tabbé de Boche lit un traité De la belle -amtCië, attribué au chevalier de Méré : « On fait deux ou trois observations sur la langue», dit le Reg.deVAcad., ("* 133. Le même jour, M. de Beaumont examine une phrase de la traduction de Josèphe, par Arnaud d'Andilly, relative à Claude : « Il «voit commandé qu'on mit une statue de lui, dans le temple de Hiérusalcm » Il trouve qu'il faut approuver cette locution, et que si Arnaud eût dit sa statuey la phrase eût •été moins expressive. En marge, M. de Grille approuve cette réflexion. « Une statue <le lui veut dire une de tant que cette majesté en avoit, et sa statue sembloit signifier qu'il n'en avoit point encore. «(Rance, o. c, III, 280, n. 1).

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pourtant point de ce sentin>ent là et semble proscrire y e pe ho? en faveur de yc puis.., M. d'Ubaye tient pour je puis,.: M. Giffon ne croit pas qu'on puisse escrire ou imprimer je peux. M, le secré taire a dict avoir ouyTun et lautre dans les discours ordinaires, mais n'avoir pas faict l'observation dans les Remarques, ni de Mesnage, ni du P. Bouhours, ni dans les livres nouveaux ^ »

Incompétence de ces sociétés. — Toutefois, quand on y regarde de près, si la méthode en gros est la même, on diffère essentiellement sur le choix des autorités. En province, on invoque les théoriciens, les auteurs, on travaille de seconde main. Et en effet, on ne pouvait guère travailler autrement ; la composition de ces Académies rendait leur rôle de maîtresses de langue difficile. Elles réunissaient des gens amis des Belles-Lettres, soit, mais le mot est vague et il faut y regarder d'un peu plus près.

D'abord les Compagnies de ce genre tout en professant qu'elles voulaient s'occuper de langue française s'occupaient aussi de langues anciennes. A Nîmes, un jour de fête académique, on lut surtout des pièces en latin (23 mai 1684) '*. A Caen, M. de Grentemesnil, Moisant de Brieux lui-même faisaient des vers latins ou de la critique sur les textes antiques, et ainsi partout. On sait de quoi s'occupait Huet. L'Académie de Caen correspondait avec les réunions de Toulouse en vers latins 3. Mais la culture d'une des langues ne nuisait pas nécessairement à celle de l'autre. Ménage en fournit un bel exemple. Il était aussi poète latin, et très chatouilleux sur la valeur de ses écrits en cette langue, il le fît assez voir. L'abbé Régnier-Desmarais, secrétaire de l'Académie française, et qui faillit être son grammairien officiel, a fait également des vers latins. Mieux que cela, l'Académie française a écouté Santeuil lui réciter des hymnes.

Je n'ai pas non plus l'idée que ces sociétés de province fussent composées d'hommes inférieurs. Il s'en fallait qu'à Paris les Académies se recrutassent exclusivement parmi les gens de première valeur. Boileau et Ponchartrain l'on dit avec la même sévérité^»

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