Delmas, Du Parlement de Navarre, Bordeaux
2. On trouve ce curieux proverbe dans Labourt, Commentaire sur les fors de Béarn, Ms. du XVII* 8., II, 375, cité par Delmas, 0. c, 170 : « Après la langue française, il n'y en avait point aucune qui lui fût comparable, soit en la propri(^té de ses termes,... soit en la bontë de Tacccnt et en plusieurs autres agréments; nous Teslimions aussi fort religieusement et y étions si fort attachés par TafTection que la seule pensée de r«bolirou changer prenait ce changement pour un pronostic de ruine entière du pays, suivant l'ancienne tradition : Bira mau dcu béâmes quand faillira que parli francés » (Le béarnais ira mal quand il faudra parler français).
3. On leur écrivait cependant souvent en patois. Voir une roquêtc des jurats de 1558 à Antoine de Bourbon et Jeanne d*Albret dans le Bull, de la Soc. d^Hist, du prot., 1876, p. 160.
Il ne faut pas oublier non plus que la poésie de langue d'oc avait trouvé un vigoureux représentant dans la personne d'Augié Gaillard, le roudier de Rabastens, qui a été à Pau.
Un registre célèbre, le Martinet, qui se trouve dans les archives de la ville d'Orthez est i*édigé en français : « Le quinzième du dit mois de febvrier mille six cens cinquante et sept par nous Pierre de Laugar, advocat en la Cour et premier jurât de la présente ville, Tarrôt en l'autre part escript a esté enregistré au présent livre du Martinet^ qui est le véritable registre de la présente ville et où tous les arrêts el autres choses importantes s'enregistrent, etc. h
Les délibérations des jurats d'Orthez ainsi que leurs registres et procès-verbaux étaient en langue béarnaise. C'est en 1710 que les Etats décidèrent qu'à l'avenir leurs délibérations devaient être écrites en français. Voir A. Planté, Documents pour servir à l'histoire de l'Université protestante du Béarn, dans \c Bulletin de la Société des sciences, lettres et arts de Pau, 1881-1885, 2* série, t. XIV. p. 185, n. 1 cl 189, n. 2.
LE FRANÇAIS LANGUE d'ÉTAT DANS LES PROVINCES CONQUISES 91
plaideroit à Pau qu'en François » ; 3® les protestants étaient trop nombreux par rapport aux catholiques; 4* il y avait antipathie entre Béarnais et bas-Navarrais ; 5** il aurait fallu unir le Béarn à la Navarre et non la Navarre au Béarn.
Devant le Conseil du Roi, Tavocat général de Basse-Navarre, Du Hau, répondit aux arguments invoqués par ceux de Saint-Palay . Le texte mérite d'être cité : « Il faut remarquer que la langue Basque ne se peut escrire qu'avec très-grande difficulté, dit Du Hau : et de faict, il n*y a point de langue dont on voye moins de liures que de celle-là. Mesmes la difficulté de Tescrire est telle, que tous les pays de ceste langue, qui sont trois : A sçauoir, celuy de SouUe, celuy de Labourt, et celuy de la basse Nauarre, ont esté contraints d'emprunter vne langue estrangere pour escrire leurs contracts et leurs actes de lustice : Ceux du pays de SouUe, et de Labourt, se seruent de la langue Françoise : Et quant à ceux de la basse Nauarre, ce n'est pas de la langue Basque qu'ils vsent en leurs escritures, ains tous leurs contracts, procédures, plaidoyers, et mesmes les Arrests de la lustice se font en langue Bearnoize, sauf qu*en quelques Parroisses et lurisdictions subalternes plus proches de la frontière, on escrit en langue Espagnole, mais iamais en langue Basque ^
« Or TEdict, ajoutait le magistrat, ne leur oste pas, ains leur laisse l'vsage de la mesme langue Bearnoize dans leur pays, et es Cours et luridictions inférieures : et partant nul changement et nul suject de plainte de ce costé là.
(« Que si le Roy a voulu que les Nauarrois plaidassent en François audit Parlement, aussi les Bearnois, qui auparauant plaidoient en leur langue, sont obligez par le mesme Edict dVser de la Françoise, et si ne s'en plaignent pas, puis que c'est la langue de leur Roy. »
Du Hau ne manque pas d'invoquer ensuite Texemple des Romains, qui « ne permettoient pas qu'on parlast à eux en autre langue qu'en la leur, laquelle par ce moyen s'est prouignée par toute la terre. » Et il termine en lançant un trait : « Pleust à Dieu que le Roy nous eustplustost accoustumez à parler François : Les supplications qu'au-
1. Les faits allégués sont exacts. On ne trouve pas, dit Delmas (o. c, p. 108, n. 2) un seul acte juridique rédigé en basque depuis le haut moyen-Age jusqu'à la Révolution. (Cf. Bascle de Lagréze, Hist, du P&rl. de ATavarre, p. 10). On peut en rapprocher ce que dit M"* d*Aulnoy, dans sa Relation du voyage d'Espagne (Le^, éd. Carey, p. 10) : Les Basques ne se comprennent qu'entre eux « Ton m*a dit qu'afin qu elle [leur langue] leur soit plus particulière, il ne s'en servent pas pour écrire ; ils font apprendre à leurs enfants à lire et à écrire en français ou espagnol, selon le roi auquel Us sont sujets. >»