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HISTOIRE DE LA LANGUE FBANÇA1SE

Ea présence de ces faits, on est allé jusqu'à dire que le courant qui portait la jeunesse à chercher un complément de culture en France, était tellement fort qu'il soulevait des protestations. J'estime que cela est fort exagéré. Dans son Itinerarium Germaniae "(Strasb., 1674, p. 6), Martin Zeiller rappelle, il est vrai, le dicton :

Eîn BûfTel ist zogen ûber Rhein,

Und ein Esel gewandert wieder heim *.

Mais la boutade de Zeiller perd beaucoup de sa valeur, si on la remet dans son contexte. « Il faut que tout, dit l'auteur, soit aujourd'hui italien, espagnol ou français. » Il en veut donc à tonte culture étrangère; cela ne prouve en aucune façon que la gallomanie ait sévi en ville, au point d'inquiéter certains esprits.

Je ne sais pas s'il faut faire plus grand cas d'un autre fait, à savoir que l'église française a été organisée en mars-avril 1680, avant la capitulation de la ville. Il ne put être question que d'y réunir des Français et des étrangers, non des Alsaciens d'origine -. Rien à tirer de là au sujet de la francisation du pays.

culierea, eslran^eres, intestines, de fortunes extraordinaires, de chutes déplorables ; <lan8 vne perpétuelle occupation de plaisirs, et de diuertissemeoe nonueaux ; dans vne estude continuelle d'inuentîons et de moyents, pour estaler la magnificeiice des grands, et faire parotstre la vanité des autres; dans voe application violente et assidue aus lettres, aus arts, et a la recherche des secrets de la nature : l'ambition, la fierté, le courage, t amour, et la prodi^lité qui sont du pays, remplissent tellement tous les desseins, les pensées, et les affaires des particuliers, qu'il n'y a point de famille parmy eux, qui ne fournit assez d'auantures, pour remplir vne histoire : la Religion y trouue des impies et des profanateurs, et elle y reçoit continuellement des sacrifices dignes de ces diuins emportemens du premier Christianisme. •

Ci tons encore: « Les François estant parfaitement en possession de ces talensdeTEsprit et de l'imagination, et ayant trouué cette disposition abondante dans leur pays, ont donné tous les avantages et la perfection a leur langue, ...elle est merueilleusement susceptible, de toutes les beautés de l'histoire, elle a de lu facilité dans les râlations (sic), de la granité, et de la pompe dans les descriptions importantes, de la neteté dans Tecclercissement des intrigues, de la force et de la vigueur dans l'Exposition du aens, et de la prudence des alTaires ; elle applique, elle suspend, elle esionne, elle esmeut la curiosité, elle engage les senti mens & les inclinations, et enfin elle découure, elle instruit, elle forme, elle diuertit, et elle occupe, elle abrège auec beaucoup d'ordre et de disposition, elle peut faire l'histoire d'vn Rei^ne en dix lig'nes, elle entre quelquefois si industrieusement dans l'obscurité, que parlant de toute vne nation, elle ne se fait entendre qu'a vn ou deux au plus. Elle a trouué le moyen de trauestir le mêsonge, et lea fictions en histoires, dans ces merueilleuses inuentions d'Esprit, qui n'ont rien de plus réel que les termes et le discours, qu'elle y fournit, elle y estale si viuement toutes les passions, elle les met dans un relief, et vne sensibilité si touchante, qu'il -est très vray de dire, que dans la langue Françoise, il y à des mensonges qui valent bien les vérités, et des parolles qui contentent bien plus que les choses mesmes : il n'y a point de science qui ne se puisse exprimer en cette langue, auec de la pureté et de Tordre, mais ie puis dire auec plus d'Ëlegance, que dans toutes les autres, car on sçail qu'elles n'ont point eu de part dans leurs beautez » (72)., 16-19).

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