Cet
l. Le Théâtre François, Lyon, 1674, 76.
5. La, véritable clef de la langue française, Ratzebourg, Sigism. HolTmann, Aux <iepens de l'Aulheur, 1697, 2 v.
Le livre est dédié : A son Exe. M. Aug, de Groote, conseiller privé et directeur des filats de S. A. S. M»' G. Guillaume Duc de Bruns w.' et Luneb..., etc., et a Mr Weriiep Aug. de Meding conseill. de S. Dite A. S. M*' le duc et Ausreiterdu cloitre de S. Michel à Lunebourg.
de la prééminence du français soit désormais un dogme incontesté parmi les Français, qu*ils vivent au dehors ou à la Cour. Buffier^ Grimarest le proclament sans discussion, ni preuves, comme une chose reconnue : c< Notre Langue est la plus répandue de l'Europe ; dans les Cours c'est celle qui donne le plus de oiérite ; elle sert aux Ministres à haranguer, à entretenir leur correspondance; les Traitez commencent à se faire en François... En un mot... elle a pris la place de la Langue Latine en cela ^ » Jusqu'au bon et honnête RoUin qui vient remarquer à son tour : « La langue française s'est emparée, non par la violence des armes, ni par autorité, comme celle des Romains, mais par sa politesse et par ses charmes, de presque toutes les cours de l'Europe ; les négociations publiques ou secrètes, et les traités entre les princes ne se font presque qu*en cette langue, qui est devenue la langue ordinaire de tous les honnêtes gens dans les pays étrangers, et celle qu on y emploie communément dans le commerce de la vie civile 2. » On dirait un écho qui se répercute sans fin, mais, à bien écouter, c'est au contraire un bruit d^abord lointain et confus, qui peu à peu s'affirme avec une netteté souveraine, en un concert de voix unanimes.
Un premier discours sur l'universalité. — En 1710, l'Académie de Soissons traita le sujet que l'Académie de Berlin devait mettre plus tard au concours. Un Discours fort remarquable y fut prononcé et envoyé ensuite en hommage à l'Académie Française, selon l'usage. Il pourrait fort bien s'intituler : Sur l' universalité de la langue française ^. L'éloquence en est un peu pompeuse, mais l'auteur démêle les faits et leurs causes avec une réelle pénétration, et sous ses allusions, faites en termes un peu généraux, il est facile de mettre des choses exactes et précises :
« Aujourd'huy la Langue Françoise, plus heureuse que les autres, a l'avantage de se voir tout à la fois vivante et universelle. Elle va de pair, que dis-je? Elle prend la place des Langues qui sont en possession depuis tant de siècles de régner chez toutes les nations.
« Devenue presque la Langue des Escoles, elle est admise également dans les Assemblées les plus augustes, et dans les Cercles les
1. Grimarest, Com, de lett. cur. el sav., Disc. s. l'usage dans la 1. fr.. 170S, 204-
2. Traité des Études, 1. Il, ch. 3, p. 328 du t. I del'éd. de 1872.
3. Discours prononcé dans V Académie de Soissons, sur les progréz de la Langue Françoise, et envoyé en Cannée HW, h V Académie Françoise, suivant la coustume. {Recueil déplus, pièces d'éloq. présent, à VAcad. fr., Paris, 1711, 12», lW-173).
plus choisis. Elle fournit les lectures les plus intéressantes, forme les conversations les plus polies : elle pénétre dans les Cours des Princes, dresse les projets des Ministres, donne les instructions aux Négociateurs.
« Aucun obstacle ne peut s'opposer à ses progréz : Tenvie des EstKingers, les intérests particuliers de ceux de la Nation, ont fait contre elle des efforts également inutiles.
« Ceux-là, jaloux de voir la Langue Fran(,-oise préférée dans les affaires les plus importantes à celles des Pays mesmes où Ton traitoit les affaires, se sont plaints et ont protesté contre l'invasion de cette Estrangére : mais malgré leurs protestations et leurs plaintes, on a veu la Langue Françoise, dresser des Traitez de Paix où la France n'avoit aucune part...
c( Enfin, Messieurs, non seulement la Langue Françoise réduit dans son Pays à des bornes trés-estroites les Langues Estrangéres, mais estrangére elle-mesme, elle semble l'emporter sur les autres Langues dans leur propre Pays. Elle s'insinue chez des Peuples qui, par une jalousie invétérée contre la Nation, sont les moins disposez à la recevoir. On la parle communément en Espagne, en Italie, en Angleterre. Elle régne dans les Pays du Nord : elle a passé jusques dans le Nouveau Monde.
« Mais d'où peuvent naistre ces heureux progréz, qui révoltent ceux-mesmes chez qui ils se font insensiblement ? D'où vient tant de condescendance pour la Langue, jointe à tant de jalousie et d'envie contre la Nation ?. . .
« Plusieurs causes ont contribué à ce progréz. Le nombre infini de François, que rattachement à Terreur, l'amour du gain, ou la simple curiosité ont transporté dans les Pays estrangers, a fait passer nostre Langue dans les lieux les plus éloignez. D'ailleurs tout s'estant ressenti parmi nous de la splendeur et de la gloire de la Nation, le rafinement du luxe, la recherche dans les plaisirs et les commoditez de la vie, la perfection où chaque Art a esté porté, toutes ces choses ont donné aux Estrangers du goust et de l'empressement pour nos manières et pour nos modes. Ils sont venus eu foule les estudier, et ils n'ont peu les emporter chez eux, sans se charger en mesme temps de nos expressions et de nos termes. « Mais outre que ces avantages sont frivoles et sujets à Tinconslance et à la variété du goust des hommes, c'est qu'ils n'ont pas par eux-mêmes assez de rapport à nostre Langue, pour qu'on puisse les regarder comme des causes sérieuses de l'ascendant qu'elle a sur les autres Langues.