HISTOIBE DE LA LANGUE FRANÇAISE
OÙ le français ne se parlât, sinon mieux, au moins aussi bien que la langue indigène *. » En Allemagne, en Angleterre, toute sorte d'autres personnages, que j'aurai l'occasion de citer, ont exprimé la même vérité, presque dans les mêmes termes.
Les expatriés et les réfugiés sont aussi à consulter. Beaucoup d'entre eux ne sont point ou ne sont plus capables de préjugés en faveur de la France. Ainsi L. du May. Il n'était pas né Allemand, il n'en était pas moins au service des princes allemands et de l'Empire, qu'il défendit plusieurs fois par la plume 2. Il écrit : Les langues française et italienne « sont également bonnes et belles, mais non pas également vtiles; Car poursçavoir l'vtilité d'vne Langue, il faut voir en quel endroit du Monde l'on demeure, quelles personnes on hante, et auec qui on a des affaires. L'Italienne est en grande estime, et extrêmement vtile en la Cour de l'Empereur, et sur toutes les côtes de la mer Méditerranée... La Françoise a plus de vogue vers le Septemtrion, et est merueilleusement chérie en Allemagne, Angleterre, Dannemarck, Suéde, et Pologne, où tous les Roys, Princes et Seigneurs la parlent à la perfection, excepté TEmpereur, qui n'ayme, ny les François, ny leur Langue. Toutesfois elle est tellement à la mode, que les principaux Italiens, voire mesmè les Espagnols de sa Cour, et tous les autres que j*ay connu en Allemagne, la parlent, ou l'écorchent ^. »
Personne n'a mieux vu et n'était mieux placé pour voir que ces pères du cosmopolitisme littéraire moderne. Bayle, un des plus illustres d'entre eux, s'est rendu nettement compte, avec une clairvoyance supérieure, du changement qui s'opérait en Europe. « La Langue Françoise, écrivait-il dès 1685, est désormais le point de communication de tous les Peuples de l'Europe, et une Langue que l'on pourroit appeller « transcendentelle », par la même raison qui oblige les Philosophes à donner ce titre aux natures qui se répandent et qui se promènent dans toutes les Catégories *. »
Cinq ans après, dans la préface qu'il met au Dictionnaire de Furetière, il revient à ce sujet. Ce sont d'abord des constatations : « On l'entend ou on la parle dans toutes les Cours de l'Europe ; et