‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 101 sur 330 · Adonis, v · texte numérisé non relu

Adonis, v

Histoire de la langue française. VIII, 2. 57

censeurs n'eût trouvé mieux ou pis : réduire Racine à Richelet î ' On pourrait s'en prendre non seulement à ces paragraphes où la réflexion fait apparaître des observations si contestables, mais aux formules les plus célèbres, qui, à être regardées d'un peu près, courent le risque d'être classées plutôt parmi les paradoxes que dans les axiomes. N'en retenons qu'une, celle dont on a tant abusé : « La langue française est la seule qui ait une probité attachée à son génie ». On eût pu demander sur quoi Rivarol, qui ignorait la plupart des grandes langues étrangères, fondait sa comparaison et décernait si souverainement notre privilège exclusif. Mais passons sur la seule.

Est-il vrai d'abord que cette probité innée soit sans faiblesse ? L'Europe va bientôt dire le contraire et reprocher à notre français d'avoir préféré la politesse à la droiture, et ce reproche sera signé de Goethe avant de l'être de Tolstoï. Chicane ? Non, vérité. Pour devenir l'instrument si délicat qui servait au commerce de la Société et même aux rapports des gouvernements, n'avait-elle pas dû apprendre à voiler souvent, à dissimuler quelquefois?

Enfin le passé permettait-il de parler d'innéité. Qualité ou défaut, cette probité n'était que le résultat d'une longue élaboration, dont Rivarol connaissait au moins une partie".

Je ne voudrais pas paraître trop sévère, et mon lecteur remarquera que, dans les observations qui précèdent et qui pourraient être multipliées, je ne me suis attaché à aucune des opinions fausses qui étaient celles du temps. Quand Rivarol parle des éléments celtiques répandus dans toutes les langues de l'Europe ^j la faute en est aux Celtomanes qui auraient volontiers soutenu que Dieu s'entretenait en celtique avec Adam et Eve ! Je n'aurais garde non plus de lui reprocher de faire remonter au v^ siècle les origines du français. Quoique les Serments de Strasbourg fussent connus, ces époques lointaines avaient été mal étudiées *. Je ne serai pas plus sévère pour l'apologie de 1' « ordre naturel ». Le dogme de la Grammaire philosophique, qui y voyait la condition nécessaire de la clarté, régnait non seulement en France, mais en Europe, nous l'avons vu; Herder aussi l'acceptait.

Ce que j'ai dit suffit pour nous autoriser à conclure. En tant qu'oeuvre d'art, le Discours de Rivarol compte. C'est un écrit qui mérite de n'être pas oublié. Mais il faut bien avouer qu'il est

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