‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 11 sur 330 · Première partie · texte numérisé non relu

Première partie

4. Lettres à M. l'abbé d'Olivet (10 mai 17'28) dans Œuvres complètes, édit. Laboulaye. Paris, 1879, t. VII, p. 220.

latin, ni peut-être enchanté de voir la substitution se faire d'ellemême. Mais la situation nouvelle l'a frappé : « Nous avons lieu de croire que notre langue a été conduite au plus haut point de perfection où elle puisse arriver ; et l'honneur qu'on lui fait de l'adopter dans presque toutes les Cours de l'Europe en est une glorieuse preuve », dit-il en 1732 '.

Vers 1745, c'est l'abbé Leblanc qui se demande : « Pourquoi le français est-il aujourd'hui si commun dans toutes les cours de l'Europe ? Pourquoi à celle de Londres le parle-t-on aussi familièrement que l'anglais ou l'allemand, si ce n'est parce que nous donnons le ton à nos voisins pour toutes les choses qui sont du ressort de l'agrément et des grâces » ^.

C'est dès lors un des thèmes favoris du Discours de réception à l'Académie. En 1746, l'abbé de la Ville parle de « cette espèce d'empire universel qu'elles [la langue et la littérature françaises] exercent aujourd'hui en Europe » ^ .

Si « la langue française, reprend Saurin en 1761, qui est celle de la raison, mais qui se plie à tout dans les mains du génie devint la langue universelle de l'Europe, c'est que les chefs-d'œuvre qu'elle enfanta dans tous les genres en firent un objet d'étude et d'admiration pour toutes les nations qui pensent » *.

En 1762, l'Académie elle-même prend la thèse à son compte. 11 ne pouvait lui déplaire que son œuvre gagnât en portée et en importance. Sans modestie, dans la Dédicace au Roi de la nouvelle édition de son Dictionnaire, elle déclara: «le Dictionnaire... dans lequel on n'avoit d'abord eu pour objet que d'être utile h la Nation, est devenu un livre pour l'Europe. La Politique et le Commerce ont rendu notre Langue presque aussi nécessaire aux Etrangers que leur Langue naturelle ».

Des affirmations analogues se trouvent en abondance :

« On appelle... Langues d'Etat, celles qui peuvent être utiles pour le maniement des Affaires Etrangères, les Négociations importantes, les Ambassades, la Guerre, le Commerce et les Voyages; notre Langue a cet avantage, elle est en vogue dans toutes les cours de l'Europe » '\

Maupertuis avait parlé à Paris d'un événement qui intéressait le monde (1743). A Berlin il continua de célébrer le mérite de notre

1. Hisl. anc, liv. XXVI, ch. 1, t. XI, p. 158 del'ëdit. de IHdO, in-12.

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