ANALYSE DU CONTENU DES MÉMOIRES
totalement inconnu. « En Pologne, dit Q, on parle plus le latin que le français, en Hongrie cette langue est encore moins connue, de même en Espagne et en Portugal » ' ; et, après avoir fait les mêmes observations sur l'Angleterre, l'auteur ajoute qu' « on y hait les mœurs françaises, et qu'on y parle très peu français ».
Malgré cela c'est à C que revient le mérite d'avoir fouillé le mieux l'hyperbole courante. Malgré ses protestations d'impartialité, il est visible que l'auteur y prend plaisir : « Qui parle le français peut voyager, dit-on, à travers toute l'Europe et est compris partout ! Bien loin de là ! Qu'on fasse l'essai et qu'on voyage en Italie, en Espagne, en Angleterre, en Hollande, qu'on voyage même seulement à travers l'Allemagne, sauf dans les grandes villes, on mourrait de faim si on ne savait que le français et même dans ces grandes villes, on est réduit à s'ennuyer mortellement si on n'a pas accès dans une maison où le français est aimé ou si on ne fait pas connaissance de quelques Français. C'est rarement qu'on trouve un ou deux magasins où, soit le patron, soit quelqu'un de ses employés, comprend cette langue m '.
Limites sociales. — Poussant avec raison l'observation plus loin, certains concurrents ont cherché à déterminer ce qu'on pourrait appeler les limites sociales de la diffusion du français. G constate qu'il est parlé surtout dans les hautes classes, dans les Cours, parmi la haute noblesse, que la noblesse inférieure cherche à imiter. Dans la bourgeoisie ce sont particulièrement les commerçants qui en usent, pour leurs affaires^. 11 y a toutefois des mots français jusque dans le langage des gens de métiers et des servantes '*. Les femmes en sont plus entichées que les hommes, c'est Va érudition de leur sexe » ".
Conclusion. — C'est de « généralité » qu'il faut parler*'. Ceci posé, le français est la plus répandue des langues de l'Europe. Son empire ne peut se comparer qu'à celui du grec dans l'antiquité \
F précise avec assez de bonheur qu'au fond personne ne prend « cette expression d'universalité à la rigueur. Je la prends, ajoutet-il, à peu près dans le même sens que l'illustre Académie la prend,
F" 131 ro.
Histoire de la langue française. VIII, 2. 58
en l'appelant la langue universelle de l'Europe. Un voyageur trouvera dans les villes capitales et dans les villes commerçantes de toute la terre des Français ou d'autres personnes qui parlent celte langue, moyennant lesquelles il peut remplir l'objet de ses voyages sans être obligé d'avoir recours à d'autres langues» '.
A-t-on voulu, par déférence, ne pas trop contester un fait que l'Académie paraissait considérer comme établi, puisqu'elle en demandait l'explication ? Il semble bien en tous cas qu'on eût pu pousser les réserves plus loin. Un Galeani Napione et d'autres l'ont bien prouvé, et surtout ils ont bien marqué que dans la plus grande partie de l'Europe notre influence était restée tout en surface -.
Maubert de Gouvest, qui était hollandais de naissance, et qui était versé dans les affaires, a dès lors averti les Français de ne pas s'en faire accroire et de prendre leurs précautions en apprenant les langues étrangères ^