CARENCE DES AUTRES LANGUES VIVANTES
Infériorité des autres langues vivantes. — Certaines des langues modernes ne pouvaient entrer en lice, par exemple les langues du Nord, insuffisamment cultivées '. Elles demandent du reste une trop forte action du gosier-.
L'italien et l'espagnol. — L'Italie et l'Espagne avaient l'avance sur la France. Dans la première les arts, dans la seconde la fine galanterie attiraient l'attention de toutes les parties de l'Europe assez éclairées pour admirer ces avantages et en être désireuses. D'autre part Philippe II et Charles Quint régnaient sur le monde ^. Leur prestige influait encore au temps de Louis XIV, en France même. Les premières pièces de Corneille et de Molière sont inspirées de modèles espagnols. « Sous François P'' et même sous Louis XIII, on parlait et on s'habillait dans les classes élevées de France à la mode espagnole. Corneille portait la cape et la i^onille y)'*. Mais, à la fin du règne de Louis XIY, les idées étaient retournées et ce monarque se sentait obligé de conseiller à son petit-fils « de ne pas regarder ses nouveaux sujets de trop haut et de ne pas s'en moquer à cause des étrangetés qu'il pouvait remarquer parmi eux » '. La monarchie espagnole seule avait soutenu la langue, elle l'entraîna dans sa décadence''.
En soi l'espagnol est trop ampoulé, il ne convient pas à une politesse libre et aisée '.
L'italien dominait au théâtre'*. Le pavs ne pouvait perdre entièrement son prestige. Il avait pour lui sa beauté, les curiosités qu'il offrait aux voyageurs '. En art, la musique lui appartenait. Mais l'intolérance catholique lui a porté un coup funeste. Sa littérature souffrait des entraves de l'Inquisition '". Et du reste la langue italienne n'avait pas en elle-même les forces d'expansion qui
i. C, f" KiS r'^. Cf. En présence de « la barbarie de nos langues septentrionales encore ébauchées dans le siècle dernier, nous adoptâmes une langue plus épurée comme nos aveux grossiers adoptèrent une religion plus épurée. Le Goth vainqueur du Romain, le Tartare vainqueur du Chinois, le Turc vainqueur du Sarrazin se soumirent aux lois des vaincus par la même raison qui donna tant d'ascendant à la maréchale d'Ancre sur l'esprit de la Reine de Medicis « (Ib.). Cf. « ... Presque toutes les nations de l'Europe avoicnt négligé leur propre langue, ce qui fesoit qu'on ne rencontroit que ça et là quelque bon ouvrage ou quelque livre supportable » (F, f" \^\ r°).
4. Mot italien, goniglia. sorte de collerette des chanoines (cf. ancien français (fonelle).