LE CARACTÈRE FRANÇAIS ET LA LANGUE
tions ainsi pratiquées pour le perfectionnement de la langue : « Les situations différentes où nous voyons l'homme dans le monde, les efforts à quoi l'obligent les occasions plus fréquentes d'activité, font jaillir des idées et des impressions qui dans la solitude et la retraite demeureraient endormies ; elles font faire connaissance avec les hommes, leurs goûts les plus particuliers, pénétrer dans les replis et recoins les plus cachés du cœur, que nous apercevons au cours de nos relations avec eux; tout cela élargit nécessairement l'horizon moral, multiplie les nuances de caractère et donne l'occasion de les apercevoir. La société augmente la masse des propriétés morales, et devient en même temps un théâtre où l'observateur peut les remarquer dans leurs degrés les plus délicats.
« La plus médiocre connaissance de la langue suffit pour qu'on ne puisse lui dénier une ample richesse sous ce rapport. Nous l'apercevons en dépit de nous-mêmes, quand nous essayons de traduire de telles notions en allemand et quand nous n'arrivons point à trouver suffisamment d'expressions qui correspondent à ces notions, ou que, si elles existent, elles ne sont pas encore fixées assez bien par l'usage pour que les idées qu'elles doivent rendre se présentent à l'àme avec tous les aspects accessoires difficiles à remarquer, qui circonscrivent avec exactitude leur contenu » '.
Certains défauts qu'on reproche à la langue française la rendent plus propre encore à ce rôle de langue de la conversation. « N'étant pas une langue-mère, elle admet naturellement assez rarement la composition artificielle de mots de la métaphysique ou les sonorités magnifiques de la haute poésie. Par contre elle possède un nombre d'autant plus grand de ces expressions pittoresques qui donnent au langage de la conversation, la couleur, la rondeur et la vie. Sa grammaire ne permet qu'un mouvement tranquille, monotone, bien fait pour rendre une suite peu mouvementée de pensées. Or c'est précisément une marche de ce genre qu'exige l'esprit d'une société raffinée. Pour un homme sociable qui cherche l'agrément, qui aime à se rendre plaisant, elle lui fournit ce qu'il recherche » ".
« Ces avantages qu'elle possède sont précisément ceux qui ont la plus grande valeur aux yeux des classes élevées, ils donnent aux deux sexes dans la vie publique et privée, dans les relations sociales, les talents les plus nécessaires, éloquence, esprit léger, convenance, tous les charmes les plus prisés. L'Allemagne et
■1. F» 194 Y» ; Impr., p. 45.