CHAPITRE VIII VALEUR DE LA CIVILISATION FRANÇAISE
Les dettes du monde. — C'est une loi historique que le plus civilisé impose sa langue au vaincu. Faute de cette supériorité, c'est la langue du vaincu qui l'emporte. Les Mandchous, les peuples du Nord qui inondèrent l'Europe en fournissent un exemple \ II n'est pas besoin du reste que cette supériorité soit générale ; il suffît qu'elle s'affirme sur quelque point et produise efFet sur l'imagination-.
C exagère en affirmant que les arts et les sciences furent toujours apportés dans le Nord par le canal de la France ^ En revanche N passe les bornes de la justice en soutenant qu'aucun des grands progrès qui ont transformé l'esprit humain n'est dû à la France^.
Entre ces deux extrêmes est la vérité. Même avec les restrictions qu'ont apportées à la liberté les théologiens et le Parlement, restrictions sur lesquelles G insiste, en se fondant sur le Tableau de Paris, sur Linguet, etc. ', le génie français n'a pas seulement brillé, suivant une expression qui veut être malveillante, il a aussi éclairé utilement, quoi qu'on en ait dit®; il est vraiment excessif de taxer une nation de barbare en se fondant sur les cruautés de Louis XI, de Charles IX ou de Louis XIV '. Son réquisitoire mérite d'être traduit en entier : « Dans le siècle barbare où toute l'Europe était un théâtre de cruauté et de superstition, la France se distinguait elle-même par sa barbarie ; dans l'histoire de tous les peuples il n'y a aucun Louis XI qui ait fait assassiner pendant son règne quatre mille hommes, qui ait employé toute son ingéniosité d'esprit à inventer de nouveaux supplices pour les prisonniers, qui ait appelé le bourreau son ami le plus intime.
« Dans aucune histoire on ne trouve un Charles IX, qui, âgé de vingt-trois ans, commanda les massacres de la nuit de la Saint-