‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 15 sur 330 · CHAPITRE III TÉMOIGNAGES ÉTRANGERS · texte numérisé non relu

CHAPITRE III TÉMOIGNAGES ÉTRANGERS

Leur abonda?(Ce. — C'est sur ces témoignages qu'il conviendrait d'insister. Il n'est guère possible en effet de les récuser, puisqu'ils ne peuvent pas procéder de cette satisfaction vaniteuse que quelques-uns reprochaient aux Français et puisque ceux qui les ont donnés l'ont fait parfois à contre-cœur. Naturellement nous ne pouvons reproduire ici ceux que nous avons donnés déjà dans la première partie de ce tome, et nous sommes obligés d'y renvover nos lecteurs'. Du reste nous ne cherchons pas ici à produire de l'effet, mais seulement à établir une vérité. Donnons pourtant quelques textes.

Dès la fin du xvu* siècle, un Espagnol, Gutierrez de los Rios, estimait que, quant au français, il convient de le savoir « en perfection », tant à cause des livres excellents écrits dans cet idiome que parce qu'il se trouverait difficilement une capitale de monarchie ou de république où le français ne se parlât, sinon mieux, au moins aussi bien que la langue indigène *.

En 1727, Taffin, chapelain de la cathédrale de Gand, justifie son dessein de composer une grammaire française dans les termes suivants : « On est si persuadé de l'utilité et de la nécessité de la langue française dans ce pays, qu'il s'y trouve peu de personnes de mérite qui ne la sachent au moins passablement bien. Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'elle y est recommandable : le commerce et les alliances les plus étroites qui se sont pratiquées de tous temps entre la France et la Flandre, l'ont toujours rendue également avantageuse et indispensable dans cette illustre province. Mais à présent elle y est devenue si familière, que c'est une espèce de honte de l'ignorer, et de se voir comme tombé des nues en mille rencontres, où chacun se pique de vouloir parler français comme à l'envi — Tous les peuples de l'Europe, ceux mêmes qui sont les plus envenimés contre la Nation Française, se font néanmoins un mérite

1. Voir p. 26 (Hongrie) ; p. 66 (Espagne); p. 93 (Italie) ; p. •âOl (Angleterre) p. 564-568 (Allemagne), elc.

î2. Morel-Fatio, Et. s. l'Esp., -2« sér., p. 19.

de venir jusque dans sa capitale pour y apprendre, avec cette langue^ tout ce que la politesse et le bon goût peuvent avoir de plus exquis. D'ailleurs l'on sait assez que qui parle français peut aller partout » \

En 1720 Thomas Blair avait publié son Manuel : Some Sho?-t and Easy Rides Teaching the True Pronunciation of the French Language-. Il y disait : « The language of Versailles is look'd upon as a distinguishing Ornament in ail the Courts of Europe ».

Maîtres d'écoles que ces gens, dira-t-on. Soit! Mais ce n'est pas le cas d'un Frédéric II. La préférence qu'il accorde au français ne s'inspire ni d'un besoin ni d'un caprice. Elle se fonde sur les qualités supérieures qu'il lui reconnaît, plus que sur l'estime générale que le monde lui accorde. Encore faut-il mentionner qu'il constate la situation que le français s'est faite partout ^

Ajoutons qu'en bon cosmopolite du xviii" siècle, le grand Roi estime à sa valeur l'avantage d'avoir une langue commune, qui rend les relations faciles et sûres : Elle « est devenue un passepartout qui vous introduit dans toutes les maisons et dans toutes les villes. Vovagez de Lisbonne à Petersbourg et de Stockolm à Naples, en parlant le françois, vous vous faites entendre partout. Par ce seul Idiome, vous vous épargnez quantité de langues qu'il vous faudroit savoir, qui surchargeroient votre mémoire de mots, à la place desquels vous pouvez la remplir de choses, ce qui est bien préférable » *.

L'auteur de l'ouvrage Le Militaire en solitude (173.5)^ — il faut bien citer les modestes après les puissants — est sans doute un officier irlandais : de Creden. Il se plaint des <( critiques sauvages qui font un crime aux étrangers d'écrire en français, alors que la langue française, employée par des étrangers, peut montrer à tous les Européens que la France est le climat des beaux génies, aussi bien que la patrie du genre humain » ^

Derrière lui je citerai l'Italien Vélo. « La langue française est désormais universelle on peu s'en faut », dit-il'.

On peut alléguer aussi quelques phrases de l'auteur des Lettres à un jeune noble : « Leur langage est devenu à peu près le langage

Page 1