‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 154 sur 330 · F, fo 146 r · texte numérisé non relu

F, fo 146 r

de leur rendre notre Langue nécessaire par les excellens ouvrages qui lui seroient propres, et que la perfection de cette Langue étoit un objet digne de l'attention d'un grand Ministre, et renlroit dans les vues de la Politique. Richelieu fut suivi par Séguier » '.

Quelques réserves. — Sur le rôle exact de l'Académie on est en général très peu renseigné. I, par exemple, s'imagine que le français lui doit non seulement la fermeté et la noblesse, mais sa richesse et son aptitude aux sciences ! ^ G est, je crois, le seul à considérer que la réputation de l'Académie a dépassé sa valeur véritable : Si peu, dit-il, que Richelieu et l'Académie aient contribué à l'amélioration réelle de la langue, cela eut quand même grande influence sur sa gloire. Les Allemands, les habitants des pays du Nord, les Polonais qui tous avaient des langues non encore cultivées, devaient avoir une haute idée d'une langue qui, sous la protection d'un ministre si vénéré, fut dévelopée par une société d'étymologistes ! qui possédait un Dictionnaire et une Grammaire ! qu'on croyait hors des frontières un code de l'Académie, autorisé par le roi, et qu'on estime encore tel aujourd'hui. La renommée rendait chez les étrangers l'idée d'autant plus grande qu'ils avaient moins vu de près ce protecteur de la langue française et l'institution créée par lui pour son amélioration. On s'imaginait dès lors une langue fixée, immuable, bien que personne n'eût et ne pût avoir cette idée à Paris ^

Ce scepticisme, si justifié par l'histoire, ne se retrouve pas ailleurs. Toutefois, quand il s'agit de montrer en détail ce que la langue française a gagné à cette direction, les auteurs se taisent, et pour cause. Ils eussent été embarrassés de parler de la Grammaire. Un seul s'aventure à alléguer les améliorations apportées à l'orthographe !

Qualités du français. Sa facilité. — Des étrangers, parlant des causes qui ont rendu une langue générale, sont excusables de mettre au premier plan la facilité qu'on a à l'apprendre.

Plusieurs y ont insisté. Ils marquent que le français, formé d'une part d'éléments germaniques, de l'autre d'éléments latins, est facilement accessible à des gens d'origine germanique qui ont fait des études*.

Page 1