Sect. I, § 2, p
grâce de son sel, ni à l'excellence et à la variété de ses expressions ».
Cette langue universelle, malgré sa correction, sa pureté, sa clarté, son ordre (qu'on pourrait appeler plutôt une servitude grammaticale) n"a rien du caractère épique, rien du nombre oratoire, à cause de ses vovelles muettes, de ses syllabes muettes et sourdes, de ses ternies muets et sourds, et quelquefois défectueux, de ses terminaisons aigres, de ses monosyllabes durs, de sa construction rigide et empesée qui n'admet pas les transpositions de l'espagnol, de l'italien et de l'anglais'.
Malfifré tout il fallait se rendre. Les faits sont les faits et Colini les expose en détail pour se justifier d'avoir écrit en français son Discours sur l'histoire d' Allemagne (1761) : « Je me suis servi d'une Langue qui est devenue celle des Négociations, celle de la plupart des Traités de Paix, de presque tous les Cours de l'Europe, et de la plupart des Gens de Lettres. Les Académies de Berlin et de Pétersbourg s'en servent d'ordinaire dans leurs mémoires. 11 y a a Copenhague un Professeur de Belles-Lettres Françaises. Si on pénétre dans l'intérieur des Familles Nobles d'Allemagne jusqu'au Nord de ce pays, on sera étonné du soin et du succès avec lequel on y cultive cette Langue. Un Roy qui étonne l'Europe, Prince d Empire, n'a pas dédaigné d écrire en Français l'Histoire de son Pays. L'Impératrice de Russie a voulu avoir dans cette Langue l'Histoire de ses vastes Etats, et a chargé Mr de Voltaire de l'écrire. Le Roy de Dannemarck a désiré la même chose, et Mr Mallet est l'Historien habile qu'il a choisi. Cet hommage général que les Nations de l'Europe rendent à la Langue Française, ne pourrait-il pas justifier mon choix » " ?
On pourrait à cette justification comparer celle de Gibbon, qui écrit en français son Essai sur l'étude de la littérature (1761). 11 dit dans son Autobiographie : « Dans les temps modernes la langue de la France a été répandue par le mérite de ses écrivains, les mœurs sociables de ses habitants, l'influence de la monarchie et l'exil des protestants » ^.
Mais on a déjà vu dans la première partie de ce volume combien d'étrangers écrivent en français, parce que cette langue, entendue partout, portera leurs œuvres dans toute la société cultivée de l'Europe. Ce calcul en dit assez. 11 vaut toutes les déclarations.
\. Teatro historico-crilico de la elocuencia espahola, t. I, cxxx.
2. L'auteur ajoute : « Enfin pourquoi ne me serals-je pas servi d'une Langue qui est embellie dans la bouche de la Souveraine respectable qui daigne agréer cet ouvrage? » Voir fin de la Préface (non paginée).
o. Edition Murray. p. 176.