LE TON DES MÉMOIRES
Eberhard a dit leur fait à ceux qui croient faire valoir l'Allemagne en déconsidérant la France'. Il est, à vrai dire, très naturel qu'on ait entrevu avec bonheur le jour où d'autres langues auront leur tour de faveur. Il y avait, dans cette aspiration à laquelle les efforts pacifiques d'hommes de génie et de travailleurs de la pensée pouvaient seuls promettre une réalisation lointaine, quelque chose d'extrêmement noble, à quoi la justice commande d'applaudir. Dans les excuses que quelques-uns s'ingénient à trouver au mal présent, à savoir qu'il n'y a pas de honte à imiter une nation en avance sur les autres-, il y a lieu d'apprécier encore une modestie naïve et méritoire.
Toutefois cette résignation n'est pas celle de tous. On chicane et, il faut le dire, on se regimbe, on mord même. Des passions qui n'ont rien d'élevé, l'envie et la haine, inspirent non seulement un mot ou une phrase, mais de longues diatribes. Il n'est que de se reporter à P, qui n'essaie même pas de dissimuler ses colères. Le cas de G est moins grave. Toutefois le lecteur est porté à une certaine indulgence, quand il voit de quel biais l'auteur prend les choses. A ses yeux accepter une langue étrangère, c'est accepter la supériorité du peuple qui la parle \ L'àme d'un homme qui sent ainsi doit forcément manquer de calme.
Au reste il ne se trouve rien d'aussi ridicule dans les critiques allemandes, que les prophéties où l'enthousiasme emporte M. de Saint-Foix : a Notre langue est devenue la langue universelle, ditil ; en sorte que Paris semble être la capitale des Nations, Dans trois ou quatre mille ans, à peine scaura-t-on le nom des autres peuples qui habitent l'Europe, au lieu que notre Langue sera la Langue scavanle ; on l'enseignera aux enfans, on se piquera de scavoir notre histoire », etc. ^.
i. F° 200; Impr.. p. o3-o4.
2. Eberhard (A), f^ 203 v» et 204 r» ; Impr., p. 58-S9 ; cf. K, i° 438 vo.
■4. Essais historiques sur Paris, cité dans Oèsery. critiques sur le prospectus..., p. 19-20.